La Poste: Sarkozy en terrain miné
Publié le 17 septembre 2008 à 18h59 par Nicolas MOSCOVICI
Face à la crainte d'une privatisation soulevée par les syndicats et, à plus court terme, à une mobilisation des salariés prévue le 23 septembre, Nicolas Sarkozy est intervenu dans le brûlant dossier du statut de La Poste. Mercredi, le chef de l'Etat a mis sur pied une commission chargée de plancher sur le futur de l'établissement public. Une décision fraîchement accueillie.

Le futur de La Poste placé entre les mains d'une commission. (Reuters)
Nicolas Sarkozy bouge sur La Poste. En retrait sur le dossier du futur statut de l'établissement public, le chef de l'Etat est sorti de l'ornière ce mercredi, sitôt le Conseil des ministres terminé. Dans un communiqué, l'Elysée a effectivement fait savoir qu'en vue de la prochaine transformation de La Poste en société anonyme, le président de la République avait décidé de la création d'une commission ad hoc afin d'accompagner ce bouleversement. Plus qu'un aréopage purement technique, la commission, placée sous l'autorité de François Ailleret, ancien directeur général d'EDF et président du groupe des entreprises publiques du Comité économique, social et environnemental, est formée de 22 membres venus d'horizons divers (parlementaires, élus locaux, personnalités qualifiées, représentants des organisations syndicales, de La Poste et de l'Etat). "Plurielle", elle doit être à même de lever "des interrogations" sur la future entité de La Poste, et notamment celles portant sur sa mission de service public dans un environnement entièrement concurrentiel.
PCF: "La privatisation ne peut être ni un préalable, ni un objectif"
Au 1er janvier 2011 en effet, sur décision de la commission européenne, l'ouverture du marché postal deviendra une réalité pour les 27 pays de l'Union. Afin de se préparer à cette échéance, Jean-Paul Bailly, le président de La Poste avait pris les devants en annonçant la mutation du groupe en société anonyme, mais également sa volonté d'ouvrir le capital à de nouveaux investisseurs, afin de lever les fonds nécessaires au développement de l'entreprise. Jean-Paul Bailly mise notamment sur un vaste programme d'acquisitions afin que La Poste conserve une place de choix sur le marché européen. Un programme estimé à 600 millions d'euros alors que le groupe peut à ce jour en investir la moitié seulement...
Le moins que l'on puisse dire, c'est que l'argument a du mal à prendre du côté des syndicats et de l'opposition. Depuis l'annonce de la mutation à venir de La Poste, les organisations syndicales n'ont en effet de cesse de dénoncer une privatisation rampante. Et la commission mise en place par l'Elysée, même si elle devra "veiller au maintien des droits et des statuts des personnels de l'entreprise et conforter les missions de service public de La Poste", ne semble en rien les rassurer. Elle est au contraire, pour Sud-PTT, un "formidable encouragement" pour la mobilisation contre la privatisation. "L'initiative de Nicolas Sarkozy doit engendrer une dynamique à la grève des postiers du 23 septembre", explique encore le syndicat dans un communiqué.
Plus surprenant, toujours par voie de communiqué, le PCF a lui qualifié de "bonne chose" la mise en place de ce comité de réflexion, expliquant toutefois que Nicolas Sarkozy avait été "contraint d'ouvrir un débat" sur le sujet. Débat, que réclamait notamment le Parti socialiste ces derniers jours, et dont "la privatisation ne peut être ni un préalable, ni un objectif", ajoute le Parti communiste, qui, dans une posture plus classique, se range résolument derrière la mobilisation du 23 septembre. Seule "la pression populaire", poursuit en effet le texte, "permettra d'empêcher que La Poste soit livrée aux appétits des marchés financiers". Les conclusions de la commission, elles, sont attendues à la fin du mois de novembre.
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