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Le dilemme de la BCE

Publié le 03 juillet 2008 à 12h53 par

La BCE a relevé son principal taux d'un quart de point à 4,25%. Cette décision était attendue, tant l'inflation est préoccupante pour ses membres. Une position qui ne fait toujours pas l'unanimité parmi les économistes et les politiques, qui redoutent qu'un resserrement monétaire d'envoie la croissance du vieux continent dans le mur. Même les Allemands commencent à s'exprimer.

Les décisions de Jean-Claude Trichet sont toujours très discutées. - Reuters
Les décisions de Jean-Claude Trichet sont toujours très discutées. (Reuters)


La position de la BCE ne laisse personne indifférent. Les économistes se querellent, les politiques aussi. Dans le camp des opposants à la stratégie de Jean-Claude Trichet, qui s'étaient faits relativement discrets ces dernières semaines à mesure que les prix s'envolaient, on retrouve en première ligne le président de la République française Nicolas Sarkozy. "L'inflation d'aujourd'hui n'est pas une inflation structurelle parce qu'il y a beaucoup de concurrence. Elle est due à l'explosion des matières premières. Alors on ne va pas m'expliquer que, pour lutter contre l'inflation, il faut monter les taux d'intérêt", a martelé l'intéressé lundi dernier, juste avant l'intronisation de la France à la présidence tournante de l'Union Européenne, tout en se défendant de "faire des reproches" à la banque centrale.

Le Premier ministre espagnol José-Luis Zapatero partage ce point de vue, jugeant lui aussi que l'inflation n'est pas causée par la demande intérieure mais par la flambée des prix alimentaires et énergétiques. Mais même l'Allemagne commence à grincer des dents, elle qui traditionnellement s'interdit de commenter la politique monétaire de la BCE, qui passe pour la légitime héritière de la puissante Bundesbank d'avant l'Euro. Le ministre des Finances Peer Steinbrück s'est ainsi dit préoccupé par l'impact d'une hausse des taux sur la BCE sur la croissance de la zone Euro.

Côté économistes, les détracteurs de la politique de la BCE sont plus nombreux que ses partisans. Le remuant Marc Touati, de Global Equities, a même lancé en juin dernier un site internet baptisé www.stoptrichet.com, qui a reçu un peu plus de 10 100 signatures pour sa pétition "pour une BCE responsable". L'économiste estime que la hausse des taux n'aura pas d'impact sur l'inflation et qu'elle pourrait au contraire l'aggraver par le truchement du renforcement de l'Euro et de l'affaiblissement du dollar, qui fera monter les prix pétroliers. En outre, cela "cassera la croissance eurolandaise" et renforce le sentiment des eurosceptiques. "Il n'est plus possible de supporter une BCE dogmatique, cynique et méprisante à l'égard des entreprises et des citoyens de la zone euro", conclut Marc Touati. Dans les colonnes du quotidien Les Echos ce matin, Jean-Michel Six, le chef économiste de l'agence Standard & Poor's, juge une hausse des taux "inutile et risquée", et considère que la BCE "se focalise sur la situation allemande, qui n'est pas sans rappeler la crise de 1992, avec une forte poussée d'inflation dans un contexte d'économie qui résistait bien". En cherchant à sauver l'Allemagne, elle pourrait envoyer à la récession l'Espagne, le Portugal, la Grèce et l'Irlande, estime l'économiste.

Une position intenable?

La plupart des spécialistes reconnaissent, du moins implicitement, qu'ils n'aimeraient pas se retrouver face au dilemme que connaît actuellement la BCE, confrontée à une inflation rampante, composée pour partie d'éléments qu'elle ne maîtrise pas (la hausse des matières premières), alors que l'économie mondiale marque le pas. Dans une tribune publiée par l'hebdomadaire Die Zeit aujourd'hui, Jean-Claude Trichet s'emploie à faire passer un message ferme. "Nous banquiers centraux portons une lourde responsabilité. Si nous ne sommes pas déterminés, alors il y a un risque que l'inflation explose", explique celui qui avait tenté de désamorcer les critiques en rappelant la semaine dernière que la banque centrale ne s'engage pas forcément dans un cycle haussier, mais réagit avec pragmatisme.

Pour Bruno Cavalier, économiste d'Oddo Securities, la BCE est confrontée à un "double dilemme monétaire", puisque d'une part elle fait face à la thématique classique des risques baissiers sur la croissance et des risques haussiers sur l'inflation, et d'autre part à un problème plus épineux, celui de la nature de l'inflation. "Entend-on combattre l'inflation domestique, qui est plutôt bien maîtrisée, ou bien l'inflation liée aux matières premières, qui est forte mais contre laquelle aucune banque centrale, seule, ne peut grand-chose?", s'interroge l'économiste, qui estime que la hausse des taux ne fera rien contre la flambée pétrolière, qui fera monter l'inflation tant qu'elle perdurera.

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