4x4, le pari fou de Renault
Publié le 11 juin 2008 à 10h00 par
Six semaines. C'est le temps qu'il faut pour acheminer le tout dernier véhicule Renault depuis la lointaine Corée, son pays d'assemblage. Koleos – c'est son nom – sera en concession jeudi prochain, en France. Il est vendu depuis avant-hier en Suisse et aux Pays-Bas. Suivront, jusqu'en septembre, tous les pays d'Europe. Un petit événement car Koleos est le premier 4x4 du groupe.

Avec le Koléos, Renault se positionne sur le segment 4x4. Un peu tard? (DR)
En réalité, Koleos se veut un crossover, comme on appelle aujourd'hui les hybrides entre véhicules de "franchissement" (les traditionnels 4x4 ou quatre roues motrices, appelés SUV outre-Atlantique) et les berlines familiales, y compris les monospaces. "Sauf que nos clients vont bien se retrouver dans une Renault", affirme Nicolas Remise, le chef de projet. Un bémol toutefois puisque le Koleos est le premier véhicule "global" de l'alliance entre Renault et le japonais Nissan, élargie au coréen Samsung, une filiale de Renault. Les équipes françaises du constructeur ont dessiné la voiture et dressé le cahier des charges, Nissan en a conçu le développement technique et Samsung apporte ses forces d'assemblage. Cette nouvelle voiture bénéficie ainsi des innovations développées par le constructeur japonais – comme l'aide à la descente automatique sur les pentes à plus de 10° –, mais le client européen est assuré d'y retrouver le classique frein à main automatique et le démarrage à carte made in Renault, comme sur les Scénic!
Les petites "économiques" cartonnent comme jamais
Le véritable problème auquel Renault se trouve confronté aujourd'hui est le timing de lancement de son 4x4. Koleos arrive en effet très en retard pour concurrencer les RAV4 (Toyota), X-Trail (Nissan) et autres Santa Fe (Hyundai). Ses devanciers ont sanctuarisé leurs parts de marché depuis que les SUV explosent en France. Qui plus est, le "climat" a radicalement changé depuis que Koleos est en développement. Un troisième choc pétrolier est en marche, qui remet en cause le classique modèle économique automobile. General Motors vient d'en faire la démonstration cette semaine. L'ancien leader mondial du secteur, symbole de la toute-puissance américaine, a décidé de fermer quatre grosses usines aux Etats-Unis, au Mexique et au Canada. Quatre sites de production de voitures qui ne se vendent plus: les pick-up et 4x4, comme les Chevrolet Silverado ou GMC Sierra. Le constructeur laisse même planer le doute sur sa filiale Hummer, marque sous laquelle sont vendus de très gros SUV, icônes des années pétrole à gogo.
Le sort des 4x4 est-il scellé? "Le pari Koleos est loin d'être gagné, l'âge d'or des SUV est derrière nous", estime Rémi Cornubert, directeur associé au cabinet Oliver Wyman, spécialiste automobile. Aujourd'hui, la "famille" des 4x4 représente, certes, 7,7), au premier trimestre. Les petites "économiques" (Peugeot 107, Renault Logan, etc.), elles, cartonnent comme jamais. Alors que le prix du Diesel rejoint celui du super, Renault se lance donc sur le créneau au pire moment, d'autant qu'une nouvelle concurrence arrive avec les premiers SUV chinois (lire ci-contre).
Sans l'avoir anticipé, la marque au Losange se retrouve par ailleurs au coeur du débat sur les "4x4 pollueurs", montrés du doigt et parfois même "dégonflés" par des militants anti-4x4. Selon les dernières données de l'Ademe (Agence pour l'environnement et la maîtrise de l'énergie), ce type de véhicule rejette 210 grammes de CO2 par kilomètre (en légère baisse tout de même), contre 120 grammes en moyenne pour une citadine.
L'an passé, plus de 130000 de ces modèles ont été immatriculés en France. Mais c'était avant le Grenelle de l'environnement et l'instauration des bonus-malus. Aujourd'hui, le marché est en recul, ce qui n'augure rien de bon pour les futurs Koleos. La nouvelle Renault, qui pèse davantage qu'une berline classique, dépasse même certaines de ses concurrentes comme le X-Trail (+ 70 kg) et le Qashqai (+ 200 kg). La version à 175 chevaux (Diesel) tombera sous le joug d'un malus de 1600 euros!
Malgré tout, Renault veut croire en sa bonne étoile. Avec 191 grammes de CO2 au kilomètre (pour une consommation de 7,2 litres/100), la direction jure que Koleos est dans la moyenne de son segment. "En outre, le marché ne s'effondre pas puisque, s'il y a eu un effet malus en janvier et février, les ventes en mars et avril sont revenues aux niveaux antérieurs", argumente Nicolas Remise. Le nouveau bébé de Renault veut sa part de citadins amateurs. "La seule chance de Koleos est l'effet coup de coeur en séduisant les fans de la RAV4 de Toyota", estime Rémi Cornubert. A défaut...
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