Retrouvailles flamandes
Publié le 16 mai 2008 à 19h53 par
Entre monarchies, on sait s'entendre. Les Musées royaux des Beaux-Arts de Belgique accueillent ainsi depuis le 16 mai à Bruxelles une exposition -De Bruegel à Rubens- mise sur pied grâce à l'apport d'une partie de la collection de la couronne britannique. Une cinquantaine de chefs d'oeuvre de la peinture flamande mis en dialogue avec les oeuvres de la collection du Musée de Bruxelles.

Le Massacre des innocents par Pieter Bruegel l'Ancien, propriété de la Couronne britannique. (DR)
La reine Elisabeth sait se montrer généreuse. Pour la beauté du geste, une exposition exceptionnelle, la souveraine a accepté de se séparer pour quelques mois de quelques uns des chefs d'oeuvre de son inestimable collection forgée au cours des siècles par ses ancêtres. Sollicité par les Musées royaux des Beaux-Arts de Belgique, The Royal Collection Trust a ainsi prêté une cinquantaine de tableaux. L'exposition, intitulée De Bruegel à Rubens a d'abord été montrée à The Queen's Gallery of the Palace of Holyroodhouse à Edimbourg avant de traverser la Manche pour s'installer jusqu'au 21 septembre prochain dans le prestigieux musée de Bruxelles, non loin du Palais royal. L'exposition retournera ensuite à Londres dans la Queen's Gallery de Buckingham Palace.
Cette exposition exceptionnelle regroupe des oeuvres de Hans Memling, Jan Gossaert, Paul Bril, Peter Paul Rubens, Antoon Van Dyck, Quinten Metsys ou encore Pieter Bruegel l'Ancien. Des chefs d'oeuvre de la peinture flamande datant du XVe au XVIIe siècle qui témoignent de la richesse de cette période en termes de création picturale et qui sont autant d'illustrations historiques d'une époque particulièrement agitée dans cette région de l'Europe par des périodes de guerre, de paix, de découvertes et d'incessants boulversements poiltiques.
Panorama
La mise en scène de l'exposition, remarquable, plonge le visiteur dans cette période où les Pays-Bas méridionaux –qui correspondent grosso modo à l'actuelle Belgique- étaient sous la domination espagnole. Avec des artistes, appelés les primitifs flamands, qui, dès le XVe siècle excellaient dans la représentation de leurs contemporains avec un sens du détail stupéfiant.
La collection britannique, confrontée à son homologue belge, offre ainsi des mises en parallèle passionnantes. L'exemple le plus saisissant est sans doute la mise en vis-à -vis du Massacre des Innocents de Pieter Bruegel l'Ancien avec la copie réalisée une cinquantaine d'années plus tard par Pieter Brueghel le Jeune, la censure en moins. Le premier tableau, réalisé entre 1565 et 1567, intitulé originellement Le Massacre des innocents avait été transformé quelques années plus tard en une simple scène de pillage d'un village, vraisemblablement à la demande expresse de l'empereur Rodolphe II. Il faut croire que celui-ci n'appréciait guère la transposition d'une scène biblique –le meurtre de tous les enfants de moins de deux ans ordonné par Hérode après la naissance de Jésus- dans un paisible village brabançon avec des assaillants portant l'emblème des Habsbourg. Les enfants trucidés initialement représentés devenaient ainsi par la volonté de la censure (la radiographie aux rayons X le montrant facilement) qui des oiseaux de basse-cour, qui des potiches (!), des veaux, des ballots ou encore des jambons et autres fromages!
Quand Pieter Brueghel le Jeune s'attaque près de cinquante ans plus tard à la reproduction du tableau, il reprend les intentions originelles de son père et représente donc sans artifice avec ce réalisme qui lui est propre les enfants tués à coups de lance par d'impitoyables lansquenets. Les femmes pleurent non plus sur des jambons mais bien sur leurs bébés morts. L'apposition des deux tableaux est dès lors des plus signicatives.
Scènes de la vie quotidienne, allégories, portraits, natures mortes..., De Bruegel à Rubens offre, à travers les artistes les plus réputés de l'époque comme Rubens et Van Dyck, un riche panorama de la peinture flamande, exceptionnellement réuni, le temps d'une exposition. Un événement à ne pas rater, à à peine plus d'une heure de Paris.
Articles sur le même thème
Copyright ©2008 Newsweb. Tous droits réservés.

Il n'y a pas de commentaires pour le moment.