La BCE cible l'inflation, pas le change
Publié le 27 mars 2008 à 14h24 par
Le débat fait rage entre ceux qui pensent qu'un assouplissement monétaire contribuerait à juguler la flambée de l'euro et ceux qui jugent que la priorité va à la lutte contre l'inflation, qui implique une grande rigueur sur les taux d'intérêt. Le gouverneur de la BCE s'en tient à sa politique de contrôle des prix, mais les entreprises européennes commencent à trouver le temps long...

Jean-Claude Trichet, droit dans ses bottes, malgré les pressions. (Reuters)
Jean-Claude Trichet, le gouverneur de la Banque Centrale Européenne (BCE), a désormais une grande expérience des attaques des dirigeants politiques français contre sa stratégie de lutte contre l'inflation. Il est en revanche plus rare qu'un dirigeant d'entreprise en appelle directement à lui pour se plaindre des conséquences de ses choix.
Dans un entretien accordé au Figaro, c'est Louis Gallois, le président d'EADS, qui prend son bâton de pèlerin pour exhorter la BCE à changer son fusil d'épaule après que son gouverneur eut, une fois encore hier, indiqué que le contrôle des prix demeure la priorité. "Jean-Claude Trichet n'a pas changé sa ligne de conduite. Mais je lui indique aussi que l'euro à son niveau actuel est en train d'asphyxier une bonne partie de l'industrie européenne en laminant ses marges à l'exportation", a expliqué l'ancien président de la SNCF, qui n'a pas hésité à ajouté "si cela continue, l'industrie exportatrice fuira l'Europe", car "c'est la seule réponse à sa disposition pour survivre".
Une équation difficile à résoudre
La situation de Jean-Claude Trichet et des membres de la BCE est très complexe. D'un côté, l'économie américaine bat de l'aile, conduisant la Fed (la banque centrale américaine) à réduire massivement ses taux d'intérêts, et les marchés financiers ploient. De l'autre, l'inflation est positionnée au-dessus de sa cote d'alerte alors que les prix des matières premières ne cessent d'enfler, malgré le ralentissement économique programmé de la croissance mondiale. En outre, le gouverneur de la BCE est plutôt rigoriste sur la mission de la banque. L'Article 105 du Traité CE dispose en effet que l'objectif principal de la banque centrale "est de maintenir la stabilité des prix", même si elle doit aussi apporter son soutien "aux politiques économiques générales dans la Communauté", mais "sans préjudice de l'objectif de stabilité des prix".
"Si nous avons maintenu nos taux d'intérêt au niveau actuel, c'est parce que nous croyons qu'il correspond à ce qui est nécessaire pour maintenir la stabilité des prix à moyen terme", a une fois encore martelé hier Jean-Claude Trichet devant les parlementaires européens, renforcé dans sa politique par des indicateurs économiques meilleurs que prévu en France et en Allemagne. L'ancien patron de la Banque de France a également rappelé que l'économie européenne restait solide, plus que son homologue américaine. Un peu plus tard, il a ajouté lors d'un entretien télévisé aux Pays-Bas "le peuple européen nous demande des prix stables... Dans une période de choc sur les prix pétroliers, choc sur les prix des matières premières et choc sur les prix agroalimentaires et la nourriture, c'est une mission plus importante que jamais".
Trop de rigueur?
Le chef économiste d'Unicredit Marco Annunziata, qui comparait encore la semaine dernière le gouverneur au Colonel Kilgore du film Apocalypse Now, impassible au milieu des explosions alors que tout le monde se jette à terre, a cependant apprécié son intervention de la veille. "Trichet a adopté un ton nuancé et proche de celui d'un homme d'Etat qui emporte le respect: il a réaffirmé que le niveau actuel des taux est adéquat, mais il a aussi clairement fait état des incertitudes et les risques dans le secteur financier de la Zone Euro, appelant à davantage de transparence", précise l'économiste qui pense que la BCE risque d'attendre le mois de juin pour abaisser ses taux, avec pour conséquence de court terme la plus dommageable la confirmation de la vigueur de l'euro.
Une échéance qui ne devrait guère plaire au gouvernement. Ce matin sur France 2, son porte-parole Luc Chatel a encore tiré la sonnette d'alarme sur la parité euro/dollar. "Vous connaissez la position régulière du président de la République et du gouvernement sur le fait qu'un euro trop fort pouvait avoir des conséquences négatives sur l'économie française", a-t-il déclaré, ajoutant que c'était "la responsabilité de Banque centrale européenne". Et la BCE, pour l'heure, a clairement choisi de s'en tenir aux stricts termes de son mandat de bouclier contre l'inflation.
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