BNP Paribas lorgne sur la SG
Publié le 30 janvier 2008 à 12h55 par
Dans le duel que se livrent depuis plusieurs années déjà la Société Générale et BNP Paribas, la banque de Baudoin Prot a terminé 2007 par une victoire par K.O sur celle de Daniel Bouton. La faute au désormais mondialement fameux "trader" Jérôme Kerviel, mais aussi à la politique agressive de la Société Générale en matière de prise de risques. Et l'hypothèse d'une OPA resurgit.

Baudoin Prot, le patron de BNP Paribas, va-t-il lancer un raid sur la Société Générale? (Reuters)
Lorsque la Société Générale avait la semaine dernière annoncé une incroyable perte liée à la liquidation des positions d'un seul de ses traders, la BNP Paribas avait pris les devants en publiant rapidement un communiqué qui se voulait rassurant. "<i>Le processus de clôture des comptes 2007 se déroule de façon satisfaisante</i>", avait-elle expliqué, ajoutant qu'aucune mauvaise nouvelle conséquente n'était à attendre de ses résultats. La banque avait cependant décidé d'avancer au 30 janvier la publication de ses comptes annuels préliminaires, au lieu du 20 février prochain, de façon à désamorcer d'éventuelles interrogations sur son exposition à la crise du marché du crédit.
Ce matin donc, la BNP Paribas a dévoilé ses comptes préliminaires pour l'année 2007, marqués par une chute des bénéfices de 42 à 7,8 milliards d'euros. Une performance remarquable pour l'entreprise, surtout si on la compare à celle d'autres établissements français, européens et américains. Ainsi ce matin, le suisse UBS, la plus grande banque européenne par les actifs, a annoncé avoir perdu 4,4 milliards de francs suisses (2,73 milliards d'euros) en 2007 pour avoir trop misé sur l'immobilier américain, son compartiment "subprime" et ses produits dérivés.
<b>L'OPA, vieux serpent de mer</b>
La BNP Paribas fait à l'inverse figure de bon élève. Malgré une présence importante outre-Atlantique, via sa filiale BancWest, et un "coût du risque" (les provisions sur les clients défaillants) en nette hausse, son exposition à la crise que traverse l'immobilier américain et ses répercussions directes n'est "que" de 309 millions d'euros au 4ème trimestre. Très loin, par exemple des établissements américains, suisses ou britanniques, mais loin également de la Société Générale ou même du Crédit Agricole.
La bonne fortune de la BNP Paribas alors que la roue tourne pour sa grande rivale la Société Générale n'a pas manqué de faire resurgir un vieux serpent de mer des marchés, une OPA de la première banque française sur la seconde. En 1999, la BNP avait contré l'offre publique d'échange de la Société Générale sur Paribas en lançant à son tour un raid hostile sur les deux établissements. Une stratégie payante puisque c'est la banque alors dirigée par Michel Pébereau qui avait récupéré Paribas. L'opération avait d'ailleurs failli tourner au vinaigre pour l'indépendance de la Société Générale puisque la BNP avait quasiment mis la main sur sa rivale, avant que le Comité des Etablissements de Crédit et des Entreprises d'Investissement (CECEI), présidé par Jean-Claude Trichet, ne mette son veto à l'opération, dont elle déplorait le caractère hostile. Depuis, les rumeurs d'un rapprochement ont souvent circulé, malgré l'hostilité polie qui reste toujours de mise entre les dirigeants des deux banques qui n'ont pas oublié l'épisode de 1999.
<b>Daniel Bouton sur un siège éjectable</b>
Du reste, beaucoup de banques sont citées comme pouvant être intéressées par la Société Générale, qui disposait d'une excellente réputation dans le secteur avant les événements de la semaine dernière. L'année dernière, le titre avait bondi sur des sommets historiques alors que les marchés spéculaient sur un intérêt de l'italienne Unicredit, qui entre-temps a jeté son dévolu sur sa compatriote Capitalia. Les grandes banques britanniques et américaines pourraient également regarder le dossier. Pour d'évidentes raisons politiques, l'Elysée chercherait cependant à privilégier la piste française si la banque de Daniel Bouton venait à être vendue. Hier, l'hypothèse d'un démantèlement au profit de la BNP Paribas et de Crédit Agricole a même circulé, même si ce scénario se heurterait inévitablement à des problèmes de concurrence, compte tenu notamment de l'importance de la banque de détail de la Société Générale, qui compte 9 millions de clients particuliers en France (en incluant la filiale Crédit du Nord). La Commission européenne a d'ores et déjà prévenu qu'elle suivra de près le dossier, pour éviter que Paris ne bloque d'éventuelles offres en provenance de l'étranger. Bruxelles a le protectionnisme économique français dans le collimateur depuis quelques affaires retentissantes, comme l'annonce de la fusion entre Gaz de France et Suez alors que l'italien Enel lorgnait le groupe de Gérard Mestrallet.
Dans l'immédiat, c'est le sort de Daniel Bouton qui préoccupe les investisseurs. Le président de la Société Générale a remis sa démission la semaine dernière, mais son conseil d'administration l'a repoussée, préférant conserver le dirigeant pour gérer la crise. La publication des procès-verbaux de l'audition de Jérôme Kerviel dans la presse hier a cependant remis la pression sur le dirigeant. Ceux-ci tendent à démontrer que le trader a bénéficié d'un système de contrôle défaillant, voire que nombreux étaient ceux, au sein de la banque, qui avaient fermé les yeux sur ses agissements tant que ses positions étaient gagnantes. Le nouveau conseil d'administration de la Société Générale, qui se tient ce mercredi va devoir choisir entre continuer à faire confiance à son président et l'écarter. Si tel était le cas, la spéculation serait relancée de plus belle.
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