Le G8 réclame plus de pétrole
Publié le 08 juin 2008 à 20h03 par
Réunis au Japon, à Aomori, pour évoquer la montée inexorable du prix du pétrole et les moyens d'y faire face, les ministres de l'Energie du G8 ainsi que ceux de la Chine, de l'Inde et de la Corée du Sud ont appelé à une augmentation urgente de la production d'or noir, évoquant à peine la nécessité de développer les énergies renouvelables.

Les onze ministres réunis au Japon. (Reuters)
Les pays les plus consommateurs de pétrole ont peur. Peur de ne plus avoir la capacité financière pour assumer leurs besoins et au final peur de voir leurs économies ralentir. Réunis au Japon, les pays du G8 (Etats-Unis, Japon, Russie, Allemagne, France, Grande-Bretagne, Italie, Canada), auxquels s'étaient ajoutés pour l'occasion la Chine, l'Inde et la Corée du Sud, formant ainsi un ensemble pesant 65 de la production mondiale. D'abord pour une raison technique. Parce qu'à l'exception de l'Arabie Saoudite, les autres pays producteurs n'ont pas la capacité d'augmenter leur production. Deuxième raison, ces mêmes pays producteurs ne cessent de répéter que la production actuelle suffit à répondre à la demande et que si le prix du pétrole augmente c'est en raison de la spéculation.
Pour les plus gros consommateurs, la crise actuelle du pétrole ne serait donc qu'une question d'offre et de demande.... Tout juste certains pays, comme la France représentée par Jean-Louis Borloo, ont-ils admis l'impérieuse nécessité de travailler au développement des énergies renouvelables afin de s'attaquer au problème structurel du réchauffement climatique. Mais dans le même temps, la Corée du Sud, cinquième consommateur de pétrole de la planète annonçait le déblocage de subventions destinées à soutenir financièrement quelque 14 millions de personnes pour encaisser la hausse du prix du carburant. Une mesure qui n'est évidemment pas de nature à faire baisser la consommation...
Le changement des comportements, c'est ce que réclame Joseph Stiglitz, prix Nobel d'économie dans un entretien accordé à Libération samedi. "Le mode de consommation et de production américain, n'est absolument pas tenable en matière de préservation de la planète. Avec le modèle américain, le monde n'est pas viable. Dans un peu moins de cent ans, la Chine va avoir la capacité de consommer ce que consomment les Etats-Unis. Si cela devait arriver, ce serait une catastrophe pour la planète. Et comme il est impossible de dire aux pays en voie de développement, 'vous allez vous restreindre pour nous permettre de continuer à consommer comme aujourd'hui', il n'y a pas d'autres choix que de changer de modèle de croissance.", explique-t-il.
L'économiste américain, classé à gauche, n'est pas tendre avec son pays à qui il impute la responsabilité des crises actuelles, la crise du pétrole, la crise financière due aux subprimes et, par voie de conséquence, la crise alimentaire. Ainsi pour Stiglitz, le conflit armé en Irak est à l'origine de tous les dérèglements ou a, en tous cas, précipité et amplifié ces crises. "La crise pétrolière est liée à la situation de la guerre en Irak. Celle des subprimes, une conséquence de la guerre et de la hausse du baril. La crise alimentaire, via l'essor des biocarburants, résulte de la crise pétrolière. (...) La vraie surprise, l'événement totalement inattendu, c'est la guerre en Irak. Et comme le prix du pétrole a grimpé de façon soudaine et violente, les Etats-Unis ont augmenté les subventions à la production d'éthanol, entraînant la hausse des céréales..." Pour Stiglitz, les Etats-Unis, moteur de la crise, n'ont pas d'autre alternative que de modifier leur mode de fonctionnement. Tout un programme...
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