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Kerviel admet la dissimulation

Publié le 28 janvier 2008 à 12h12 par

Jérôme Kerviel, qui a admis lors de sa garde-à-vue avoir dissimulé ses actes selon le procureur de Paris, aurait agi non pas pour flouer la Société générale mais pour apparaître comme un "trader d'exception". Une information judiciaire pour "faux, usage de faux, abus de confiance aggravé, tentative d'escroquerie et atteinte à l'informatique" a été ouverte. Le procureur a demandé son placement en détention provisoire.

Jérôme Kerviel est toujours entendu par la brigade financière. - Reuters
Jérôme Kerviel est toujours entendu par la brigade financière. (Reuters)
<b class="chapo">Jérôme Kerviel, qui a admis lors de sa garde-à-vue avoir dissimulé ses actes selon le procureur de Paris, aurait agi non pas pour flouer la Société générale mais pour apparaître comme un "trader d'exception". Une information judiciaire pour "faux, usage de faux, abus de confiance aggravé, tentative d'escroquerie et atteinte à l'informatique" a été ouverte. Le procureur a demandé son placement en détention provisoire.</b>

Les commentaires obtenus auprès de Jérôme Kerviel par les enquêteurs de la brigade financière et synthétisés à la mi-journée par le procureur Jean-Claude Marin laissent une curieuse impression. Celle d'une affaire aussi simple, simpliste même, que ses conséquences financières sont colossales. Oui, le jeune trader a reconnu des "<i>opérations de dissimulation</i>". Oui, il souhaitait se faire remarquer comme un "<i>trader d'exception</i>". Oui, il a agi seul. Mais non, il ne s'est pas enrichi personnellement, comme l'avait déjà affirmé la Société Générale dès la semaine dernière. Voilà donc un jeune homme qui aurait joué, et perdu, "pour la gloire" seulement?

Ce lundi, rien en tout cas ne permet d'affirmer le contraire. "<i>Ce qui ressort des mots de M. Kerviel, c'est qu'il n'a pas agi pour son profit direct et personnel. Il a agi comme un trader, dépassant certes les autorisations, mais pas pour spolier la banque par des opérations frauduleuses</i>", a indiqué le procureur. Ses déclarations vont dans le sens de celles de son employeur et l'on se prendrait à considérer l'affaire comme quasiment bouclée si ses avocats n'avaient adopté une ligne de défense plus dure, fondée sur le comportement de la Société Générale. Ceux-ci ont accusé dimanche la banque de chercher à "<I>élever un écran de fumée qui détournerait l'attention du public de pertes beaucoup plus substantielles qu'elle a accumulées ces derniers mois</i>" et n'ont pas hésité à qualifier de "<i>diffamatoires</i>" les déclarations du président de la banque, Daniel Bouton, sur leur client.

<b>Transféré au pôle financier</b>

Le procureur a lui décidé de poursuivre Jérôme Kerviel pour abus de confiance aggravé, faux et usage de faux, tentative d'escroquerie et introduction dans un système de traitement automatisé de données. Le parquet va demander le maintien en détention provisoire du jeune trader qui a "<i>complètement collaboré</i>" avec les enquêteurs et n'a jamais cherché à fuir, à l'inverse de ce que les premières rumeurs avaient laissé entendre lors de la révélation de cette incroyable affaire. Transféré à la mi-journée de la brigade financière au pôle financier, Jérôme Kerviel va être présenté au juge d'instruction qui lui signifiera les charges retenues contre lui.

Les affirmations de Jérôme Kerviel permettent d'éclairer un peu l'affaire, mais ne mettront sans doute pas fin aux polémiques nées de ses agissements. Au cours du week-end, la Société Générale a publié un dossier expliquant sa version des faits, en particulier la façon dont elle a mis au jour le comportement de son trader et la chronologie de sa réaction. La banque y confirme notamment que les positions ouvertes par le salarié ont atteint le niveau astronomique, même rapporté au monde de la finance, de 50 milliards d'euros, et que c'est en les liquidant en urgence, alors que les marchés étaient au plus bas, qu'elle a accumulé ces pertes. Elle ajoute que c'est la bonne connaissance du système de contrôle qui a permis au jeune homme de contourner les dispositifs internes de gestion du risque, ce que l'intéressé n'a d'ailleurs pas nié puisqu'il a affirmé aux enquêteurs être conscient d'avoir dépassé les limites que la banque lui avait fixées, avoir usurpé des codes informatiques et envoyé de faux courriels pour couvrir ses agissements.

<b>"<i>Cacher un trou par un autre trou</i>" serait "<i>complètement idiot</i>"</b>

Une fois le trader entre les mains de la justice, la Société Générale va devoir se lancer dans une sévère introspection pour comprendre la chaîne d'événements qui a pu permettre un débordement de cette ampleur. Elle devra simultanément composer avec les multiples rumeurs qui se sont propagées sur les marchés, que Daniel Bouton, qui n'a visiblement pas beaucoup dormi ces derniers jours, s'est efforcé de combattre ce matin au micro d'Europe 1. Il a fustigé les "<i>gens qui vont expliquer des grands théories pour dire que c'est un complot en provenance de Mars ou de Jupiter</i>" (une manoeuvre de déstabilisation de concurrents a été évoquée) ainsi que les commentaires des avocats du trader sur "<i>l'écran de fumée</i>", jugeant "<i>complètement idiot</i>" le scénario selon lequel la Société Générale aurait cherché à "<i>cacher un trou par un autre trou</i>".

La réputation de la Société Générale en aura, quoi qu'il arrive désormais, pris un sacré coup. Dans un secteur où l'image de marque et les performances sont extrêmement importantes, la banque rouge (de honte, selon le bon mot d'un bureau d'études parisien la semaine dernière) et noire est revenue quelques années en arrière, quand elle se débattait avant de parvenir à jouer les premiers rôles. Le gouverneur de la Banque de France, Christian Noyer, a encore une fois soutenu la banque sur les ondes de BFM à la mi-journée, en estimant que Daniel Bouton avait réagi de façon "<I>très professionnelle</i>" pour déboucler la position colossale accumulée par son trader, "<i>en très peu de temps et sans faire bouger les marchés</i>", ce que contestent certains professionnels qui pensent que ces opérations de liquidation ont accru la chute des marchés européens lors du "lundi noir" (le 21 janvier dernier). La Commission Bancaire, que préside Monsieur Noyer, doit remettre à la Ministre de l'Economie Christine Lagarde, sous huit jours, les premiers éléments d'une enquête ouverte dès la semaine dernière.


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