Bush plaide pour l'union sacrée
Publié le 25 septembre 2008 à 9h00 par Christophe ISRAËL
Dans un discours aux accents catastrophistes, George W. Bush a appelé mercredi à l'unité pour affronter la crise et éviter une "longue et pénible récession". John McCain et Barack Obama sont attendus à la Maison Blanche, où le président américain doit réunir jeudi les chefs de groupes parlementaires afin de dégager un consensus sur le plan Paulson. A tout prix.

Après Ground Zero, les candidats vont participer ensemble à une réunion de crise. A quand un ticket Obama-McCain? (Reuters)
L'heure est grave. "Nous sommes au coeur d'une grave crise financière et le gouvernement fédéral y répond avec une initiative décisive", a déclaré mercredi George Bush dans un discours télévisé aux accents catastrophistes. Le président américain est donc monté au créneau, à quelques heures de l'étude devant le Congrès du plan de sauvetage proposé par le secrétaire au Trésor, Henry Paulson. Un exercice délicat pour le président républicain, contraint de prêcher une parole bien éloignée parfois de son dogme habituel. Si son "instinct naturel" le pousse d'ordinaire à s'opposer à l'intervention des pouvoirs publics dans le secteur financier, George W. Bush a ainsi reconnu que la gravité de la crise actuelle imposait, selon lui, une autre approche.
"Je pense qu'on doit accepter la disparition des entreprises qui prennent de mauvaises décisions. Dans des circonstances normales, j'aurais suivi cette voie. Mais il ne s'agit pas de circonstances normales. (...) Le marché ne fonctionne pas correctement", a poursuivi le président, qui a déploré un vaste déficit de confiance, les menaces qui pèsent sur des secteurs essentiels de la finance et le risque de voir disparaître davantage de banques. "Et en fin de compte, notre pays pourrait être confronté à une longue et pénible récession. Chers concitoyens, nous ne devons pas le permettre", a-t-il martelé.
La crise ne paralyse pas la campagne
Moins d'une heure avant son allocution, Bush avait téléphoné à Barack Obama, candidat démocrate à sa succession, pour l'inviter à assister à une réunion sur le plan de sauvetage en présence d'élus des deux camps et de son rival républicain John McCain, jeudi à la Maison blanche. Obama a accepté l'invitation. McCain a, quant à lui, suspendu sa campagne pour rentrer à Washington afin de se consacrer à la crise. Malgré cela, la requête de John McCain de repousser le premier des débats qui l'opposera à son rival démocrate, prévu vendredi, a été repoussée par la Commission des débats de la Maison blanche.
Obama et McCain ont diffusé un communiqué commun pour exhorter les parlementaires "à dépasser les rivalités politiques" afin d'éviter "une catastrophe économique". Les chefs de file démocrates entendent promulguer quelques mesures dite d'urgence avant l'ajournement de la session, a rassuré le sénateur Charles Schumer. "Le consensus est premièrement qu'on ne l'aime pas (le plan), deuxièmement qu'il faut le changer et troisièmement qu'il faut faire quelque chose", a-t-il déclaré sur CNBC. "Je suis à peu près certain qu'on aura quelque chose avant que nous ajournions; les probabilités en sont très élevées". Les démocrates souhaitent en particulier que ce plan comprenne davantage de mesures de protection des contribuables et une limitation des sommes versées aux dirigeants d'entreprises sollicitant l'aide des pouvoirs publics. Un point sur lequel le secrétaire au Trésor s'est dit prêt à avancer.
Plan Paulson: Accord en vue
La réunion entre démocrates et républicains devrait avoir lieu à 10h00 (16h à Paris) pour rédiger une version définitive du projet de loi relatif au plan de sauvetage, dont l'enveloppe globale atteint 700 milliards de dollars. "Peu de questions restent en suspens", a précisé une source du camp démocrate. "Nous n'y sommes pas encore", mais il y a "de bonnes chances qu'on y parvienne d'ici une journée", avait pour sa part confié l'optimiste Christopher Dodd, président de la commission bancaire du Sénat.
La perspective d'un accord devrait apaiser les marchés, malmenés mercredi alors que les négociations politiques piétinaient. Mercredi, Ben Bernanke, président de la Réserve fédérale, et Henry Paulson, secrétaire au Trésor, ont continué à plaider la cause de leur plan. Bernanke a souligné une fois de plus que les marchés financiers mondiaux subissaient "une pression extraordinaire" et menaçaient une économie américaine déjà malmenée. La crainte d'un blocage ou d'un échec dans le dossier Paulson ont d'ailleurs pesé sur Wall Street, dont les principaux indices ont clôturé en repli mercredi. Les incertitudes sur le plan Paulson ont même éclipsé ce qui annonce peut-être l'amorce d'une reprise positive des marchés : la décision du milliardaire Warren Buffett d'investir 5 milliards de dollars dans Goldman Sachs, preuve pour certains analystes de l'apaisement des investisseurs à l'annonce de ce plan. "Si je ne croyais pas que le gouvernement va agir, je m'abstiendrais de faire quoi que ce soit cette semaine", a lancé Buffet. Simple pari ou pure spéculation?
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