Ça s'accélère à La Poste
Publié le 28 août 2008 à 20h37 par Nicolas MOSCOVICI
Jeudi, Jean-Paul Bailly, président de La Poste, a fixé le calendrier souhaité en vue du passage de l'établissement public en société anonyme. Un changement qu'il espère pour janvier 2010, soit un an avant la libéralisation totale du marché du courrier. Le gouvernement doit faire connaître sa position "dans les prochaines semaines". Les syndicats, inquiets pour l'emploi, s'indignent.

Jean-Paul Bailly se tourne vers le gouvernement. (Reuters)
Jean-Paul Bailly, déjà tourné vers 2010. Face à la presse, le président de La Poste a en effet confirmé jeudi son souhait de transformer, à cet horizon, l'établissement public en société anonyme. "J'ai informé ce matin le conseil d'administration de La Poste de l'initiative que j'allais prendre rapidement pour saisir le gouvernement sur ce thème", a-t-il révélé. Ce dernier se prononcera "dans les prochaines semaines", lui a répondu dans la journée François Fillon. Avant cela, le Premier ministre demandera à Christine Lagarde (ministre de l'Economie) et à Luc Chatel (secrétaire d'Etat à l'Industrie), "d'étudier en détail les propositions de l'entreprise et d'engager dans les prochains jours des consultations avec les divers acteurs concernés, en particulier les partenaires sociaux et les élus locaux, afin de recueillir leur point de vue sur cette évolution". Pour les uns comme pour les autres, le temps presse: la libéralisation totale du marché du courrier, préconisée par la Commission européenne, est prévue pour 2011.
Sud-PTT: "Une saignée dans l'emploi"
Dans cette optique, Jean-Paul Bailly a fait savoir qu'il procèderait à une ouverture du capital en janvier 2011. Objectif: engranger les "2,5 à 3,5 milliards d'euros" nécessaires au "développement" de La Poste. Des propos qui, pour les syndicats, résonnent surtout comme une nouvelle étape vers la privatisation de l'établissement public, employeur de 280 000 postiers, dont 60% sont fonctionnaires. Les organisations avaient déjà déploré, le 22 juillet dernier, la signature un contrat de service public 2008-2012 entre La Poste et l'Etat qui, selon elles, loin de garantir les missions de service public, "pave la route à la privatisation". Cinq d'entre elles (CGT, Sud, CFDT, FO et CFTC) avaient alors planifié une journée d'action en septembre. Elles doivent se réunir le 2 de ce mois pour en définir les modalités. En attendant, Sud-PTT, a dit craindre ce jeudi "une saignée dans l'emploi", expliquant que 5800 postes sont en passe d'être "détruits".
Face à cette prévisible levée de boucliers, Jean-Paul Bailly a lui joué la carte de l'apaisement, expliquant à la presse que la modification du statut de l'entreprise, qui devrait être inscrite dans la transposition en droit français de la troisième directive postale européenne de 2009, n'aurait aucune incidence sur le cahier des charges actuel de La Poste. En outre, le statut des agents ne sera pas, lui non plus, modifié. "L'Etat conservera la majorité du capital", a encore dit le président du groupe, rejetant ainsi en bloc la perspective d'une privatisation. Par voie de communiqué, François Fillon a pour sa part promis que "la transformation du statut de La Poste devra pleinement respecter le caractère public de l'entreprise, la poursuite et le renforcement de ses missions de service public et le statut des personnels".
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