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EADS triomphe aux Etats-Unis

Publié le 01 mars 2008 à 17h30 par

Dans la bataille qui l'oppose à Boeing, EADS a marqué des points vendredi soir. L'armée de l'air américaine a en effet choisi le géant européen pour renouveler sa flotte d'avions ravitailleurs. Un contrat d'une valeur totale comprise entre 35 et 40 milliards de dollars. "Ce succès nous encourage à poursuivre notre stratégie américaine", a confié Louis Gallois, président exécutif d'EADS, au JDD.

Louis Gallois a confié au <i>JDD</i> qu'EADS allait assurer la moitié de la charge de travail. - Reuters
Louis Gallois a confié au JDD qu'EADS allait assurer la moitié de la charge de travail. (Reuters)


Coup de tonnerre dans le ciel des Etats-Unis. A la surprise générale, l'armée de l'air américaine a choisi, vendredi soir, l'européen EADS et son allié américain Northrop Grumman au détriment de Boeing pour renouveler sa flotte d'avions ravitailleurs. Ce gigantesque contrat de 35 à 40 milliards de dollars porte sur 179 KC-30 (un dérivé de l'Airbus A330). Ils remplaceront les vieux appareils construits par Boeing il y a quarante ans. "Gagner sur le sol américain contre un concurrent aussi capable est un grand sujet de fierté", se réjouit le président exécutif d'EADS, Louis Gallois.

Il s'agit d'un triomphe sans précédent pour le groupe européen. Face à un Boeing ultrafavori, EADS était pessimiste, surtout dans le contexte de la campagne présidentielle américaine. Les chances de victoire de l'européen étaient "inférieures à 5 %", estime Yan Derocles, analyste chez Oddo Securities. "Beaucoup de gens nous ont dit que ce marché était impénétrable. Mais l'administration américaine s'est montrée très équitable", analyse Louis Gallois. Il assure ne pas avoir cassé les prix et avoir gagné la bataille grâce "aux qualités de l'avion".

Il peut avoir le sourire. En tant que fabricant de l'appareil, EADS va assurer "plus de la moitié" de la charge de travail (soit au moins 17 milliards de dollars), révèle Louis Gallois au JDD. Le reste sera réparti entre les américains Northrop (systèmes militaires) et General Electric (moteurs). Et ce n'est peut-être qu'un début. L'armée américaine pourrait lancer un deuxième appel d'offres portant sur plus de 300 ravitailleurs supplémentaires, pour un montant de 60 milliards de dollars.

Les révélations de John McCain

Boeing a annoncé qu'il n'excluait pas de contester le contrat. Mais cette menace n'inquiète guère Louis Gallois. "Nous avons le sentiment que l'examen des candidatures s'est fait de manière équitable", indique-t-il. Cette défaite est un camouflet pour l'Américain, désavoué par son gouvernement à la suite du scandale digne d'un roman d'espionnage. Après les attentats du 11-Septembre, Boeing avait profité de la ferveur patriotique de l'époque pour obtenir un contrat de location avec option d'achat pour 100 appareils à un prix exorbitant.

L'affaire serait passée comme une lettre à la poste sans la vigilance du sénateur John McCain, actuel favori pour l'investiture républicaine à l'élection présidentielle. "C'est le vrai héros de cette affaire. Il est très nationaliste et peu suspect de francophilie, mais il a toujours détesté les lobbys et le favoritisme économique", se souvient Jean-Louis Gergorin, ex-directeur de la stratégie d'EADS, par ailleurs poursuivi dans l'affaire Clearstream.

Grâce à des documents obtenus par McCain, la justice américaine a percé à jour le pacte de corruption entre Boeing et le ministère de la Défense. L'affaire s'est terminée par la démission du PDG de l'avionneur, Phil Condit, tandis que son directeur financier et la responsable du dossier à l'US Air Force ont été condamnés à des peines de prison. "Il y a beaucoup de fantômes sur ce programme", avait reconnu le Pentagone, contraint de relancer un appel d'offres en 2004.

"On se demande où ce transfert de production va s'arrêter

Pour l'emporter, EADS a joué la carte de l'implantation locale. Outre l'alliance avec deux poids lourds de l'industrie américaine, le groupe a décidé d'assembler le KC-30 à Mobile, dans l'Alabama, où 1.300 emplois seront créés. Cette nouvelle usine va également fabriquer la version fret de l'Airbus 330, a confirmé Louis Gallois au JDD. La nouvelle fait grincer des dents à Toulouse, où l'avion-cargo aurait été fabriqué si EADS avait perdu le contrat des ravitailleurs. "La victoire d'EADS est une bonne nouvelle, mais la mondialisation de la production initiée par Louis Gallois va se faire, à terme, au détriment de l'emploi en Europe. Entre cette usine américaine et la future chaîne d'assemblage en Chine, on se demande où ce transfert de production va s'arrêter", s'inquiète Xavier Petrachi, délégué CGT d'Airbus.

"Nous devons combiner la production du ravitailleur et de l'A330 cargo pour assurer l'équilibre économique de la chaîne de Mobile", explique Louis Gallois. Il assure que le programme n'aura "aucune conséquence" pour Toulouse et va "créer des emplois en Europe et en France". Les morceaux de fuselage seront en effet fabriqués dans les usines européennes de l'avionneur. De quoi donner du travail aux sites de Nantes, Saint-Nazaire et Méaulte, responsables du tronçon central et de la pointe avant de l'ensemble des Airbus.

Ce contrat répond aux deux objectifs prioritaires fixés par Louis Gallois: délocaliser davantage la production en zone dollar pour lutter contre l'euro fort, et renforcer le poids d'EADS dans la défense, en particulier aux Etats-Unis. Avec les avions ravitailleurs, le groupe européen pénètre enfin de manière significative cet énorme marché qui pèse la moitié des dépenses militaires mondiales. "Ce succès nous encourage à poursuivre notre stratégie américaine", explique Louis Gallois. Pour parachever son ancrage, EADS veut maintenant racheter des sociétés "de taille moyenne" aux Etats-Unis.


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