Duran: "Les Chinois ont été blessés"
Publié le 19 avril 2008 à 18h00 par
Pas de répit pour Carrefour en Chine. De nouvelles manifestations visant le groupe ont éclaté hier et un appel à boycotter, le 1er mai, tous les magasins du distributeur français a été lancé. José Luis Duran, président du directoire de Carrefour, s'exprime dans le Journal du Dimanche pour la première fois sur la situation du groupe en Chine. Extraits de son interview à paraître demain.

José Luis Duran se défend d'avoir soutenu le dalaï-lama, comme le lui reprochent des médias chinois. (Maxppp)
Le boycott lancé contre vos magasins vous inquiète-t-il?
Malgré quelques incidents localisés, nous n'avons pas senti à ce jour d'impact significatif sur le chiffre d'affaires de nos 112 hypermarchés. Mais nous prenons la situation très au sérieux. Deux millions de clients se rendent chaque jour dans nos magasins chinois. Dans ces conditions, nous ne pouvons pas prendre à la légère la réaction de certains de nos clients. Il faut comprendre qu'une grande partie de la population chinoise a été très choquée par les incidents qui ont émaillé le passage de la flamme olympique à Paris.
Quelle est votre opinion sur cet événement?
Lorsque j'ai vu les images, je n'étais pas fier. Chacun peut manifester ses convictions comme il l'entend. Mais s'attaquer au symbole de la flamme et aux athlètes, c'est contraire aux valeurs de l'olympisme. Les Jeux olympiques n'ont pas de nationalité. Les Chinois ont été blessés non seulement par ces incidents, mais peut-être plus encore par les analyses et les jugements négatifs, voire caricaturaux qui ont suivi. De plus, ce n'est pas de cette façon qu'on résoudra les problèmes.
Le groupe Carrefour a-t-il soutenu le dalaï-lama, comme le prétendent certains médias chinois?
Je démens avec la plus grande fermeté ces allégations, qui sont sans aucun fondement. Carrefour n'a apporté de soutien direct ou indirect à aucune cause politique ou religieuse.
Avez-vous eu des contacts avec les autorités chinoises depuis l'appel au boycott?
J'ai eu l'occasion de m'entretenir avec l'ambassadeur de Chine à Paris pour lui exposer mon opinion. Mais ce contact s'inscrit dans le prolongement des relations régulières que nous avons avec les autorités depuis l'implantation de Carrefour il y a treize ans. Mon implication personnelle dans ces relations est totale, et je me rends en Chine cinq ou six fois par an.
"Boycotter les JO serait une erreur"
N'avez-vous pas été choqué par la répression des manifestations au Tibet?
Carrefour ne s'implique jamais dans les affaires politiques ou religieuses des pays où il est implanté. La situation au Tibet est complexe, et en tant que président de Carrefour, je ne me permettrais pas de porter de jugement.
Faut-il boycotter les JO de Pékin?
Boycotter les JO serait une erreur. Même si nous ne sommes pas sponsors de l'événement, Carrefour a soutenu depuis longtemps la candidature de Pékin. Les Jeux ont été donnés à la Chine pour lui permettre de montrer les progrès qu'elle a accomplis depuis vingt ans. Je ne vois pas pourquoi on lui enlèverait cette opportunité aujourd'hui.
Cette position ne revient-elle pas à placer vos intérêts au-dessus de tout autre considération?
Il faut arrêter d'opposer les intérêts économiques et le progrès social et moral. Le groupe Carrefour assume pleinement, en Chine comme ailleurs, sa responsabilité sociale, économique et sociétale. Je me suis rendu en Chine la semaine dernière pour présenter nos derniers projets aux équipes du ministère du Commerce. Nous allons passer des accords de partenariat directs avec les agriculteurs et réduire notre consommation d'énergie de 20 %. Nous travaillons également ensemble pour faire face au problème de l'inflation, qui frappe durement les consommateurs chinois.
Allez-vous poursuivre votre développement dans le pays?
La Chine a une importance stratégique évidente pour Carrefour. Nous avons ouvert une vingtaine d'hypermarchés l'an dernier, et nous comptons investir au même rythme cette année. Nous sommes le seul distributeur international qui a choisi de jouer au maximum la carte locale, et nous comptons continuer à profiter de cet avantage concurrentiel. Notre développement s'appuie sur des joint-ventures avec 14 partenaires locaux, et nous sommes présents dans 30 villes, alors que nos concurrents se limitent aux métropoles côtières de l'Est. Enfin, sur nos 44.000 employés, il n'y a qu'une petite centaine d'expatriés. En Chine, nous sommes de facto devenus chinois.
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