Des milliards qui dérangent
Publié le 28 octobre 2007 à 9h00 par
Pékin, mi-octobre. Le Congrès du parti communiste bat son plein. En aparté, Lou Jiwei, ancien ministre délégué aux Finances parle de ses emplettes à la tête de la Compagnie d'investissement de la Chine (CIC), un fond d'Etat doté de 200 milliards de dollars. Après un ticket de 10 % dans Blackstone son agence a dépensé 67 milliards de dollars pour racheter un conglomérat chinois...

Zhou Xiaochuan, le gouverneur de banque centrale de Chine qui a prêté 200 milliards de dollars à la CIC. (Reuters)
"Ces fonds, qui existent pour certains depuis des décennies, ont décidé de passer d'une gestion bon père de famille à une gestion dynamique de leurs réserves de change. Or s'ils se mettent à acheter massivement des actions, vont-ils le faire en minoritaires passifs, soucieux de rentabiliser leur mise, ou dans une optique de conquête industrielle ou de pillage technologique ?", se demande Christian de Boissieu, président délégué du Conseil d'analyse économique.
Le premier scénario, la recherche du meilleur rendement, a été jusqu'ici la norme. "S'ils mantiennent ce cap nous avons tout à y gagner. Bientôt les grands fonds de pension anglo-saxons commencerons à se retirer des marchés actions pour payer les retraites de leurs clients et les salariés chinois prendront le relais. C'est un gage de stabilité financière", analyse Olivier Garnier, directeur général adjoint de Société Générale Asset management. En revanche, la deuxième hypothèse, un capitalisme d'Etat offensif, serait le scénario du pire. D'autant que les garde-fous, tant supranationaux que nationaux, sont quasiment inexistants.
Compliqué d'isoler les bons des mauvais fonds
Principale difficulté, à l'exception de quelques bons élèves comme le Fonds des générations futures norvégien (lire ci-dessous), beaucoup de "véhicules publics d'investissement" sont des boîtes noires, comme les hedge funds. Ils ne rendent compte qu'à leur gouvernement. Certains, comme le Fonds de stabilisation national taiwanais, prévoient même des peines de prison et des amendes pour décourager la moindre fuite.
Face à cela, le G7 préconise l'instauration de règles de bonne conduite. Tandis qu'à Berlin Angela Merkel réfléchit à une liste de secteurs stratégiques qui seraient fermés à ces fonds, Bruxelles ne veut pas, accroché au marché libre, entendre parler de protectionnisme. "Il faut exiger d'eux de la transparence", déclarait fin septembre Joaquin Almunia, le commissaire européen pour les Affaires économiques et monétaires.
"Un schéma d'échange libéral est en place à l'échelle planétaire. On ne va pas changer la règle du jeu parce que ces fonds arrivent. Et puis il est compliqué d'isoler les bons fonds des mauvais fonds qui, eux, poursuivraient des objectifs de déstabilisation économique. Tout au plus peut-on définir des règles de bonne conduite, les encourager à être transparents, voire bloquer l'accès de nos marchés à ceux qui n'ont pas de règles de contrôle démocratique chez eux", raisonne Anton Brender, professeur d'économie à Paris-Dauphine. Lou Jiwei appréciera.
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