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Le "Plan Paulson" déjà critiqué

Publié le 23 septembre 2008 à 12h21 par Anthony BONDAIN

Les soubresauts des marchés financiers ont repris, après deux séances de démesure boursière. Les intervenants ont compris que le "Plan Paulson" ne résoudrait pas tous les maux et qu'il aura un coût élevé. Les parlementaires américains veulent que le secteur financier soit mis devant ses responsabilités et cherchent à préserver les intérêts des contribuables.

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Le "Plan Paulson" va coûter cher, 700 milliards de dollars, et doit s'accompagner de mesures de régulation. (Reuters)


L'euphorie qui s'était emparée des marchés boursiers en fin de semaine dernière aura été de courte durée. Après le sentiment de soulagement qui dominait au cours du week-end dans le sillage de l'annonce de la mise en place d'un plan colossal de soutien au secteur financier aux Etats-Unis, la prudence fait son retour. A Wall Street hier, les indices boursiers ont fortement corrigé, plus de 3% de baisse, abandonnant la moitié de la hausse acquise en fin de semaine précédente. L'Europe et l'Asie ont suivi le mouvement, qui se prolonge ce matin par des baisses plus ou moins marquée sur les principales places du vieux continent. "Le marché fait la fête mais la gueule de bois va durer un moment", estimait hier Paul Niven, le patron de l'allocation d'actifs de la firme F&C, en exhortant les investisseurs à ne pas confondre "euphorie et fin de la crise".

Désormais, le "Plan Paulson", du nom de son promoteur, Henry Paulson, le Secrétaire du Trésor de l'administration Bush, est entre les mains du Congrès américain qui a entamé hier l'examen du projet. Une étude qui se veut naturellement critique, dans un pays où les interventions du politique dans l'économique ont de tout temps été perçues comme contre-nature. Les parlementaires entendent ainsi remettre les pieds sur terre aux marchés, auxquels ils reprochent leur emballement alors que la mise en place de ce plan colossal en termes de capitaux investis (700 milliards de dollars au bas mot) est la conséquence de leur gabegie.

Tirs croisés Démocrates et Républicains

Henry Paulson, le patron de la Réserve Fédérale américaine Ben Bernanke et le président de la SEC Christopher Cox (le régulateur financier américain, très critiqué ces derniers jours) entament dès aujourd'hui un marathon pour convaincre les décideurs du bien-fondé de leur action. La partie ne s'annonce pas aussi simple qu'elle semblait l'être vendredi dernier. Le chef des Démocrates, Harry Reid, a d'ores et déjà annoncé la couleur: "l'administration Bush a demandé au Congrès d'approuver sans discussion son projet de renflouement, sans débat sérieux ni efforts visant à l'améliorer. Cela ne sera pas le cas". Sans nier la nécessité d'une stabilisation rapide de la situation, Reid a expliqué qu'il voulait aller plus loin que ce plan.

Chez les Républicains, la prudence domine également. Richard Shelby, membre influent de la commission sénatoriale des affaires bancaires, craint que le projet ne soit "ni réalisable, ni complet". Pire, il attaque ouvertement le plan. "A mon sens, il serait insensé de dépenser des sommes massives d'argent du contribuable pour tester une idée qui a été conçue à la hâte et pourrait véritablement amener le gouvernement à revenir à une stratégie inadéquate de renflouements ponctuels... Je crois que le Congrès doit immédiatement entreprendre un examen complet et public du problème et des solutions alternatives plutôt qu'adopter le plan actuel avec des changements ou une discussion minimes", a ajouté le sénateur de l'Alabama.

Plusieurs parlementaires, dont la sénatrice démocrate Hillary Clinton, ont estimé que le plan de sauvetage devait aller au-delà de Wall Street et s'étendre aux crédits immobiliers eux-mêmes, afin de sauver de l'expulsion des dizaines de milliers de ménages américains et de sécuriser la situation de centaines de milliers d'autres. L'ancienne Première Dame a appelé à la mise en place d'un système voisin du "Home Owners' Loan Corp", créé lors de la "Grande Dépression" des années 30, et qui avait "fonctionné très efficacement", a-t-elle indiqué sur CNBC, en évoquant "un million de maisons environ" sauvées. "Avec le temps, ces emprunts immobiliers avaient été revendus et, honnêtement, le Trésor fédéral avait gagné de l'argent au passage", selon la Sénatrice.

L'OCDE et le FMI veulent aller plus loin

Les Etats-Unis sont donc partagés entre la nécessité de secourir au plus vite leur système financier et le train de mesures destiné à y parvenir, qui pèsera nécessairement très lourd sur les comptes publics, donc sur les contribuables. Les parlementaires voudraient en profiter pour mettre sur la table plusieurs sujets collatéraux, des rémunérations astronomiques des dirigeants à la situation du marché immobilier, en passant par la réforme indispensable de la régulation, qui n'a fonctionné à aucun de ses étages. Les débats s'annoncent donc intenses au Congrès sur la forme, alors que tout le monde s'accorde au fond à trouver du bien-fondé à l'initiative d'Henry Paulson.

Hors des frontières américaines, le "Plan Paulson" trouve également un écho positif. "Nous accueillons et soutenons l'adoption du plan de sauvetage systémique annoncé par le gouvernement américain les 19 et 20 septembre, qui contribuera à rétablir des opérations normales sur les marchés financiers et préservera l'emploi et l'activité économique", a indiqué le Secrétaire Général de l'OCDE, Angel Gurría, ce matin, avant d'ajouter que l'organisation "continuera à travailler en étroite collaboration avec les gouvernements, les banques centrales et les institutions internationales pour proposer et soutenir la mise en place de réformes de réglementation et de supervision des marchés financiers et de capitaux pour répondre aux principales failles réglementaires et de marché qui sont apparues durant cette crise". De son côté, le président du Fonds Monétaire International, Dominique Strauss-Kahn, a indiqué dans une tribune publiée par Le Monde ce matin, que la crise nécessitait une "solution systémique", en rappelant que le FMI avait été raillé quand il prédisait que le coût de cette débâcle dépasserait 1 000 Milliards de Dollars. Il préconise lui aussi une refonte de la régulation, qui a failli. DSK juge "bienvenues" les mesures américaines mais attend de voir leur impact, tout en rappelant que le poids du plan sur les finances publiques sera extrêmement conséquent.





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