Le dollar va délocaliser Airbus
Publié le 04 décembre 2007 à 12h49 par
L'industrie aéronautique européenne a appris à vivre avec un euro qui ne cesse de s'apprécier face au dollar. Jusqu'à aujourd'hui du moins, car les dirigeants des groupes du vieux continent tirent désormais la sonnette d'alarme. Avec le niveau atteint par l'euro, c'est le tissu industriel lui-même qui se trouve menacé si aucune mesure politique n'est prise pour enrayer la baisse du billet vert.

La faiblesse du dollar devrait pousser Airbus à délocaliser massivement. (Reuters)
Inéluctable. C'est le constat du président d'EADS, Louis Gallois, quand il évoque la question de la délocalisation de la production de son entreprise. Jusqu'à une époque relativement récente, le groupe européen d'aéronautique et de défense disposait des levier suffisants pour construire ses avions sur le vieux continent, les vendre en dollars et réaliser des profits conséquents. Des leviers qui ont permis à la filiale Airbus, en dépit de la concurrence acharnée de Boeing, de mettre fin à plusieurs décennies d'hégémonie du constructeur américain dans l'aéronautique civile. Mais cette époque semble révolue. Avec un dollar qui ne vaut presque plus qu'un demi-euro, la donne a profondément changé, d'autant que la chute du billet vert fut extrêmement brutale (-25 de la cellule de l'A350. Le groupe négocie actuellement pour octroyer une part identique à des sous-traitants japonais. L'industrie russe frappe elle aussi à la porte et devrait avoir sa part du gâteau. Par ailleurs, des usines d'assemblage pourraient fleurir autour de la planète. La construction de l'une d'elles a déjà débuté en Chine. Au début de la prochaine décennie, elle produira 4 A320 par mois. Airbus pourrait prochainement installer un site de fabrication d'A330 directement sur le territoire américain.
Mais jusque-là , ces délocalisations étaient avant tout commerciales: brosser la Chine dans le sens du poil alors que le territoire deviendra une manne de commandes formidable ces prochaines années, créer une vitrine sur un marché russe plus que prometteur, ou tenter de sortir les compagnies japonaises de leur carcan "tout-Boeing". Elles vont devenir vitales pour l'avionneur, à en croire les déclarations alarmistes de ses dirigeants ces dernières semaines. Le poids de la parité de change est tel, rappelons-le même si cela a déjà été à plusieurs reprises clamé ça et là , que chaque variation de 10 cents de l'euro contre le dollar à la hausse coûte 1 milliard d'euros de résultat d'exploitation au groupe européen.
Hormis l'assemblage et la haute technologie, "tout peut être délocalisé"
Pour autant, peut-on accuser EADS d'avoir fait preuve de légèreté dans sa construction industrielle? La complexité de l'organisation du groupe, qui s'est une fois de plus reflétée dans les remous créés par l'annonce récente de la restructuration, n'offrait que peu de latitude par rapport au modèle européen voulu par ses fondateurs. Il n'est donc pas étonnant de voir que Louis Gallois évoque la "dimension politique" du problème et souhaite que le G7 s'empare de la question de la parité euro/dollar. Le patron d'EADS n'a que faire de l'attachement, déclaré, des autorités américaines au dollar fort. "Les Américains mènent une politique qui se traduit par la baisse sans fin du dollar", juge-t-il, si bien que la réponse à apporter au problème est de son point de vue avant tout politique.
Mais à défaut de voir les autorités européennes prendre rapidement des mesures, même si l'Allemagne a très récemment reconnu, c'est nouveau, que la vigueur de l'euro constitue un poids pour son économie, EADS doit s'adapter rapidement à la nouvelle donne. Ainsi le plan de restructuration "Power 8" d'Airbus va-t-il être durci, lui qui avait été établi sur une hypothèse de parité à 1,35 dollar pour un euro? Dans la mesure où le carnet de commandes d'Airbus est très bien garni, l'avionneur prévoit de poursuivre les embauches en Europe pour faire face à la montée en charge. Mais à moyen-terme, il faudra trouver des palliatifs à la perte de compétitivité, ce qui rejaillira immanquablement sur les nombreux sous-traitants européens de l'entreprise. Une situation qui rappelle celle de l'industrie automobile il y a plusieurs années.
Depuis, tous les constructeurs occidentaux disposent d'installations de plus en plus importantes dans les zones à bas coûts de production. Et EADS n'est pas le seul à envisager ce type de mesures. Hier, le patron de Dassault Aviation a jugé insoutenable la parité actuelle euro/dollar. Charles Edelstenne a annoncé dans les colonnes du Monde que son groupe maintiendra en France ses chaînes d'assemblage et les activités de haute technologie. "Mais en dehors de tout cela, tout peut être délocalisé", a-t-il prévenu. Les gouvernements européens entendront-ils l'appel de détresse de l'industrie aéronautique?
Articles sur le même thème
Copyright ©2008 Newsweb. Tous droits réservés.

Il n'y a pas de commentaires pour le moment.