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Les bons calculs du business vert

Publié le 11 mai 2008 à 11h00 par

Etes-vous climatiquement neutre? Insolite au XXe siècle, la question est devenue presque banale. Aujourd'hui, la chasse aux émissions de gaz à effet de serre n'est plus une lubie de décroissant. Du dernier chic, elle gagne toutes les consciences, de la ménagère de moins de 50 ans, aux dirigeants des entreprises du CAC 40. Le business du diagnostic écologique est en train d'exploser.

La SNCF s'est mise à l'écobilan dès 2006 en lançant son écocomparateur. - Reuters
La SNCF s'est mise à l'écobilan dès 2006 en lançant son écocomparateur. (Reuters)


Principaux outils de mesure de ces nouveaux gourous, les bilans carbone. Ils raisonnent en tonnes de CO2 émises, tandis que les empreintes écologiques mesurent, en hectares, l'impact environnemental de l'Homme sur la planète. A ces aunes, on apprend qu'un Américain produit en moyenne près de 20 tonnes de CO2 par an, deux fois plus qu'un Français. Autre trouvaille, c'est à partir du 14 juillet, jour de fête nationale, que la France commence à émettre plus de gaz à effet de serre que sa nature n'en absorbe.

En France, l'Ademe (Agence de l'environnement et de la maîtrise de l'énergie) est le catalyseur de ce mouvement depuis cinq ans avec son Bilan Carbone. Une marque déposée et un véritable plan comptable, qui mesure les gaz à effet de serre inhérents au processus de production et les convertit en tonnes d'équivalents carbone. En quatre ans, l'Ademe a recensé plus de 600 audits et formé 400 bureaux d'études.

Bientôt un rapport sur la taxe carbone

Les consultants verts peuvent se frotter les mains. Leur clientèle devrait continuer de croître à la faveur du Grenelle de l'Environnement. Le projet de loi qui en est issu impose, notamment aux administrations, de réaliser un bilan de leurs émissions de CO2 d'ici à 2015. Les entreprises de plus de 250 salariés auraient, elles, cinq ans pour s'aligner. Tandis que la taxe carbone fera l'objet d'un rapport au Parlement avant la fin de l'année.

Tout cela est-il bien sérieux et surtout fiable ? La méthode mise au point par l'Ademe vise à unifier les pratiques. "Le bilan carbone permet de s'adapter à un monde où le coût de l'énergie va exploser, et de tenter d'éviter des changements climatiques dramatiques pour la planète. Mais l'usage que l'on en fait peut prêter à caution, surtout si on l'associe à des mécanismes de compensations. Dans ce cas, on s'achète une image verte", estime Jean-Marc Jancovici, expert en réchauffement climatique.

Les entreprises ont vu, quant à elles, tout le profit qu'elles pouvaient tirer d'une posture climatiquement correcte. "C'est vrai, mais dès qu'elles entrent dans une démarche d'étiquetage carbone, cela devient très engageant", nuance Thierry Thouvenot, consultant pour le WWF. Sincèrement engagées ou suiveuses, les initiatives sont légion. L'enseigne Nature & Découvertes pratique une véritable comptabilité carbone, à côté de son bilan traditionnel. Les hypers, Casino en tête, se mettent à l'étiquetage vert. Nestlé et Danone se sont engagés à recycler leurs bouteilles en plastique. Depuis 2005, la banque HSBC réduit ses émissions et compense le surplus sur le marché des crédits carbone. Des circulaires invitent par ailleurs les collaborateurs à voyager en train et à développer les échanges en visioconférences. La banque assure qu'elle va jusqu'à refuser de financer des projets trop polluants.



L'écobilan est aussi une arme marketing. La SNCF l'a bien compris. Lancé dès 2006, son écocomparateur a fait disjoncter Air France et British Airways. Parce qu'au jeu des émissions de CO2, le train gagne toujours. Le mois dernier, le géant des briques alimentaires Tetra Pak publiait une étude montrant que ses emballages sont les moins émetteurs de carbone. Le syndicat des verriers s'est indigné, soulignant que ses bouteilles étaient mieux recyclées. "Vrai, mais notre bilan environnemental reste meilleur", réplique le PDG de Tetra Pack France, Yannick Richomme.

Plus symbolique encore, la campagne menée ces dernières semaines par Blocalians, le représentant des fabricants de blocs en béton. "Tous nos concurrents utilisaient l'argument écologique pour nous cogner dessus. Or, le parpaing fait mieux que le bois !" affirme Hans Hamel, délégué général de Blocalians. "Faux! réplique Michel Perrin, directeur du Comité national de développement du bois. Le bois est le seul matériau qui stocke du CO2. Mais comme notre filière est très morcelée, nous n'avons pas encore réalisé d'études à l'appui."

"On va vers une bataille de communication de plus en plus éloignée de la réalité", analyse, désabusé, Michel Perrin. "Que l'écologie devienne un facteur de différenciation pour les entreprises, c'est nouveau et c'est très sain, rétorque Matthieu Orphelin, de l'Ademe. A condition, bien sûr, que les méthodes de calcul soient partagées et transparentes." A quand un gendarme des émissions?


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