Dollar: Cacophonie chez Airbus
Publié le 23 novembre 2007 à 12h00 par
Le président d'Airbus Thomas Enders a semé le trouble en annonçant hier aux salariés allemands de l'avionneur que la vigueur de l'euro menace la survie de l'entreprise. Une prise de position qui a déclenché une levée de boucliers du côté des employés, même si la parité euro/dollar actuelle entraînera nécessairement un durcissement du plan de restructuration du groupe...

La vigueur de l'euro menacerait Airbus, selon son président, Thomas Enders. (Maxppp)
Tom Enders n'a pas la langue dans sa poche. L'ancien co-président d'EADS, passé depuis quelques semaines aux commandes d'Airbus, n'a rien d'un diplomate comme l'ont démontré certaines de ses sorties au cours des derniers mois. Hier devant les salariés allemands de l'avionneur, il a rappelé qu'Airbus devra prendre des "mesures radicales" pour réagir à la baisse du dollar, qui "menace l'existence même" du groupe. Une formule que le conseil d'entreprise allemand de l'avionneur a tenu immédiatement à tempérer en affirmant ne pas croire, contrairement à ce qu'avance Enders, que la vigueur de l'euro met en péril la survie du groupe. Le puissant syndicat allemand IG Metall est tout aussi critique vis-à -vis des commentaires du dirigeant, jugeant qu'ils constituent un "contresens absolu" alors que l'entreprise "dispose d'un marché de l'aviation florissant qui [lui] confère tout le temps des commandes nouvelles" et affiche une charge de travail représentant 6 à 7 années de production.
Cette querelle reste avant tout sémantique: des dirigeants aux salariés, tout Airbus, tout EADS même, sait bien que la faiblesse persistante du dollar constitue un poids terrible pour la compétitivité du groupe. Un poids aggravé par l'exposition à des secteurs qui raisonnent le plus souvent intégralement en dollars et par la grave crise industrielle que traverse le géant européen. Il ne suffit pas de vendre une multitude d'avions, encore faut-il les placer à un prix qui couvre les frais engagés pour les produire. Faire face à une hausse rampante et mécanique de la base de coûts est déjà une gageure. Tenter de la juguler en menant de front une restructuration profonde, la plus importante de l'histoire de la société, tient davantage du numéro d'équilibriste.
Prendre des "mesures radicales"
C'est avant tout le message qu'a voulu faire passer Tom Enders. "Nous devons revoir à nouveau notre modèle industriel, qui n'est pas assez résistant actuellement", a-t-il précisé aux salariés en leur indiquant que l'euro "a dépassé la limite du supportable". De fait, la monnaie européenne bat records sur records depuis plusieurs semaines, pour flirter aujourd'hui avec le cap hautement symbolique des 1,50 dollar pour 1 euro. Depuis les plus bas de l'année, l'euro a progressé de 16. Si l'on remonte 7 ans en arrière sur les plus bas historiques (0,8255 le 21 octobre 2000), la hausse dépasse 80%. Or Airbus, avec son plan "Power 8" accompagné de 10.000 suppressions de postes, a prévu d'économiser 5 milliards d'euros d'ici 2010, mais sur la base d'une parité euro / dollar de 1,35. Les dirigeants avaient martelé il y a quelques mois que chaque hausse de 10 centimes de l'euro fait perdre 1 milliard de résultat opérationnel à Airbus.
Pour tenter de juguler l'impact de cette faiblesse du dollar, le président d'EADS, Louis Gallois, a prévu de mettre en place un nouveau plan baptisé "Vision 2020". Un programme dont seul le nom a circulé mais qui reste mystérieux quant à sa teneur, à l'exception de son but général qui vise à réduire la dépendance du groupe aux fluctuations des devises. Le renforcement du pôle défense, via des acquisitions aux Etats-Unis notamment, a été évoqué. Mais il faudra de toute façon que l'entité Airbus diversifie également son exposition. Et l'on voir mal aujourd'hui les alternatives à un recours accru aux prestations réalisées en "zones dollars", c'est-à -dire à des délocalisations. C'est pourquoi les syndicats d'Airbus s'alarment, d'autant que les termes "mesures radicales" employé hier par Tom Enders et "efforts supplémentaires" utilisé par Louis Gallois cette semaine dans les colonnes du Financial Times n'augurent rien de bon.
En marge de cette réflexion, la journée est également riche en rumeurs pour EADS. Le quotidien Süddeutsche Zeitung écrivait vendredi qu'Airbus pourrait renoncer à céder les 4 sites allemands concernés par le plan "Power 8". A la place, l'avionneur, filiale d'EADS pourrait les regrouper dans une division séparée, selon le journal, qui ne cite pas de sources. Une information cependant démentie par la direction d'Airbus qui a affirmé dans la matinée que "la situation n'a pas changé" sur cette question. Dans le cadre de son plan, Airbus prévoyait d'externaliser 7 sites, dont Méaulte et Saint-Nazaire Ville en France. La décision sur le choix des repreneurs avait été repoussée de l'été à la fin de l'année. L'évolution de la parité euro/dollar ne fait que compliquer les négociations.
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