Afghanistan: Le débat de la colère JDD
Publié le 31 mars 2008 à 21h05 par
Députés puis sénateurs vont étudier mardi l'hypothèse d'un renfort des troupes françaises en Afghanistan. Mais l'affaire est d'ores et déjà tranchée: Nicolas Sarkozy a annoncé comme acquis l'envoi de soldats. Le débat devant les deux chambres ne sera pas suivi d'un vote. Cette décision a provoqué la colère de l'opposition, qui s'interroge désormais sur la stratégie de la France en Afghanistan.

Les attentats se multiplient en Afghanistan. Certains élus craignent un nouveau Vietnam. (Reuters)
L'Afghanistan s'invite dans l'Hémicycle. Mardi, les députés, puis les sénateurs, vont en effet débattre du renfort des troupes françaises présentes sur le sol afghan. Une hypothèse annoncée comme une décision déjà entérinée mercredi dernier, lors du discours de Nicolas Sarkozy devant les parlementaires britanniques, à Londres. "Nous ne pouvons pas accepter un retour des taliban et d'Al-Qaïda à Kaboul. La défaite nous est interdite (...) La France proposera lors du sommet de Bucarest [le sommet de l'Otan qui se déroule du 2 au 4 avril, ndlr] de renforcer sa présence militaire" en Afghanistan, avait-il ainsi déclaré. Le contingent tricolore pourrait ainsi passer de 2 000 à 3 000 hommes.
Cette décision avait provoqué la colère de l'opposition, qui reproche au chef de l'Etat d'être mise devant le fait accompli. Face aux critiques, le gouvernement avait proposé une discussion au sein des seules commissions parlementaires. Un scénario rejeté par la gauche, qui a finalement obtenu l'organisation d'un débat mardi à l'Assemblée nationale puis au Sénat.
Mais aucun vote ne viendra clore le débat. Formellement, aucune disposition de la Constitution française n'oblige le président de la République, chef des armées, à consulter le Parlement sur l'envoi de troupes à l'étranger. L'article 35 prévoit ainsi que "la déclaration de guerre est autorisée par le Parlement", mais il ne s'applique pas aux opérations militaires extérieures.
"Le fossé entre leurs promesses et leurs actes"
Et c'est justement la ligne de défense avancée par le gouvernement. "Il s'agit d'une opération de sécurisation et non d'une guerre", a ainsi estimé lundi Frédéric Lefebvre, porte-parole de l'UMP. Une déclaration qui répond à l'argument avancé par la gauche, pour réclamer l'organisation d'un vote. Le PS a ainsi rappelé, à plusieurs reprises, qu'un vote avait précédé la décision d'impliquer l'armée française dans la guerre du Golfe en 1991. Réponse de Frédéric Lefebvre: "Les socialistes ont la mémoire sélective parce qu'ils comparent des choses qui ne sont pas comparables."
Autre argument avancé par les socialistes: l'avant-projet de réforme des institutions, en cours d'examen au Conseil d'Etat, prévoit le renforcement du contrôle du Parlement sur les opérations extérieures. Il stipule ainsi que dans le cas d'une intervention extérieure des forces armées excédant six mois, "sa prolongation soit autorisée par le Parlement", sous forme "d'une motion votée par les deux assemblées". Pourquoi ne pas l'appliquer dès à présent, s'interroge en substance le PS. "Au moment où l'on nous promet que le projet de réforme institutionnelle permettra au Parlement de se prononcer sur les engagements militaires de la France, le président et le gouvernement montrent le fossé entre leurs promesses et leurs actes", juge ainsi Jean-Marc Ayrault, qui doit s'exprimer mardi au nom du groupe socialiste, radical et citoyen.
Quelle stratégie en Afghanistan?
"Un débat sans vote n'a pas de sens (...) Le Parlement est élu pour contrôler et décider, et pas pour organiser des causeries", renchérit le député PS Henri Emmanuelli, qui avait déjà interpellé le gouvernement mercredi dernier lors de la séance de questions à l'Assemblée nationale. Dans une lettre envoyée à Nicolas Sarkozy, Jack Lang fait quant à lui valoir que "dans les autres pays démocratiques, aucune opération de ce type ne pourrait être envisagée sans un vote préalable au Parlement". L'absence de vote provoque aussi la colère dans les rangs du Parti communiste, du Front national et chez certains députés de droite, tel l'UMP Jacques Myard et le souverainiste Nicolas Dupont-Aignan.
Au-delà d'une simple question de procédure, beaucoup craignent que cette décision ne confirme la direction "atlantiste" prise par Nicolas Sarkozy en matière de défense et de politique étrangère. L'annonce du renfort du contingent français a ainsi été comprise comme un retour de la France au sein de l'Otan et un gage donné à Londres, en échange d'une implication plus forte des Britanniques au sein de l'Union européenne, notamment pour une Europe de la défense. Nombreux sont ceux qui s'interrogent désormais sur la stratégie de la France en Afghanistan, alors même que les taliban multiplient les attaques. Dans une interview accordée au Journal du Dimanche, le député socialiste Jean-Louis Bianco a confié sa crainte de "partir vers un nouveau Vietnam". S'ils ont d'ores et déjà perdu la bataille du vote, les socialistes semblent avoir gagné celle de l'opinion publique. Selon un sondage BVA pour le quotidien Sud-Ouest publié lundi, 68% des personnes interrogées désapprouvent l'envoi de renforts français. Reste à savoir si le chef de l'Etat l'entendra.
Articles sur le même thème
Copyright ©2008 Newsweb. Tous droits réservés.

Commentaires (2)
victoire | il y a 9 mois Signaler un abus Signaler un abus
C'est la majorité qui décide, l'opposition n'est là que pour râler...Eh oui c'est comme ça, même si ça m'embête vraiment pour rester polie.
Lagitateur | il y a 9 mois Signaler un abus Signaler un abus
A quoi sert le vote alors si Monsieur Sarko a déjà décidé ????