La banque Merrill Lynch dérape
Publié le 24 octobre 2007 à 14h38 par
Merrill Lynch, l'une des principales banques d'affaires américaines, a pris 7,9 milliards de dollars de charges dans ses comptes trimestriels, pour intégrer l'effondrement de la valeur de certaines de ses positions touchées par la crise financière de l'été. Une annonce qui fait désordre et met en lumière les risques pris par les grands établissements de la finance mondiale.

La crise mondiale qui a frappé les marchés financiers n'a pas épargné la banque Merrill Lynch. (Maxppp)
Pour de nombreux vétérans de la finance, le contrecoup réel de la crise qui a éclaté cet été sur les marchés financiers devait se voir dans les comptes des grandes banques. Au regard des premières publications trimestrielles des géants américains, la tendance est plutôt à l'apaisement. Goldman Sachs, la plus grande banque d'affaires outre-Atlantique, a dépassé les attentes en annonçant de copieux profits. Sa dauphine Morgan Stanley, si elle a déçu les analystes, a cependant affiché de solides bénéfices. Mais pour Merrill Lynch, le numéro trois du secteur, l'affaire est déjà entendue: le troisième trimestre sera déficitaire, et largement encore.
En début de mois, l'établissement dirigé par Stanley O'Neal avait prévenu Wall Street qu'une charge exceptionnelle de 5 milliards de dollars plongerait les comptes dans le rouge, pour la première fois depuis 6 ans. Sur ce total, 4,5 milliards étaient issus de pertes sur le marché des prêts immobiliers à risque et de ses dérivés, notamment du fait de la chute de valeur des produits complexes "CDO" (Collateralised Debt Obligations). Ce matin, des rumeurs laissaient entendre que la perte serait encore plus sévère. La presse évoquait un montant de 7,5 milliards de dollars, supérieur de 50 des charges de la banque entre le 5 et le 24 octobre. Ce spécialiste estime en outre que "Merrill Lynch envoie un piètre message au marché en montrant qu'elle ne contrôle pas ses risques". Les investisseurs ne s'y trompent pas et marquent leur défiance vis-à -vis du secteur bancaire en bourse, qui a perdu plus de 11,5% depuis le début de l'année alors que les grands indices mondiaux sont en progression.
Les conséquences de la crise estivale ont aussi rattrapé les banques européennes, même si celles-ci semblent nettement moins affectées, hormis quelques dossiers exceptionnels comme l'établissement allemand IKB, renfloué par ses pairs, ou le prêteur britannique Northern Rock, soutenu à bras le corps par la Banque d'Angleterre. En France, l'exposition de nos champions nationaux apparaît plus limitée. Le patron de la BNP Paribas, Baudoin Prot, a dernièrement réaffirmé que ces remous auront "un impact direct très limité", jugeant l'exposition aux produits à risques de la branche financement et investissement de sa banque "inférieure à 100 millions d'euros". BNP Paribas s'était retrouvée bien malgré elle dans l'oeil du cyclone cet été pour avoir été la première à geler 3 fonds d'investissement frappés par le tarissement de la liquidité, avec un impact financier négligeable mais des dégâts avérés en terme d'image. Même constat à la Société Générale, où l'on estime qu'en cas de perte globale de 150 milliards de dollars dans le secteur après la crise, l'impact se chiffrerait à moins de 100 millions de dollars pour la seconde banque française par la capitalisation. Reste que les grands acteurs européens, contrairement à leurs homologues américains, n'ont pas encore publié leurs comptes du 3ème trimestre, ce qui n'exclut pas quelques mauvaises surprises.
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