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A Pitesti, les ouvriers aussi sont "low-cost"

Publié le 30 mars 2008 à 16h00 par

Depuis lundi, l'usine Dacia de Pitesti en Roumanie, principal site de fabrication et d'assemblage de la Logan, est à l'arrêt. En grève, les ouvriers réclament une augmentation de salaire de 150 euros par mois. Pour l'heure, les négociations avec la direction s'enlisent. Quant à Renault, propriétaire de Dacia, son image de marque dans la région en prend un sacré coup.

En Roumanie, la mobilisation ne faiblit pas contre la direction de Dacia. - Reuters
En Roumanie, la mobilisation ne faiblit pas contre la direction de Dacia. (Reuters)


Comme tous les matins, les ouvriers de Dacia se pressent devant les grandes grilles blanches qui marquent l'entrée de l'usine. A Pitesti, au sud de la Roumanie, les cars déversent à flots continus sur le site de production de la Logan les salariés venus des villages alentour. Sauf que, à l'intérieur de l'usine, qui s'étend sur plusieurs hectares, tout est à l'arrêt. Et que l'empressement des ouvriers à aller pointer tient surtout du réflexe.

Situé à une centaine de kilomètres de Bucarest, sur les contreforts des Carpates, le site est en grève illimitée depuis lundi. Selon les syndicats, 80, selon la direction. Quoi qu'il en soit, presque aucun véhicule ne sort des lignes d'assemblage, du jamais-vu ici. Certes, en 2003, l'usine avait connu une grève, mais elle n'avait duré que trois jours. Cette fois, le constructeur roumain s'enlise dans un conflit dur. Principal point d'achoppement: les salaires. La direction propose 144 lei (44 euros) d'augmentation quand les syndicats en réclament 550 (148 euros). "Quand Renault est arrivé ici, ils pensaient avoir affaire à des ouvriers low-cost. Mais vu le succès de la Logan, on se considère comme des ouvriers à part entière. Et nous voulons être payés à notre juste mesure", explique Ion Jordache, le vice-président du SAD (Syndicat automobile Dacia).

La belle mécanique Logan connaît ses premiers ratés

L'affaire constitue une mauvaise publicité pour Renault. Et un manque à gagner de plusieurs millions d'euros, le site produisant normalement chaque jour 1 300 voitures. En clair, la belle mécanique Logan connaît ses premiers ratés. L'histoire a commencé en 1999 quand le français a racheté la marque Dacia, alors moribonde. Renault y injecte près de 800 millions d'euros, restructure l'entreprise. En septembre 2004, les premières Logan sortent de l'usine de Pitesti. Le succès est fulgurant. Dès 2005, Dacia commence à gagner de l'argent, et 300 millions d'euros sont engrangés en trois ans. 230 000 véhicules sont sortis du site l'année passée. Les prévisions tablent sur 320 000 cette année, 360 000 en 2009. Mieux, en juin, la filiale roumaine devrait se lancer dans la production de la Sandero, la petite soeur de la Logan.

Aujourd'hui, Dacia est devenu l'un des fers de lance du groupe Renault. Les salariés réclament leur part du gâteau. D'autant que, selon les syndicats, le coût de la vie ne cesse d'augmenter en Roumanie, notamment depuis l'entrée du pays dans l'Union européenne, le 1er janvier 2007. Certains produits, comme le lait, la viande ou les oeufs, sont devenus aussi chers qu'en France. "On comprenait quand la direction nous disait qu'il fallait faire des sacrifices pour ramener Dacia à l'équilibre. Maintenant, je crois que nous méritons d'être récompensés", explique Mariana, qui travaille depuis dix-huit ans chez Dacia pour 900 lei (250 euros) par mois. Selon les syndicats, son salaire serait celui de la moyenne des ouvriers de Pitesti. Des chiffres bien en deçà de ceux avancés par la direction: 450 euros brut en moyenne pour un ouvrier, 520 euros sur l'ensemble des salariés de l'entreprise.

"Nous ne pouvons plus reculer"

"Ils mentent, nous ne gagnons pas autant", s'insurge Dan, chef d'équipe chez Dacia depuis plus de vingt ans. Ce père de famille jure qu'il continuera le mouvement jusqu'au bout: "De toute façon, nous ne pouvons plus reculer. Si on renonce à notre combat, on aura tout perdu." "On est de plus en plus motivés", assure de son côté Catalin, un ouvrier de 23 ans, au regard aussi sombre que sa chevelure. Le jeune homme, pourtant en CDD, semble n'avoir pas grand-chose à perdre. Pour lui comme pour beaucoup ici, Dacia est une affaire de famille. Ses parents y ont travaillé, avant de partir à l'étranger, comme 10." Pour le patron de Dacia, la demande des syndicats mettrait en danger le site de Pitesti. "Dans l'automobile, les situations se renversent très vite. Si on donne 70 de remise. Certains jugent que la ristourne est à l'image de leurs salaires: low-cost.


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