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Chavanel, leader en or

Publié le 04 septembre 2008 à 19h12 par Fabrice VOISIN

Déçu d'avoir raté le maillot or pour deux petites secondes à l'issue du chrono de Ciudad Real, Sylvain Chavanel n'aura ruminé sa frustration que 24 heures. Le leader de la Cofidis a pris jeudi le contrôle de la Vuelta grâce aux bonifications enregistrées lors de la 6e étape remportée par Paolo Bettini. Chavanel succède à Jacky Durand, dernier Français en jaune sur le Tour d'Espagne en 1999.

Chavanel est décidément l'auteur d'une belle saison. - Reuters
Chavanel est décidément l'auteur d'une belle saison. (Reuters)


"Il n'a plus peur de rien, c'est devenu un grand leader." Sylvain Chavanel s'est fait un honneur de mettre en application jeudi les propos tenus la veille par son directeur sportif, Alain Deloeuil, à l'issue du contre-la-montre de Ciudad Real. Frustré mercredi soir d'avoir manqué son pari pour deux petites secondes, lui qui avait tout mis en oeuvre pour revêtir le maillot or de leader à l'occasion du premier chrono individuel de cette Vuelta 2008, le leader de la Cofidis n'aura reporté son rêve qu'au lendemain. Dauphin de Levi Leipheimer pour deux malheureuses secondes ce jeudi matin à l'heure de prendre la direction de Tolède, le voilà leader de la course avec dix secondes d'avance sur l'Américain à l'arrivée dans l'ancienne capitale espagnole.

Un Français leader de la Vuelta, on n'avait plus vu ça depuis 1999 et les deux jours en or de Jacky Durand. Anecdote heureuse de la carrière du Mayennais, cette prise de pouvoir sonne ici comme une étape de plus dans l'ascension de Chavanel vers les sommets du cyclisme mondial. Auteur d'une saison pleine, dont le point d'orgue était jusqu'alors sa victoire d'étape dans le Tour de France après ses deux succès dans les semi-classiques flandriennes (A Travers les Flandres et la Flèche Brabançonne), l'ancien protégé de Jean-René Bernaudeau en Vendée prend là une nouvelle dimension, celle d'un grand leader comme le répèterait aujourd'hui ses dirigeants, statut que beaucoup d'observateurs s'impatientaient de le voir endosser.

Valverde à qui perd gagne

Personnage qui peut agacer dans le milieu, autant en raison de son côté "tête de mule" que par sa manière de courir pas toujours rationnelle, Chavanel continuera de charrier dans sa roue son lot de critiques. On entend d'ici ceux qui regretteront plus que jamais de ne pas l'avoir vu à Pékin défendre ses chances dans le contre-la-montre. La critique est recevable. L'intéressé préfèrera foncer tête baissée, comme on l'a vu tous les jours ou presque sur les routes du Tour de France cette année, vers son prochain objectif: les championnats du monde de Varèse. Au risque de ne pas tout donner dès samedi lorsque, au lendemain de la première journée de repos, la route s'élèvera jusqu'à Andorre et de s'attirer de nouveaux commentaires acerbes?

L'intéressé disposera vendredi d'une journée complète pour faire le point avec son équipe sur la stratégie à tenir dans les prochains jours. En attendant, Chavanel peut savourer sa première nuit en or, fruit d'un gros travail d'équipe. En s'échappant rapidement lors de cette sixième étape longue de 162 kilomètres, l'Espagnol Iban Mayo (Galicia), le Russe Mikhail Ignatiev (Tinkoff) et l'Ukrainien Volodymyr Diudia (Milram) ont contraint les hommes de la Cofidis à prendre le contrôle du peloton. "Il n'y a pas de secret. Nous avons fait rouler l'équipe pour aller chercher cette échappée. Nous devions prendre nos responsabilités", confiait alors Alain Deloeuil au micro d'Eurosport, ne faisant pas de mystère des intentions de son leader, lequel avait coché les deux sprints intermédiaires du jour comme autant de possibilités d'effacer ses deux secondes de retard sur Leipheimer.

Une tactique payante, Chavanel, bien emmené par Leonardo Duque, s'offrant même le luxe de remporter les deux sprints intermédiaires pour engranger douze secondes de bonification et compter virtuellement dix secondes d'avance sur l'Américain en tête du classement général. Ne restait plus qu'à bien gérer l'arrivée sur Tolède dont le profil était propice aux cassures et aux échappées belles à l'image de celle tentée en vain par Yannick Talabardon. Au marquage du lieutenant d'Alberto Contador, le Poitevin ne jouera pas pour la gagne dans ces derniers hectomètres en légère côte. Une difficulté dont se jouait l'insatiable Paolo Bettini, plus vif dans le final que Philippe Gilbert et Alejandro Valverde. Malheureux, une chute et un ennui mécanique ayant en outre perturbé sa journée, l'Espagnol se console avec les huit secondes de bonification promises au troisième de l'étape, lesquelles s'ajoutent aux six secondes prises par le groupe de tête sur la ligne d'arrivée aux principaux leaders de cette Vuelta. Avant d'entrer dans les Pyrénées, voilà le Murcien nanti de 31 secondes d'avance sur Alberto Contador et d'1'11" sur Carlos Sastre. La grande bataille va pouvoir commencer. Avec ou sans Chavanel?


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