Birmanie: Ce très cher riz
Publié le 09 mai 2008 à 15h04 par
A l'heure où toutes les ressources alimentaires de base voient leur prix flamber, le riz n'échappe pas à la règle. Le cyclone qui a frappé la Birmanie risque bien de tendre un peu plus ce marché crucial pour les populations asiatiques et africaines, dont le fonctionnement est faussé par les restrictions à l'exportation et la profonde mutation agricole de certains pays en développement.

Le prix du riz a considérablement augmenté et la situation pourrait s'aggraver en raison de la situation en Birmanie. (Reuters)
Le terrible cyclone qui a ravagé la Birmanie il y a six jours sème à nouveau la confusion sur le marché du riz, qui tendait plutôt vers l'apaisement après les records atteints à la fin du mois d'avril. Le pays ne fait pas partie des plus gros producteurs de la région ni même des principaux exportateurs, mais il contribue positivement au solde mondial en mettant chaque année quelques centaines de milliers de tonnes d'excédent sur le marché. Mais comme la situation locale entre l'offre et la demande est tendue, cet écart, aussi infime soit-il par rapport aux énormes exportations de ses voisins thaïlandais, pèse lourd dans la balance.
En outre, les deux plus gros importateurs mondiaux, le Nigeria et les Philippines, ont fait savoir qu'ils étaient acheteur de grosses quantités de riz récemment. Le gouvernement Philippin a même dû annuler une enchère destinée à couvrir ses besoins, du fait de la présence d'un seul et unique vendeur. Cela a concouru à maintenir hauts perchés des prix qui n'avaient pas besoin de cela: l'année dernière, ils ont déjà plus que doublé. A la bourse de Chicago, première place mondiale pour les céréales, le demi-quintal de riz à échéance juillet se traite aujourd'hui en hausse de 5,1 de la flambée des cours du riz. "De telles restrictions sont également de nature à réduire l'incitation à accroître la production dans les pays exportateurs", a-t-il ajouté. Mais les déséquilibres actuels ont également des causes plus profondes. Dans une étude publiée récemment, Ahmad Abdallah, du cabinet GaveKal, citait l'exemple philippin comme étant symptomatique de la situation en démontrant comment, au niveau local, peut se produire une pénurie alors même que le monde est en situation de surplus.
En 20 ans, les Philippines sont devenues le premier pays importateur de riz du monde, car leur agriculture n'a pu, ou pas voulu, suivre la hausse de sa population. Le riz a souvent été remplacé par le bétail, plus rémunérateur à la vente, provoquant un déséquilibre entre la demande et l'offre. La hausse des prix a commencé, avec les restrictions, et les autorités ont échoué à calmer l'inflation en cherchant à garantir des approvisionnements. Au final, les Philippines ne cessent d'acheter du riz à l'extérieur, ce qui contribue à soutenir les prix.
Pour l'heure, seule la Thaïlande, parmi les gros exportateurs, n'a pris aucune mesure restrictive. Jusque-là , la Birmanie espérait exporter quelque 600 000 tonnes de riz en 2008, selon la FAO, l'organe des Nations Unies en charge de l'alimentation et de l'agriculture, principalement vers les Etats les plus pauvres d'Asie du Sud-Est comme le Bangladesh. Mais la destruction des rizières dans plusieurs zones de production clefs, les cinq provinces touchées représentent les deux-tiers de la production nationale, pourrait forcer le pays à rejoindre la cohorte des Etats de la région qui ne peuvent plus subvenir à leurs propres besoins.
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