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Diagana: "4 mois pour agir"

Publié le 04 avril 2008 à 22h56 par

Président de la Ligue nationale d'athlétisme et membre de la Commission des athlètes de haut niveau, Stéphane Diagana s'est expliqué vendredi sur les raisons du badge "Un monde meilleur" que porteront les athlètes tricolores lors du passage de la flamme olympique à Paris. L'ancien roi du 400 m/haies invite chacun à oeuvrer pour que le milieu sportif fasse avancer les droits de l'Homme.

Stéphane Diagana appelle les sportifs français à se mobiliser pour les droits de l'Homme. - Maxppp
Stéphane Diagana appelle les sportifs français à se mobiliser pour les droits de l'Homme. (Maxppp)


Quelle serait votre réaction si le CIO refusait votre requête d'étendre votre action à la cérémonie d'ouverture? (*)
On serait forcément déçu mais je ne pense pas que ce soit dans l'esprit de l'olympisme garanti par la charte. Cette initiative ne nuit pas à l'image du CIO, au contraire, c'est un encouragement de la part des sportifs français pour qu'il joue son rôle pleinement en conformité avec son mode de fonctionnement. Le badge, on ne pourra peut-être pas l'utiliser dans le stade, mais les Jeux ce n'est pas que dans le stade. C'est aussi plein de moments et on a des relations privilégiées par exemple avec des médias quand on est athlète et je ne vois pas le CIO nous interdire le port de ce badge dans d'autres occasions.

Ce badge fait-il l'unanimité auprès des sportifs français?
Les athlètes doivent rester libre de le porter ou pas. En tout cas, ils ont l'agrément du CNSOF et c'est un geste d'encouragement. Il faut le remercier.

Vous avez déclaré vouloir participer pleinement à ces Jeux. Etes-vous donc contre toute forme de boycott?
C'est ce qui est ressorti des discussions. Les athlètes ont pris position et ils participeront sur le terrain. Dans cette logique, on est favorable à ce que le parcours de la flamme lundi (à Paris) se déroule normalement et que les Jeux aussi. En revanche, les athlètes doivent s'exprimer librement, dire qu'ils auraient aimé que cela se passe autrement. Il reste quatre mois pour agir et tous ceux qui peuvent le faire dans leur domaine bien au delà de ce que l'on peut faire, prennent leur responsabilité. Il serait bien que la Chine respecte les engagements qu'elle a pris au moment de l'acceptation de sa candidature. Que l'on puisse dire après les JO que le mouvement olympique a pesé et que l'on est responsable de certains changements. On a tous envie que les Jeux s'améliorent et que les accords passés soient respectés. Des pistes d'espoirs, on n'en a pas beaucoup.

"C'est presque une trahison"

Est-ce une manière de dire que le CIO doit se faire mieux entendre?
Notre avis doit peser et ces valeurs, on doit les amener au moins dans la tribune des stades. Le CIO n'est pas le seul acteur, ses moyens sont limités et ce n'est pas facile, on le sait. Mais le sport est un acteur essentiel, le président du CIO est aussi important que certains chefs d'état. Il faut assumer cette responsabilité. On a envie qu'il le fasse plus mais cela ne veut pas dire que le CIO ne fait rien. Il y a juste de bonnes intentions. On espère que le CIO s'y prendra autrement à l'avenir, il faut qu'il puisse dire à un pays: "oui ou non vous êtes éligible". Le sport a une telle puissance et quand on a cette possibilité, c'est dommage de ne pas jouer ce rôle là.

Vous êtes aussi en rapport étroit avec le monde économique, par exemple soutenu par des sponsors qui ont des intérêts en Chine. Est-ce que vous vous adressez aussi à ces gens-là qui vont faire du business là-bas?
On est conscient que nous sommes dans une réalité économique, comme tous citoyens, avec des bons et des mauvais côtés, on en discute. Si on a des alternatives, chacun pourrait les saisir. Les produits en matière d'équipements sportifs aujourd'hui, sont fabriqués essentiellement en Asie avec un droit social différent du nôtre. Cette économie mondialisée ne permet pas d'alternative pour l'instant.

Pourquoi n'être pas intervenu plus tôt?
On n'a pas entendu les médias non plus quand Pékin a été choisi en 2001. Les athlètes réagissent aujourd'hui car ils ont vu des images qu'ils n'avaient pas vu forcément avant, et pas que le Tibet. Beaucoup se sont rendus compte que les JO étaient une opportunité pour sensibiliser un peu plus. Bien sûr, dès l'attribution, il aurait fallu poser le débat et envisager des solutions de rechanges. Y avait-il un moment pour contester ? Des engagements avaient été pris par le pays organisateur, on s'était dit que ça pourrait les aider sur le chemin des Droits de l'Homme. Et on ne peut pas le constater aujourd'hui. C'est un échec du pari qui a été fait et quelque part c'est presque une trahison vis à vis des accords pris devant des caméras et des milliards de téléspectateurs.

(*) Les sportifs français ont reçu l'accord officiel du CNSOF de porter le badge lundi lors du passage de la flamme olympique à Paris et par la voix du président Henri Sérandour ont fait la demande au CIO pour que cette action soit renouvelée lors de la cérémonie d'ouverture des JO de Pékin.


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