La nouvelle vie de Sylvie Guillem
Publié le 16 avril 2008 à 16h22 par
Paris aura dû attendre presque deux années avant de voir la ballerine la plus célèbre partager avec le danseur anglo-bengali Akram Khan un spectacle pétillant et même fulgurant; il ne lui manque qu'un peu d'émotion. Sacred monsters a fait le tour du monde en passant par Londres et l'Australie mais aussi par Lyon et Blagnac avant d'arriver au Théâtre des Champs-Elysées.

Monstres sacrés dans la pulsion de la danse au Théâtre des Champs Elysées. ()
La quarantaine venue, à l'heure où tant d'autres danseurs prennent leur retraite, Sylvie Guillem se réincarne dans une nouvelle vie, celle de la danse contemporaine. Ancienne étoile de l'Opéra de Paris dont elle claqua la porte, la belle aux longs cheveux roux fut aussi la vedette du Royal Ballet de Londres où par ses caprices supposés ou réels elle acquit le surnom de "Mademoiselle non". Ces pages, elle les a tournées. Après deux récents spectacles avec le chorégraphe britannique Russell Maliphant, sa rencontre avec Akram Khan, installé à Londres, est la symbiose de deux énergies fondées sur la pulsion vitale de la danse.
Dialogue, duo-duel: dans un décor blanc, conque en feuille de riz évoquant une caverne ouverte sur une faille, les deux danseurs s'affrontent, se confrontent dans un subtil mélange de virtuosité, de légèreté et de sensualité. La fusion et l'opposition des corps sont aussi celles de la tradition classique, de la danse contemporaine occidentale et de la pensée indienne. Voici l'un et l'autre, épaule contre épaule, dans un étonnant rapport de force.
Pieds nus, Sylvie lance une jambe jusqu'au dessus de sa tête dans une élévation magique dont elle a le secret. Ses bras ondulent tandis que tranchent dans l'espace les mouvements spontanés qu'Akram Khan tire de sa familiarité avec le khatak, danse narrative originaire du nord du Bangladesh. Sans doute est-ce dans cet esprit de conte que l'un et l'autre rompent leurs solos et autres duos en prenant la parole. Sur fond de percussions, d'un violoncelle et d'un violon ainsi que des fredonnements d'un chanteur pakistanais et d'une Belge, ils égrainent des souvenirs. Voix claire, bien posée, Sylvie Guillem assure n'être jamais blasée et toujours émerveillée. C'est sans doute la recette de vie de ces Sacred Monsters.
Théâtre des Champs-Elysées. Sacred Monsters, Sylvie Guillem et Akram Khan. Du 15 au 20 avril. Tél: 01 49 52 50 50
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