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Facebook: Gates casse sa tirelire

Publié le 25 octobre 2007 à 13h20 par

Microsoft a mis 240 millions de dollars sur la table pour prendre une part minoritaire du site communautaire américain Facebook, courtisé par tous les grands du secteur. Un investissement qui valorise la jeune entreprise californienne à environ 15 milliards de dollars. Le groupe créé par Bill Gates semble payer au prix fort le retard accumulé dans la publicité sur internet.

240 millions de dollars! C'est le prix payé par Microsoft pour acquérir... 1,6% de la start-up co-fondée par Dustin Moskovitz. - Maxppp
240 millions de dollars! C'est le prix payé par Microsoft pour acquérir... 1,6% de la start-up co-fondée par Dustin Moskovitz. (Maxppp)
Microsoft a mis 240 millions de dollars sur la table pour prendre une part minoritaire du site communautaire américain Facebook, courtisé par tous les grands du secteur. Un investissement qui valorise la jeune entreprise californienne à environ 15 milliards de dollars. Le groupe créé par Bill Gates semble payer au prix fort le retard accumulé dans la publicité sur internet.

Aussitôt annoncée, aussitôt concrétisée. En fin de semaine dernière, Microsoft avait fait part de son intention d'accélérer ses dépenses d'acquisition dans des proportions importantes, pour tenter de se redynamiser et contrer une menace rampante nommée Google. "Nous achèterons sans doute vingt sociétés par an d'une manière régulière durant les cinq prochaines années", avait indiqué depuis San Francisco le directeur général Steve Ballmer en évoquant des opérations de l'ordre de 50 millions à 1 milliard de dollars.

La première concrétisation de cette politique n'est pas une acquisition, mais une prise de participation plus que symbolique. Le géant de Redmond a investi 240 millions de dollars dans le site américain dit "de réseau social" Facebook, créé en 2004 par des étudiants de Harvard. Le site "aide les individus à communiquer plus efficacement avec leurs amis, leur famille et leurs collègues", selon le descriptif qui conclut chacune de ses dépêches. Facebook (que l'on peut traduire par "trombinoscope") est un puissant site de réseaux, créé à l'origine pour les étudiants mais qui s'est depuis ouvert à toutes les catégories de population. Il revendique près de 50 millions d'utilisateurs actifs (dont plus de la moitié, désormais, hors Etats-Unis) et enregistre 250 000 inscriptions quotidiennes. En septembre, le site internet a enregistré 73,5 millions de visiteurs, selon la firme d'études ComScore.

Le prix à payer

Un investissement surprenant pour Microsoft ? Il le devient encore plus quand on connaît la part du capital que ces 240 millions de dollars lui ont permis d'acquérir. L'entreprise fondée par Bill Gates est en effet désormais propriétaire de... 1,6% de Facebook ! L'opération valorise la jeune pousse californienne environ 15 milliards de dollars, elle qui n'est même pas cotée en bourse. A titre d'exemple, c'est à peu près le poids boursier actuel du numéro un européen des semiconducteurs, le franco-italien STMicroelectronics. Quelle mouche a donc piqué Microsoft ?

Pour expliquer cette opération, on peut apporter deux éléments de réponse. Le premier tient au retard accumulé sur internet par l'ultra-dominant acteur des systèmes d'exploitation informatiques mondiaux. On peut en effet détenir le navigateur le plus utilisé sur la planète, Internet Explorer, et avoir complètement manqué le virage de la publicité sur le web. Actuellement, Google engrange sept dollars de revenus publicitaires sur internet quand Microsoft en grappille un seul. Le fossé entre les deux groupes n'a cessé de se creuser depuis l'avènement du californien. Or les études le prouvent, les membres des sites de réseaux sont de très bons clients. ComScore a constaté que les internautes assidus sur ces sites sont d'excellents consommateurs, particulièrement en ce qui concerne les sites de distribution sur internet. En outre, ils sont plus réceptifs à la publicité en ligne. Concrètement, cela signifie que cette population est très recherchée des annonceurs, qui sont prêts à payer plus cher pour atteindre cette cible. De surcroît, les sites de réseaux détiennent des informations très précises sur leurs inscrits, qui permettent de cibler au mieux les publicités. Microsoft ne s'y était d'ailleurs pas trompé en signant dès 2006 un accord avec Facebook, par lequel il fournissait en exclusivité le standard de bannière publicitaire du site communautaire. L'accord a depuis été reconduit jusqu'en 2011.

Une victoire à la Pyrrhus ?

L'existence de ce partenariat ne dissipe pas, au contraire, les interrogations sur cet investissement de 240 millions de dollars qui ne comprend aucune contrainte apparente pour la "start-up". Ce qui nous amène à la seconde justification de l'opération. Pour les spécialistes du dossier, Microsoft et Facebook ont nécessairement pris des engagements secrets sur leur collaboration future, car rien ne justifie un si gros chèque pour une part si minime dans le tour de table. Le géant des systèmes d'exploitation aurait ainsi pu obtenir des engagements pour écarter Google durablement. Les rumeurs prêtaient jusqu'à hier au rival des velléités de partenariat avec Facebook, après la signature d'un vaste accord publicitaire du même type en août 2006 avec le numéro un du secteur, MySpace. Propriété du groupe du magnat Rupert Murdoch, MySpace revendique plus de 107 millions de membres à la fin du mois de décembre.

"Nous sommes très heureux d'avoir porté notre partenariat avec Microsoft au niveau supérieur. Nous pensons que l'extension de nos relations nous permettra de continuer à innover et à croître en tant que leader technologique et acteur majeur de l'informatique communautaire", a expliqué le responsable des opérations de Facebook, Owen van Natta. Ce dernier n'a pas souhaité répondre aux questions concernant les conséquences de cette transaction sur les intentions prêtées à l'entreprise de vouloir entrer en bourse. Une chose est sûre, les spécialistes indépendants du secteur font de plus en plus l'objet de sollicitations. Outre Microsoft et Google, Yahoo et Viacom auraient regardé le dossier, preuve que les valeurs internet reviennent en grâce depuis quelques mois, après leur traversée du désert liée à l'éclatement de la bulle spéculative en 2000. A ce titre, il ne faut pas minimiser le risque de surenchère lié à cet investissement: Facebook, certes en forte croissance, devrait générer 150 millions de dollars de chiffre d'affaires cette année. 100 fois moins que la valorisation de 15 milliards de dollars fixée hier soir...


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