Bouton, patron responsable
Publié le 18 avril 2008 à 12h45 par
Le nom de Daniel Bouton, l'actuel P-DG de la SocGen, est également associé à celui du rapport publié en 2002 par le groupe de travail du Medef sur la question du gouvernement d'entreprise. Face au scandale Kerviel, le dirigeant se trouve aujourd'hui personnellement confronté à la question de la responsabilité des patrons que le rapport Bouton avait largement abordée.

Daniel Bouton quitte la direction générale de la SocGen mais en reste le président. (Reuters)
Ayant présidé 18 ans aux destinées de la banque, avec un bilan appréciable, Daniel Bouton a choisi de se conformer au modèle qu'il prônait, ne laissant le soin à personne d'autre que lui-même d'impulser un inévitable changement de direction. Non sans avoir continué à défendre le modèle opérationnel de la Société Générale face à un feu de critiques -y compris émanant du plus haut niveau de l'Etat. Non sans s'être assuré, au travers d'une augmentation de capital de 5,5 milliards d'Euros, que le groupe bancaire disposait des moyens de poursuivre son développement.
Jeudi soir, un communiqué de la banque a annoncé que, sur proposition de Daniel Bouton lui-même, le Conseil d'administration avait décidé de dissocier les fonctions de président du conseil et celles de directeur général "après la réussite de la recapitalisation de la banque, et en vue d'adapter la gouvernance du groupe". Le mois prochain, Daniel Bouton sera nommé Président tandis que la direction générale sera confiée à Frédéric Oudéa. Ce dernier, précédemment directeur financier de la SG, avait été nommé directeur général délégué le mois dernier. Son ascension se confirme ainsi, aux dépens de Jean-Pierre Mustier, le patron des activités de marché, lequel était jusqu'à l'affaire Kerviel généralement perçu comme le dauphin de Daniel Bouton.
Responsabilité personnelle, transparence et intégrité
La responsabilité des acteurs économiques, en particulier celles des dirigeants d'entreprise et des administrateurs, constituait une question centrale pour le groupe de travail présidé par Daniel Bouton, président de la Société Générale. Responsabilité personnelle, transparence et intégrité "constituent les exigences permanentes s'imposant à l'ensemble des acteurs de la vie économique", dans un système fondé sur la libre confrontation de l'offre et de la demande et sur la liberté des échanges, reposant donc sur la confiance entre les intervenants. "Il n'y a pas de système libéral sans confiance", rappelait les auteurs du rapport intitulé "Pour un meilleur gouvernement des entreprises cotées" - le fameux rapport Bouton. Mis lui-même au pied du mur par l'éclatement du scandale Kerviel, le patron de la Société Générale n'a pas regimbé pour assumer ses responsabilités. Au-delà d'éventuelles obligations contractuelles ou règlementaires, Daniel Bouton prend en compte sa responsabilité morale en assumant les conséquences des évènements survenus sous son mandat.
Rappelons en effet que le P-DG a immédiatement remis sa démission au conseil d'administration convoqué après la découverte de l'affaire. Les administrateurs ont mis en jeu leur propre responsabilité en lui demandant de poursuivre sa mission : en substance, faire face à la crise immédiate et remettre le groupe sur la voie d'une croissance profitable. Ce qui était d'ailleurs parfaitement logique : on ne démet pas le capitaine alors que le navire affronte un gros grain. Le cas échéant, on attend le retour en des eaux plus calmes pour faire le bilan. Il fallait parer au plus pressé, et ne pas ajouter à la confusion en déstabilisant précipitamment la direction. En outre, Daniel Bouton a décidé d'abandonner au moins la moitié de son salaire annuel, et renoncé à la part variable de sa rémunération au titre de l'année 2007.
Au cours des trois derniers mois, Daniel Bouton a su résister aux pressions conséquentes nées de l'affaire Kerviel, bien au-delà du seul cercle financier étant donné la résonnance médiatique, pour se concentrer sur la gestion, dans l'intérêt de la firme et de son indépendance. Cet objectif rempli, il peut prendre du recul au plan opérationnel et préparer, à plus ou moins long terme sa sortie - honorable.
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