Frédéric Lefebvre, sarkozyste libéré
Publié le 26 décembre 2007 à 10h00 par
Il a construit sa carrière dans l'ombre de Nicolas Sarkozy. Celui-ci devenu président de la République, tout le monde le voyait à l'Elysée. Mais c'est à l'Assemblée qu'il mène sa seconde vie politique. En multipliant les interventions dans le domaine économique, il a été le plus en vue ces dernières semaines. Ce qui ne plaît pas à tout le monde, même si lui s'en délecte.

Frédéric Lefebvre ne fait pas l'unanimité, mais il défend ses résultats. (Elodie GREGOIRE/Gamma pour le JDD)
La possibilité de se faire payer les RTT jusqu'en juillet, c'est lui. Le paiement étalé du mois de caution des locataires, lui aussi. La mission sur la hausse des taux de l'immobilier, toujours le même. Comme la proposition de stock-options pour tous. En quelques semaines, le député UMP des Hauts-de-Seine Frédéric Lefebvre s'est rendu incontournable sur les sujets économiques.
L'ancien conseiller parlementaire de Nicolas Sarkozy était peu connu du grand public. Pendant quatorze ans, le "porte-flingue" aux cheveux mi-longs et à l'allure de pirate a servi de relais entre son patron et les élus, se taillant une réputation de "dur". Il passe désormais à la radio et à la télé. Pour y défendre ses projets, en "député libre". "Etaler le paiement de la caution, ça m'est venu dans ma salle de bains en me rasant", glisse-t-il, en allusion à la célèbre phrase de son mentor. "J'ai à la fois des idées et une logique politique. C'est peut-être pour cela que l'on parle de moi."
"Poser de lourdes valises"
A 44 ans, il embrasse sa seconde carrière politique à coeur joie. "Quand Nicolas a été élu, j'ai ressenti un grand soulagement. L'impression de poser de lourdes valises." Selon son entourage, son passage des couloirs à l'hémicycle s'est fait naturellement, tant il a fréquenté le Palais-Bourbon depuis son premier poste au cabinet de Jacques Chaban-Delmas, à 23 ans. Après sa première intervention en séance, le serveur de la buvette a débouché le champagne. "C'est moi qui l'ai présenté à Nicolas", se félicite pour sa part Patrick Ollier, président de la commission des Affaires économiques, dont il fut aussi le collaborateur.
Certains l'imaginaient suivre le candidat élu à l'Elysée, comme les autres sarkozystes du premier cercle. Mais on l'a dit en froid avec Claude Guéant et Cécilia. Une chose est sûre, le jeune élu préfère sa nouvelle vie à l'ancienne. "C'est mieux. On a le vrai pouvoir. Là , je fais sauter les verrous moi-même en écrivant mes amendements et propositions de loi." Beaucoup voient encore en lui l'oeil (ou la main) de l'Elysée. Il assure n'être mandaté par personne: "Je me sens une totale liberté et une vraie envie de faire bouger les choses." A la commission des Finances, un fin connaisseur du jeu politique le soutient: "Quand un parlementaire travaille, c'est payant. Il n'arrive pas là parce que c'est le copain de qui on sait."
Un mal-aimé
Evidemment, cette ascension fait jaser. "Les députés le détestent. Il a passé des années à faire pression, à menacer ceux qui n'étaient pas dans le rang", glisse l'un des plus anciens élus de l'UMP à l'Assemblée. "Lefebvre, c'est tous les coups politiques au service de son maître. Quand il arrivait dans les couloirs, tout le monde était au garde-à -vous", a dit, sous forme de compliment, le secrétaire d'Etat à la Fonction publique André Santini, dont il était le suppléant aux législatives. Sur le fond, Hervé Mariton "regrette qu'un talent évident porte des convictions si interventionnistes".
Le patron du groupe UMP, Jean-François Copé, joue pour sa part l'apaisement: "Je remets les compteurs à zéro", explique-t-il. Leurs relations sont orageuses. Ou l'étaient. "Il n'y a plus de sujet. Frédéric est compétent et bosseur, mon rôle est de pousser au maximum ceux qui veulent participer aux débats", insiste, grand prince, l'ancien ministre du Budget.
L'intéressé n'ignore rien de sa réputation, mais il revendique plutôt ses résultats – qu'il veut consensuels: le vote des députés UDF au projet de budget quand Nicolas Sarkozy était à Bercy, l'adoption unanime de la mesure de régularisation des sans-papiers au cas par cas, la possibilité de revenir aux tarifs EDF pour les consommateurs passés à la concurrence... Libéré, pardonné, ministrable ? "Beaucoup de choses peuvent me passionner", dit-il. Philosophe, alors. "La vie est courte, je veux pouvoir agir en y prenant du plaisir."
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