EADS, attention fragile
Publié le 11 mars 2008 à 14h17 par
Premières pertes en cinq ans pour le groupe européen EADS, qui a encore pâti des retards pris sur les programmes majeurs d'Airbus ces dernières années. Pour l'exercice en cours, l'optimisme est de mise même si la multiplication des risques, faiblesse du dollar en tête, brouille la visibilité à moyen terme, et que le contrat record signé avec l'armée américaine est mis en cause par Boeing.

Malgré les difficultés, Louis Gallois tente de se montrer optimiste pour EADS. (Reuters)
Le géant européen de l'aéronautique et de la défense EADS est toujours convalescent, après deux années passées à tenter de solder les erreurs du passé. Ce mardi, le groupe franco-allemand a annoncé que son exercice 2007 s'était terminé sur une perte nette de 446 millions d'euros, plus importante que ce que craignaient des analystes pourtant préparés à voir l'entreprise accuser son premier déficit en 5 ans. En 2006, EADS était parvenu à préserver les apparences en terminant l'exercice sur un bénéfice net de 99 millions d'euros malgré un dernier trimestre marqué par d'importantes provisions destinées à compenser les retards de plusieurs programmes majeurs, de l'A380 à l'A350 en passant par l'avion de transport militaire A400M.
Airbus, bis repetita non placent
En 2007, le grand malade s'appelle encore Airbus, l'entreprise qui ne cesse d'engranger des commandes mais qui échoue à être rentable après les erreurs et revirements industriels des dernières années. L'avionneur, qui représente, avec 25,12 milliards d'euros de chiffre d'affaires, plus de 64 en 2007 face au billet vert, et de 40% sur les cinq dernières années. Dans une industrie où le dollar est la norme, le concurrent Boeing a profité de cette glissade pour accroître mécaniquement sa compétitivité face à Airbus, dont la base de coûts est très majoritairement située en Europe. Dans ce contexte, le groupe doit "accroître la part en dollars de ses avions", a martelé ce matin Louis Gallois en conférence de presse. Car la parité de change a considérablement compliqué l'équation pour les dirigeants, qui doivent mener la restructuration et la réorganisation de l'entreprise avec cette épée de Damoclès au-dessus de la tête. Et pour accroître l'exposition d'EADS au dollar, il semble difficile de rester cantonné dans la Zone Euro dans les années à venir.
Avec une première ligne d'assemblage d'A320 attendue à la fin de la décennie en Chine, l'avenir d'Airbus passe sans doute par davantage de recours à la sous-traitance hors Europe de l'Ouest et par le développement des activités du groupe aux Etats-Unis, où il se dit toujours prêt à réaliser des acquisitions de taille moyenne. En marge de la polémique américano-américaine qu'il a fait naître (lire Boeing poursuit l'armée, le récent succès d'EADS dans l'appel d'offre des avions-ravitailleurs de l'armée de l'air américaine, sur les propres terres de Boeing, démontre la pertinence d'un renforcement outre-Atlantique. D'ailleurs, l'un des rares bienfaits de la vigueur actuelle de la monnaie européenne pour l'entreprise franco-allemande n'est-elle pas d'accroître ses capacités financières d'acquisition sur des cibles valorisées en dollars?
Pour l'exercice en cours, EADS se veut résolument optimiste et s'estime en mesure de porter son résultat d'exploitation de 52 millions à 1,8 milliard d'euros, grâce l'assainissement des provisions chez Airbus et à la poursuite de la bonne tenue des autres branches, malgré une parité de change qui fait naître de nouvelles incertitudes puisque les budgets ont été préparés sur la base de 1,45 dollar pour 1 euro, contre 1,54 actuellement. Louis Gallois a tenu à faire passer un message de confiance auprès de la communauté financière. Un message doublé d'un gage supplémentaire: le maintien, malgré les pertes, d'un dividende de 0,12 euro par action au titre de l'exercice 2007. Les actionnaires seront sensibles à cette attention. Les salariés du groupe sans doute un peu moins.
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