Colonna: Fin de l'équipée corse
Publié le 09 décembre 2007 à 21h11 par
Très attendu, médiatiquement du moins, le déplacement de la cour d'assises spéciale à Ajaccio n'aura finalement apporté aucun nouvel élément permettant d'élucider le meurtre du préfet Erignac. Le camp d'Yvan Colonna, comme celui des parties civiles, a déclaré avoir tiré bénéfice de la virée corse. Une audience publique pour en débattre est prévue mardi, à Paris.

Reconstitution sous haute sécurité ce dimanche à Ajaccio. (Reuters)
"La thèse de l'accusation paraît encore une fois assez ébranlée", d'un côté. "Cela infirme totalement la thèse de la défense", de l'autre. Comme on pouvait s'y attendre les deux camps qui s'opposent depuis près d'un mois à la barre de la cour d'assises ont continué leur bras de fer sous le ciel corse. En suivant une stratégie simple: ne pas céder un pouce de terrain à l'adversaire tout au long d'une expédition qui aura mené, ce dimanche de midi à 19h30, le tribunal de la gendarmerie de Pietrosella, où fut volée en 1997 l'arme qui a servi à abattre le préfet Claude Erignac, jusqu'à la rue Colonna d'Ornano d'Ajaccio, où le haut fonctionnaire perdit la vie le 6 février 1998.
Point d'orgue de la journée, le déplacement, en fin d'après-midi et sous très haute sécurité, sur les lieux du drame, a cristallisé cette opposition frontale entre les deux camps. Pour la défense, il aura permis à la cour de se rendre compte que seuls deux assassins pouvaient être présents sur les lieux ce soir-là (Alain Ferrandi et Pierre Alessandri, déjà condamnés). "On s'aperçoit qu'il y avait des véhicules, des armoires de bouteilles de gaz qui font que les personnes qui étaient dans la rue étaient obligatoirement vues par les témoins", a expliqué Me Pascal Garbarini, l'un des avocats d'Yvan Colonna.
Colonna est resté muet
Pour l'accusation au contraire, le transport, sans la famille Erignac qui a préféré rester sur le continent, a montré que l'agencement des lieux pouvait permettre à un troisième complice de se tenir caché. "C'est un transport de justice qui confirme ce qui résulte du dossier", a déclaré l'une des parties civiles, à savoir que trois hommes, dont Yvan Colonna, ont bien participé au meurtre. Une hypothèse toutefois ébranlée les jours précédents à la barre de la cour d'assises de Paris, plusieurs témoins oculaires ayant déclaré n'avoir aperçu que de deux hommes le soir du drame. Dimanche, la porte-parole de l'accusation s'est elle refusée à tout commentaire.
Les juges, pour leur part, qui avaient autorisé ce déplacement controversé par souci de ne pas biaiser ce procès scruté à la loupe, ont pu se rendre compte par eux même du déroulé des événements. Pendant deux heures, ils ont pu de se forger une opinion in situ. Mardi, à Paris, une audience publique pour débattre de ce déplacement, a même été inscrite au programme. Un débriefing auquel participera peut-être activement Yvan Colonna, lui qui, pour son retour en Corse - "émouvant" selon l'un de ses avocats - s'est gardé dimanche de toute déclaration. Arrivé menotté sur sa terre natale, le berger de Cargèse a en tout cas joué l'une de ses dernières cartes. Mardi, son procès entrera dans sa dernière semaine. Et vendredi, les juges de la cour d'assises spéciale rendront leur verdict. Pour rappel, celui qui n'est toujours que le principal suspect de l'assassinat de Claude Erignac, risque la réclusion criminelle à perpétuité.
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