Ajax-loader-form

Dernière chance pour Alcatel?

Publié le 30 octobre 2007 à 13h34 par

Un an après avoir été célébré en grande pompe, le mariage Alcatel-Lucent n'en finit plus de susciter les interrogations. Prévisions revues à la baisse, restructuration sévère, rumeurs de départ des dirigeants, craintes sur la solidité financière... Rien n'a été épargné aux salariés et aux actionnaires du fleuron des équipements de télécommunications.

Les salariés d'Alcatel-Lucent restent opposés à la stratégie actuelle du groupe. - MaxPPP
Les salariés d'Alcatel-Lucent restent opposés à la stratégie actuelle du groupe. (MaxPPP)
Un an après avoir été célébré en grande pompe, le mariage Alcatel-Lucent n'en finit plus de susciter les interrogations. Prévisions revues à la baisse, restructuration sévère, rumeurs de départ des dirigeants, craintes sur la solidité financière... Rien n'a été épargné aux salariés et aux actionnaires du fleuron des équipements de télécommunications.

C'est mercredi que le franco-américain Alcatel-Lucent doit publier ses résultats du troisième trimestre. Des comptes qui seront encore dans le rouge, a prévenu l'entreprise en panne de croissance et de rentabilité. Et pour faire passer la pilule en bourse, le groupe a promis, en lançant son avertissement en septembre dernier, qu'il "accélérera l'exécution de son programme de restructuration en cours" et qu'il "mettra en oeuvre des réductions supplémentaires de coûts ciblées sur les marchés qui nécessitent de nouvelles actions". En d'autres termes, des réductions d'effectifs sont à nouveau à prévoir après celles qui avaient déjà été annoncées et portaient sur 12 000 personnes, dont près de 1 500 en France.

Dernière chance

La directrice opérationnelle Patricia Russo doit présenter en conseil d'administration à Paris mardi après-midi les mesures qui ont été décidées pour le durcissement de la restructuration, ainsi que les comptes trimestriels. Les analystes sont encore partagés sur l'ampleur des nouvelles mesures, mais tous tablent sur des réductions d'effectifs. Les plus prudents évoquent 2 000 à 3 000 suppressions de postes supplémentaires, principalement aux Etats-Unis, marché désigné par l'équipementier comme étant à l'origine de ses difficultés. D'autres bureaux d'études pensent que Patricia Russo, qui joue là sa dernière carte pour sauver sa tête et sans doute aussi celle de son président Serge Tchuruk, pourrait être tentée de jouer la surenchère. Ce sont ainsi 4 000 à 6 000 postes de plus qui pourraient être visés, même si quelques spécialistes isolés avancent des chiffres bien plus élevés.

Depuis le rapprochement effectif entre les deux entreprises, l'action Alcatel-Lucent a perdu le tiers de sa valeur en bourse. L'incapacité du groupe à atteindre ses objectifs, le manque de ligne stratégique, même si la direction s'en défend, et un bilan alourdi par le rapprochement sont autant de facteurs qui mettent le dossier sous pression. Le groupe doit donc réagir vite et fermement. "Je continue de penser qu'il est encore trop tôt pour juger de l'efficacité d'un plan de restructuration qui n'a pas été entièrement appliqué alors que d'ores et déjà il s'avère insuffisant", explique André Chassagnol, le patron de la recherche d'HPC, plutôt sévère sur le parcours de l'entreprise ces derniers mois mais qui juge qu'il faut laisser encore un peu de temps aux dirigeants actuels pour faire leurs preuves. François Duhen, analyste chez CM-CIC Securities, est pour sa part assez sceptique quand il affirme que "les tendances structurelles de l'industrie... ne permettent à Alcatel-Lucent de supprimer des lignes de métiers sans risque d'être considéré comme un acteur de second rang, avec une capacité de développement trop limitée". Le spécialiste anticipe un nouveau plan "encore trop défensif".

Une stratégie à redéfinir

Pour l'heure, Alcatel-Lucent a prévu de dépenser 1,6 milliard d'euros d'ici à 2009 pour économiser à partir de cette date 1,7 milliard d'euros chaque année. Une facture qu'il faut honorer alors que l'entreprise ne génère pas assez de liquidités et qu'elle a de gros besoins d'investissements pour se maintenir au niveau de ses concurrents. Du coup, certains analystes spéculent sur une mesure spectaculaire, comme le recentrage sur les métiers où le groupe dispose des positions les plus solides. Le pôle réseaux mobiles, pris en tenaille entre les acteurs de référence que sont Ericsson et Nokia Siemens, est sur la sellette. Mais il semble suicidaire à plusieurs spécialistes, à l'heure de la convergence, d'abandonner un segment crucial. Il faudra donc rationaliser une offre peu lisible pour les clients, puisque l'équipementier dispose de 3 plateformes WCDMA après avoir récupéré celle de Nortel en plus des deux issues du rapprochement. Mais le chantier est extrêmement vaste puisque le groupe est confronté, jusque dans ses bastions, à l'émergence de concurrents affûtés comme le chinois Huawei, dont les contraintes en terme de coûts sont très éloignées de celles du franco-américain.

Côté syndicats, l'ambiance est lourde alors que les salariés pensaient avoir remporté une belle victoire en poussant la direction dans ses derniers retranchements lors de l'annonce du premier plan de restructuration. Un débrayage d'une heure est prévu sur les sites français mercredi après l'annonce des résultats et du nouveau plan, pour montrer que les employés restent déterminés à s'opposer à la stratégie du groupe. L'intersyndicale CFDT, CGT CFTC d'Alcatel-Lucent fustige l'absence de ligne directrice des dirigeants et l'inefficacité des mesures prises jusque-là, même si "le départ de madame Russo n'est pas notre cheval de bataille", explique le délégué syndical CFDT, Jean-Baptiste Trinquet, avant d'ajouter "Mais l'équipe dirigeante n'a plus droit à une seule erreur et il risque d'y avoir encore des difficultés en 2008". Voilà au moins une opinion que partagent et les salariés, et les actionnaires.


Il n'y a pas de commentaires pour le moment.

Écrire un commentaire

Copyright ©2008 Newsweb. Tous droits réservés.