Ajax-loader-form

Bouzou: "L'Europe n'a pas besoin de plan Paulson"

Publié le 25 septembre 2008 à 12h57 par Christophe ISRAËL

Alors que les Etats-Unis s'apprêtent à voter un plan de sauvetage de l'économie estimé à 700 milliards de dollars, l'Europe tente d'élaborer sa propre stratégie pour juguler les effets de la crise. Malgré des indicateurs clairs de l'entrée en récession de la zone euro, Nicolas Bouzou, économiste du cabinet Asteres, explique au JDD.fr pourquoi l'Europe n'a pas besoin de "plan Paulson".

Les pays européens n'ont pas besoin d'un plan Paulson à l'américaine, mais de politiques de relance coordonnées. - Maxppp
Les pays européens n'ont pas besoin d'un plan Paulson à l'américaine, mais de politiques de relance coordonnées. (Maxppp)


L'Europe est-elle aussi durement touchée que les Etats-Unis par la crise actuelle?
Cela va peut-être changer, mais quand on regarde les chiffres de croissance, le premier semestre 2008 est plutôt meilleur aux Etats-Unis que dans la zone euro, où tous les indicateurs avancés pointent vers la récession. En France, les exportations, le moral des industriels, même la consommation des ménages, tout indique clairement que, malgré la pudeur sémantique à l'honneur, nous sommes entrés en récession. La situation économique est grave, et la crise boursière se transmet de deux façons sur l'économie réelle. Par le canal du crédit tout d'abord : les banques dévalorisent leurs actifs, ce qui signifie qu'elles ont moins de fonds propres, en fonction desquels elles prêtent. Cela veut dire qu'elles prêtent moins. Moins de crédits à la consommation et de crédits immobiliers aux ménages, moins aux petites entreprises. On demande aux ménages des garanties plus importantes qu'il y a deux ans - un apport personnel obligatoire par exemple-, et les taux d'intérêts remontent, du fait du renchérissement du coût de l'argent lié à la crise actuelle.

A l'exception notable de Northern Rock et de la Norskilde Bank, les banques européennes paraissent moins touchées que les établissements américains. Les institutions financières résisteraient-elles mieux en Europe?
Il faut relativiser les faillites américaines. Il est important de rappeler qu'il s'agit de faillites de petites banques régionales, ou de gros établissements d'investissement (Fanny Mae, Freddie Mac, Lehman Brothers ou Bear Stern, sauvé in extremis), qui sont certes des acteurs centraux des marchés américains, mais en aucun cas de grosses banques de dépôt, celles qui détiennent une partie importante de l'épargne des Américains et prêtent directement aux ménages. En Europe, on n'a pas de craintes à avoir. Evidemment des banques comme BNP Paribas ou la Société générale connaissent des problèmes. Elles perdent de l'argent, mais ne sont pas du tout menacées par la faillite.

"Pas de consensus politique sur un plan de relance"

Il n'y a donc pas besoin de plan Paulson pour racheter les actifs toxiques qui pollueraient le marché?
Pour l'instant, en France et plus largement en Europe, on n'a pas besoin d'une structure de cantonnement, qui rachèterait des actifs pourris et des créances douteuses, à l'image du plan Paulson. Cela ne veut pas dire qu'il n'y a pas de difficultés, mais être pessimiste ne signifie pas être au bord de la faillite. De toute façon, le budget européen, déjà très réduit, n'offre pas de marge de manoeuvre suffisante pour un tel plan. Il n'existe pas pour l'heure de consensus politique entre les Etats européens sur ce sujet, et les situations des finances publiques des états membres très hétérogènes. Les politiques de relance, qui pourraient soigner les symptômes de la crise, sont de fait très différentes d'un pays à l'autre.

Réunir un G8 exceptionnel est-il une bonne idée?
Il faut sans doute le faire pour rassurer les gens et montrer que l'on fait quelque chose, mais je pense qu'il ne faut pas trop en attendre. Si on fait une réunion internationale pour établir une nouvelle réglementation du système financier et bancaire, il faut qu'elle soit mondiale. Cette crise est née aux Etats-Unis. L'Europe subit, mais le "bug" vient de la conjonction outre-Atlantique d'une politique passée de taux extrêmement faibles et de trous réglementaires. La politique monétaire de l'Europe a été beaucoup plus raisonnable, Jean-Claude Trichet a suffisamment été critiqué sur les taux d'intérêts, et la réglementation, surtout en France, est plutôt excessive. On est dans une situation inverse des Etats-Unis. La seule chose que les Etats peuvent faire, c'est de traiter les symptômes de la crise par des politiques de relance, qui se mettent en place au niveau des pays.

"Une baisse des taux de la BCE est souhaitable"

Une baisse des taux directeurs de la BCE est-elle envisageable pour encourager ces politiques de relance?
Aujourd'hui, une telle baisse est possible, et elle est justifiée. Le contexte a changé: je pense que le risque inflationniste est derrière nous. La spirale inflationniste de la boucle prix-salaires, redoutée par la BCE, n'a plus lieu d'être. La croissance mondiale faible devrait apaiser la demande de matières premières, dont les prix vont se stabiliser, voire baisser légèrement. Dans ces conditions, la baisse des taux d'intérêts de la BCE, dans le cadre de son mandat, est donc possible et serait même souhaitable.

Le directeur général de l'OMC, Pascal Lamy, a mis en garde contre un réflexe protectionniste. Quel est le risque d'un tel repli?
Le risque réel est difficile à évaluer, je ne suis même pas sûr qu'il y en ait un. Mais en tout cas dans les mots, il est clair qu'il y a une montée de la politique protectionniste. On le voit bien dans le cadre de la campagne présidentielle américaine. Barack Obama a promis de remettre en cause un certain nombre d'accords de libre-échange. Et John Mc Cain n'est pas très éloigné de sa position. Le feront-il, rien n'est moins sûr, mais ce repli sur soi est traditionnel en période de crise. Or, sur ce point, les économistes sont unanimes: le protectionnisme réduit la croissance et augmente les prix. Il y a là un vrai danger, et la mise en garde de Lamy, que l'on a vu poindre pendant les négociations du cycle de Doha, sont importantes. On fait souvent la comparaison avec la crise des années 30, qui à mon sens, sur le plan monétaire et financier, n'est pas totalement justifiée. En revanche, le parallèle tient sur la montée du discours protectionniste. C'est peut-être le plus inquiétant.


Il n'y a pas de commentaires pour le moment.

Écrire un commentaire

Copyright ©2008 Newsweb. Tous droits réservés.