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Bras de fer autour du jackpot nucléaire

Publié le 02 décembre 2007 à 16h30 par

Anne Lauvergeon peut souffler. La patronne d'Areva, numéro un mondial du nucléaire, a fait coup double en vendant deux réacteurs de dernière génération à la Chine. Côté face, c'est un succès commercial à 8 milliards d'euros. Côté pile, ce contrat est une victoire personnelle dans la bataille politico-industrielle dont Areva fait l'objet depuis de longs mois.

La patronne d'Areva a joué un gros coup en signant des contrats en Chine. - Reuters
La patronne d'Areva a joué un gros coup en signant des contrats en Chine. (Reuters)
Anne Lauvergeon peut souffler. La patronne d'Areva, numéro un mondial du nucléaire, a fait coup double en vendant deux réacteurs de dernière génération à la Chine. Côté face, c'est un succès commercial à 8 milliards d'euros. Côté pile, ce contrat est une victoire personnelle dans la bataille politico-industrielle dont Areva fait l'objet depuis de longs mois.

L'enjeu est de taille: il s'agit de savoir qui va empocher le fabuleux pactole promis au nucléaire. L'Agence internationale de l'énergie atomique parle de soixante centrales à construire dans le monde d'ici quinze ans. Or Areva domine le marché et ses concurrents se comptent sur les doigts d'une main, les principaux étant les américains Westinghouse et General Electric.

Deux modèles industriels pour le nucléaire français

A l'issue de la séance des signatures avec son client chinois, Anne Lauvergeon est sortie de son silence. Areva "est un sujet trop stratégique pour nécessairement devenir un objet de quelque appétit que ce soit", a-t-elle déclaré. La PDG défend son modèle: une société qui fabrique des réacteurs, fournit l'uranium et le traite une fois usagé. Cela en comptant sur l'allemand Siemens, qui détient un tiers du capital de la filiale construisant les réacteurs.

Mais il y a un autre modèle, défendu par Patrick Kron, PDG d'Alstom, et Martin Bouygues, son principal actionnaire (à 30%). Ils rêvent de récupérer les réacteurs d'Areva et de former un groupe qui, selon eux, pèserait plus lourd encore face aux concurrents. Le consortium vendrait les chaudières atomiques, mais aussi les turbines Alstom et le béton Bouygues qui habille le tout. "Kron en veut à Lauvergeon de privilégier les turbines de Siemens. Il ne réussit pas à entrer par la porte, alors il tente la fenêtre", explique un influent banquier français. Dans ce schéma, il n'y a pas de place pour Siemens.

Après l'élection présidentielle, on pensait le dossier plié. Nicolas Sarkozy semblait soutenir sans faillir le projet de Patrick Kron et Martin Bouygues, dont il est un ami très proche. Mais le plan ne s'est pas déroulé comme prévu. D'abord, les conseils de l'Etat, HSBC et McKinsey, qui s'apprêtent à remettre leurs rapports, ont émis des doutes sur l'intérêt de ce Meccano industriel. Les économies d'échelle leur semblent minimes, et le conglomérat ainsi créé, comprenant la division trains et métros d'Alstom, ne plairait guère à la Bourse. Selon certaines estimations, il subirait une décote pouvant faire perdre 5 milliards d'euros à l'Etat actionnaire.

Trouver 10 milliards d'euros d'ici à 2012

De son côté, Anne Lauvergeon parle de "synergies négatives". Selon elle, l'exclusion de Siemens laminerait les ventes d'Areva en Allemagne. La sortie de l'industriel allemand obligerait aussi l'entreprise publique française à lui verser une pénalité. On parle de 2 milliards d'euros. De son côté, le partenaire germanique a fait savoir qu'il était prêt à investir davantage dans Areva. Enfin, les clients français semblent souhaiter un minimum de concurrence sur des pièces de centrales valant des centaines de millions d'euros. Suez a récemment expliqué que ses projets atomiques se feraient dans le souci d'"indépendance" vis-à-vis des fournisseurs. Pas question de se voir imposer un "package" Alstom-Areva non négociable. Bref, le projet Bouygues-Kron s'est heurté à d'autres stratégies.

Le feuilleton est donc loin d'être terminé, car Areva a besoin d'argent. Il lui faut de nouvelles mines d'uranium et de nouvelles usines pour faire face à la demande. A ce titre, l'entreprise a indiqué vendredi vouloir prendre une participation au sein d'Energie atomique au Canada. Au total, ses besoins se montent à environ 10 milliards d'euros d'ici à 2012. Pour les financer, Anne Lauvergeon souhaite une ouverture du capital: la vente d'actions lui fournirait du cash pour investir. Un projet similaire fut stoppé en 2004 par le ministre des Finances, Thierry Breton, qui entretenait des relations exécrables avec la patronne d'Areva. L'idée avait été défendue par Nicolas Sarkozy lors de son passage à Bercy. S'en souviendra-t-il à l'Elysée ? Anne Lauvergeon l'espère. Mais le duo Bouygues-Alstom a lui aussi les moyens de payer.


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