Doha, le cycle perpétuel?
Publié le 22 juillet 2008 à 13h47 par
Plusieurs pays membres de l'OMC parmi les plus influents tentent cette semaine à Genève de solder une partie de leurs désaccords sur le libre-échange. En guise de plat de résistance, les tarifs et subventions agricoles, montrées du doigt alors que les prix alimentaires flambent, mais sur lesquels personne ne fait mine de céder d'un pouce...

Pascal Lamy va devoir batailler ferme pour faire accepter un compromis. (Reuters)
La partie d'échecs a démarré à Doha au Qatar en novembre 2001. Elle pourrait s'arrêter cette semaine à Genève. Les délégations de 35 pays se retrouvent sur les rives du Lac Léman sous l'égide de l'Organisation Mondiale du Commerce (OMC) pour tenter de trouver une issue à leur principale pierre d'achoppement: les subventions et les prix agricoles. Le directeur général de l'organisation, le français Pascal Lamy, a tenté de mettre les représentants devant leurs responsabilités. "Je ne vois pas de meilleure stimulation à agir que les menaces qu'affronte l'économie mondiale sur plusieurs fronts, dont la hausse des prix agricoles et de l'énergie et les turbulences sur les marchés financiers", a-t-il indiqué hier en préambule, avant d'ajouter que tout le monde est d'accord pour affirmer qu'une compromis équilibré clôturant le cycle de Doha serait un signe fort pour relancer l'économie et fournir de meilleures perspectives de développement fondées sur un système d'échange mondial plus efficace.
Tout le monde est d'accord, peut-être, mais personne ne semblait prêt à faire le premier pas. Les Etats-Unis attendaient des concessions des pays émergents, qui campaient sur leurs positions en espérant des efforts de la part des américains et des européens, lesquels semblaient vouloir jouer les spectateurs avant une possible contre-attaque. L'ambiance avait été alourdie par les déclarations, samedi, du chef de la diplomatie brésilienne qui n'a pas hésité à citer, bien qu'en s'excusant, les mots du ministre de la propagande du IIIème Reich Joseph Goebbels quand il affirmait qu'un mensonge réitéré devient la vérité. Une référence douteuse par laquelle Celso Amorim fustigeait l'attitude des pays riches qui, de son point de vue, menaient campagne pour faire croire que les parties étaient proches d'un accord.
"Voir les concessions des autres"
Puis le Commissaire européen au Commerce, Peter Mandelson, a jeté ce qui avait tout d'un pavé dans la mare en annonçant que l'Europe allait réduire de 60 projetés, les droits de douane sur les produits agricoles. Une annonce qui a fait pâlir le milieu agricole européen, mais qui a immédiatement été taxée d'esbrouffe par les pays émergents alors que sa portée était minimisée par la France. Pour le Ministre de l'Agriculture, Michel Barnier, il ne s'agit pourtant pas d'une position nouvelle, car "aucun membre ne serait prêt à accepter ou à soutenir une nouvelle position". La délégation française laisse entendre que cette offre circulait déjà et qu'elle ne constitue donc pas une innovation. Certains n'y verront qu'un épisode de plus dans le match opposant l'ancien Ministre de Tony Blair à la France, depuis les attaques virulentes lancées par Nicolas Sarkozy contre Peter Mandelson ces dernières semaines. Attaques qui sont à l'origine du seul événement susceptible de détendre l'atmosphère à l'OMC jusque-là, à mettre au crédit de Michel Barnier et de la Secrétaire d'Etat au Commerce extérieur Anne-Marie Idrac. Ceux-ci sont arrivés avec un joli panier et une natte de pique-nique pour les offrir au Commissaire européen au Commerce. La semaine dernière, Mandelson avait répliqué à un journaliste qui lui demandait son sentiment sur la présence de Barnier à ses côtés à l'OMC "il peut apporter le pique-nique, nous en aurons besoin pour tenir". Message reçu.
A part cet épisode plutôt savoureux, l'ambiance restait pesante. La négociatrice américaine Susan Schwab s'est déclarée consciente que son pays va "devoir faire de nouvelles concessions" en plus de celles "déjà mises sur la table". Sa délégation a salué l'annonce de Peter Mandelson concernant les engagements européens. "Nous attendons avec impatience de voir les concessions des autres", a rappelé Susan Schwab, en évoquant principalement l'Inde, la Chine et le Brésil, qu'elle voudrait voir ouvrir leurs marchés domestiques.
Vers un compromis.
Un projet de compromis existe. Il comprend notamment une demande d'engagement des Etats-Unis à réduire le plafond de leurs subventions dans la fourchette 13 à 16,4 milliards de dollars contre 48,2 milliards de dollars actuellement, même si le niveau réel des aides a été considérablement réduit par la flambée des cours agricoles. Les européens sont poussés pour leur part à réduire leurs droits douaniers et à réduire la liste des produits dits "sensibles" qui ne peuvent bénéficier de la réduction maximum des droits de douane. Le bras de fer principal oppose cependant les pays émergents aux Etats-Unis, chaque partie campant sur ses positions en attendant un engagement, un geste ou un semblant d'ouverture chez l'autre.
Ainsi en dépit de l'optimisme de Pascal Lamy à l'ouverture du sommet, le climat semble bien morose à Genève et beaucoup de délégations ont déjà fait part ça et là de leur pessimisme quant à l'issue des débats. Les plus optimistes espèrent encore que les enjeux alimentaires et énergétiques mondiaux actuels seront à même de faire sauter les dissensions. Mais au vu des premières escarmouches entre des pays occidentaux sur la défensive et des pays émergents de plus en plus vindicatifs, à l'image du Brésil, le cycle de Doha aura bien du mal à trouver un terme définitif lors de l'été 2008.
Copyright 2008 © leJDD.fr
Articles sur le même thème
Copyright ©2008 Newsweb. Tous droits réservés.
Les discussions les plus actives
- Pour ou contre l'hébergement forcé des SDF ?
- Le PS est-il un panier de crabes ?
- Martine Aubry nouvelle secrétaire du parti socialiste !
- Pour ou contre le retour de Noir Désir ?
- Le Beaujolais nouveau a-t-il un goût de banane ou de fruits rouges ?
- L'adoption par les couples homosexuels en question
- PS : ça sent pas la rose !
- Journée de la gentillesse : quel sera votre geste gentil aujourd'hui ?

Il n'y a pas de commentaires pour le moment.