Rocca: "Une nouvelle vague"
Publié le 27 juin 2008 à 20h05 par
A l'occasion de la quinzaine Paris Hip-Hop organisée par la radio Générations, l'ancien leader de La Cliqua, absent des scènes parisiennes depuis cinq ans et un exil aux Etats-Unis, est venu présenter son nouveau son et son nouveau groupe, Tres Coronas. Un rap hardcore nourri de sonorités latines pour ce fils d'immigrés colombiens qui a choisi le retour aux sources.

Rocca, à gauche, et son compère Pancho de Tres Coronas. (DR)
Près de cinq ans que tu n'a pas rappé en France, comment s'est fait ce retour?
C'est un retour qui se fait à l'occasion du concert Paris hip-hop. Je vais souvent en Colombie faire des scènes et j'ai rencontré là -bas un des gars qui organise le concert. On est resté en contact et il y a deux mois, de passage pour une reformation symbolique de la Cliqua pour un concert à Lyon, on m'a dit 'viens, ce serait bien que tu sois là '. Voilà .
Où en es-tu avec ton groupe Tres Coronas?
On termine actuellement le quatrième album qui devrait sortir bientôt aux Etats-Unis. Je ne sais pas s'il va sortir en France, on va voir. Il sort sur en Espagne mais en France je ne sais pas.
Pourquoi ce nom?
"Coronar" en espagnol ça veut dire "réussir une mission". Quand quelqu'un passe une marchandise d'un endroit à un autre on dit "corone". Comme moi je venais d'Europe, et Pancho des Etats-Unis, via la Colombie, on s'est tous retrouvé à New York. On a décidé de couronner les endroits où on a tous vécu, trois continents et donc trois couronnes.
Tu as un parcours atypique. Peu de rappeurs français ont tenté leur chance avec succès de l'autre côté de l'Atlantique. Pourquoi ce choix?
Comme j'ai toujours dit 'demande à tes gars combien de MC's savent rapper en deux langues?' Moi j'ai deux flingues: un flingue en français, un flingue en espagnol. Y'en a un que j'ai utilisé en France pendant pas mal de temps et je voulais utiliser mon autre main alors j'ai commencé à me dire que c'était le moment de le faire. Je sentais que j'avais fait ce que je devais faire en France dans ma lignée artistique et j'avais sans doute pas trop envie de faire des concessions. J'étais encore à un âge où je pouvais repartir de zéro alors je me suis dit 'je vais le faire aux Etats-Unis et en Amérique latine, avec notre langue, pour recommencer depuis le début'. Aujourd'hui on commence à récolter les fruits. Pancho et moi on vit de la scène.
"Je ne suis pas le Manu Chao du rap français"
On dit de toi que tu es une sorte de Manu Chao du rap hexagonal. Flatté?
Je trouve que je ne fais rien qui ressemble à Manu Chao d'un point de vue musical, c'est autre chose.
Même pas sur un parcours de vie?
Non, moi c'est moi. Pourquoi coller des étiquettes? J'ai du respect pour toute sa carrière, d'ailleurs je le connais très bien, c'est un ami. Au début on me disait que j'étais le Nas du rap français, après on m'a dit que j'étais le Big Pun du rap français et maintenant on dit que je suis le Manu Chao du rap français? C'est des conneries tout ça. Moi je suis Rocca l'original. On m'a toujours dit que je m'inspirais d'untel ou untel mais j'ai toujours fait ce que j'avais voulu faire hors des tendances. Manu Chao du rap français, non. Mais j'aimerais bien avoir sa thune.
Quel regard portes-tu sur le rap français aujourd'hui?
Aujourd'hui il y a une nouvelle génération du rap français qui est dans une autre "vibe", ils rappent tous comme Booba, ils font tous la même chose. Moi je viens d'une autre génération et je sentais que je devais partir de France. Je l'ai toujours dit dans mes textes, ça devait arriver, je ne suis pas le gars qui fait des surprises. Et j'ai gardé ma lignée hardcore. Hardcore ça veut dire noyau dur, c'est ce que j'ai toujours voulu faire. Aujourd'hui je le fais avec plus de maturité. Je crois en la fusion de la musique. Je ne me suis jamais identifié vraiment au rap français. J'ai toujours eu cette musique latine qui est en moi, qui est dans mon sang. Quand j'ai terminé ma carrière en France avec mon album Amour suprême, je me suis dit que c'était le moment et je suis parti à New York où j'ai monté le label avec Pancho, "Parcero Production". On a commencé à financer des mix-tapes, à faire des tournées. J'ai toujours essayé d'être honnête dans ma musique et j'estime que mon évolution est logique. Ceux qui ne l'ont pas entendue ont de la merde dans les oreilles.
Tu rappes en français et en espagnol. Tu comptes te mettre à l'anglais?
Non ça ne m'intéresse pas. Je compte en anglais c'est tout.
Quelle est la situation en Colombie aujourd'hui?
Socialement c'est un pays qui est en pleine évolution. Comme tous les pays sous-développés elle subit les orientations des politiques internationales, notamment les vétos sur les exportations, les problèmes de corruption. Il n'y a pas de politique, ce sont les intérêts économiques qui ont pris le pas, depuis longtemps. Du point de vue musical, je crois vraiment que le futur du hip-hop se trouve en Amérique latine et en Afrique, les deux continents les plus pillés, là où le hip-hop existe vraiment, sans s'inspirer du rap américain. Je me place aujourd'hui dans cette bonne mouvance, dans cette nouvelle vague. Je vis une vague puissance tsunami en Amérique latine depuis quelques années! Et j'ai l'air d'être en forme, non?
Copyright 2008 © leJDD.fr
Articles sur le même thème
Copyright ©2008 Newsweb. Tous droits réservés.

Il n'y a pas de commentaires pour le moment.