EADS: Forgeard dément tout délit d'initiés
Publié le 24 octobre 2007 à 21h52 par
Noël Forgeard, l'ancien co-président d'EADS, est sorti du silence dans lequel il s'était muré depuis quinze mois pour assurer qu'aucun cadre du groupe aéronautique ne s'était rendu coupable de délit d'initiés. Il dédouane nommément Arnaud Lagardère, visé comme d'autres, par une enquête de la justice et de l'AMF sur de présumés délits d'initiés. Et se présente comme "un bouc émissaire commode".

Noël Forgeard, l'ancien co-président d'EADS, nie tout délit d'initiés au sein de l'entreprise. (Maxppp)
"Sur le fond, je peux vous affirmer qu'il n'y a pas eu de délit d'initiés de la part des dirigeants d'Airbus ou d'EADS", assène sans fioriture Noël Forgeard, l'ancien co-président d'EADS, contraint de quitter l'entreprise en juillet 2006, après l'annonce des retards du programme A 380. Celui dont le parachute dorée de 8,5 millions d'euros avait provoqué un tollé dans la classe politique, blanchit notamment Arnaud Lagardère, patron du groupe éponyme et l'un des actionnaires majoritaires d'EADS. "Je sais qu'Arnaud Lagardère est innocent de tout délit d'initié, affirme-t-il, pour place une pique ensuite: Mais de façon générale, je n'ai pas été soutenu par mes actionnaires. Je suis un bouc émissaire commode".
Pour l'ancien dirigeant, la vente par Lagardère de 7,5 de ses actions dans EADS, comme la propre vente qu'il a effectué de 2,5 millions de ses stock-options, peu avant la révélation des retards de l'avionneur européen qui a entraîné la chute du titre en bourse, est due au hasard. "Lagardère avait déclaré de longue date qu'EADS représentait une part excessive dans la valeur de son groupe. Pas de chance pour lui, pas de chance pour moi, cette cession intervient au mauvais moment par rapport à un événement alors imprévisible".
"Il n'y a pas eu de délit d'initiés mais un dysfonctionnement local majeur".
Lui-même visé par la note préliminaire de l'Autorité des marchés financiers (AMF), qui fait état de présumés délits d'initiés de dirigeants d'EADS au printemps 2006, il dément fermement avoir vendu ses stocks options en sachant que des retards allaient être annoncés. "Je suis formel. En mars, quand beaucoup de cadres ont exercé leurs stock-options, les rapports transmis par Airbus ne faisaient état d'aucune perte de livraisons en 2006 et 2007 par rapport au plan de livraison connu du marché" explique-t-il. Dès lors, la ligne de défense de Noël Forgeard est claire: "Je suis formel: il n'y a pas eu de délit d'initiés mais un dysfonctionnement local majeur". Et par local, il faut entendre l'Allemagne, et plus précisément l'usine d'Hambourg.
"Toutes les usines ont réussi à tenir le plan de marche, sauf une. Nous aurions dû prendre plus de marge. Mais nous, les industriels, étions sous la pression des financiers – les actionnaires, la direction financière ainsi que les deux coprésidents exécutifs de l'époque – pour livrer les avions le plus vite possible. Je ne les critique pas, ils étaient dans leur rôle", explique-t-il, analysant la chaîne de décision de l'avionneur européen.
Forgeard s'insurge: "Je suis désigné comme coupable à l'homme de la rue"
Le dirigeant met en cause la montée en cadence de la production industrielle de l'A380 pour expliquer son retard. "Je n'ai toujours pas compris comment on en est arrivé à une dérive industrielle qui coûte 5 milliards d'euros, soit le même montant que je voulais consacrer à l'A 350. Je ne m'explique pas comment la direction d'Airbus et l'usine de Hambourg ne l'ont pas signalée plus tôt", relève ce proche de Jean-Luc Lagardère, qui lui avait confié le pôle défense et espace. Toutefois, s'il pointe du doigt l'usine d'Hambourg, il ne met pas en cause les grands dirigeants allemands – "ils sont innocents et moi aussi"- mais les "petits" de l'usine accusée: " Je pense que la dissimulation a été très locale. Les responsables de l'usine de Hambourg n'ont rien dit car ils ont cru qu'ils allaient résoudre les problèmes. Ils l'ont fait par un réflexe de fierté inopportune", ajoute-t-il, ramenant ainsi l'affaire EADS à une erreur isolée.
Si Forgeard monte au créneau pour dédouaner l'ensemble des cadres dirigeants, il en profite toutefois pour s'insurger contre le traitement qui lui a été réservé, depuis sa mise à l'écart en juillet 2006. "Je suis profondément indigné de la manière dont je suis traité. Je suis désigné comme coupable à l'homme de la rue. Pour les uns, je suis un profiteur. Pour les autres, je suis celui qui a discrédité le système des stock-options. Ma culpabilité ne fait aucun doute alors que rien n'est prouvé. Et rien ne sera prouvé car il n'y a rien", assène-t-il.
Cet ancien des mines, blessé dans son amour-propre affirme: "Je ne suis pas âpre au gain. Si je symbolise quelque chose, c'est une volonté industrielle persistante au service de mon pays plutôt qu'une mauvaise conduite dans une affaire où je n'ai pas commis de faute." L'homme avait visiblement besoin de rétablir la vérité à son compte.
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