Les prix ont flambé en 2007
Publié le 15 janvier 2008 à 13h57 par
Quel plus mauvais moment que 2007 pour mettre l'accent sur le pouvoir d'achat? 2008 peut-être, pourrait-on répondre à la lecture des données sur les prix à la consommation publiées mardi matin par l'Insee. Dans un climat inflationniste, la France n'échappe pas aux secousses, rendant les prévisions de croissance avancées par le gouvernement (près des 2%), pour le moins optimistes.

Malgré un climat inflationniste, Jean-Claude Trichet campe sur ses positions. (Reuters)
<b>Plutôt un bon élève en Europe</b>
L'Indice des Prix à la Consommation Harmonisé (IPCH), qui permet de comparer la performance française à l'échelle européenne, progresse également de 0,4 sur un an. Un niveau impressionnant mais cohérent à l'échelle communautaire: dans la zone euro, les prix progressaient de 3,1 dans la Zone Euro</i>" en 2007, expliquent les économistes d'Unicrédit aujourd'hui. "<i>Petit à petit l'inflation gagne du terrain (...) mais la France demeure une élève plutôt vertueuse au sein de la zone euro</i>", avance pour sa part l'économiste de l'Institut Xerfi, Alexander Law. L'Allemagne, par exemple, a bénéficié d'un recul des prix en décembre mais affiche une inflation de 3,1 en 2007.
La tendance ne devrait pas s'améliorer en France en début d'année du point de vue de la hausse des prix. "<i>L'inflation pourrait rester bien au-dessus de 2 durant le premier trimestre, poussée par les tensions sur le prix des matières premières et des effets de base défavorables</i>", souligne Mathieu Kaiser, économiste à la BNP Paribas. "<i>Nous aurons sans aucun doute plus d'inflation en 2008 qu'on en a eu en 2007</i>", annonçait en début d'année la Ministre de l'Economie Christine Lagarde sur les ondes de France Info, qui voyait mal les prix pétroliers et agricoles décroître cette année.
<b>Le dilemme de la BCE</b>
Une situation qui concerne l'ensemble de la zone Euro donc, et qui promet des maux de tête supplémentaires à la Banque Centrale Européenne, garante de la stabilité des prix sur le Vieux continent. En période d'expansion économique solide, la banque centrale peut relever ses taux pour limiter l'offre de liquidités sur les marchés et juguler la montée des prix. Mais quand la croissance a des ratés, ce qui est actuellement le cas, sa marge de manoeuvre est beaucoup plus limitée. En accroissant ses taux, elle pourrait mettre à mal des économies déjà fragilisées et risque de donner des ailes à l'euro, qui n'a pas besoin de ce soutien supplémentaire pour naviguer proche de ses records historiques face au dollar. Aux Etats-Unis, la Réserve Fédérale, l'équivalent de la BCE en Europe, a déjà pris le parti d'abaisser ses taux pour tenter de relancer la première économie du monde et éviter une récession. Le gouverneur de la BCE s'est lui refusé à plier lors de la dernière réunion de son comité de politique monétaire. Fermement attaché à la lutte contre la hausse des prix, qu'il estime au coeur du mandat de la banque, il a maintenu le <i>statu quo</i> sur les taux directeurs, provoquant l'ire de ses détracteurs qui pensent qu'il se trompe de combat depuis plusieurs mois.
Si la légitimité des craintes de la BCE est discutée par certains économistes, les derniers chiffres ont plutôt tendance à apporter de l'eau au moulin de sa politique actuelle. La semaine dernière, Jean-Claude Trichet avait expliqué craindre un "<i>effet de second tour</i>", c'est-à-dire un mouvement de hausse des salaires en Europe en réaction, qui viendrait ajouter à la spirale inflationniste. Dans les colonnes du <i>Herald Tribune</i> le 8 janvier, Christine Lagarde avait à l'inverse fait part de "<I>sa préférence pour une inflation temporairement plus élevée et une croissance plus forte</i>".
<b>Pouvoir d'achat en question</b>
Pour Paris, les craintes sur la croissance mondiale et le renforcement de l'inflation tombent au plus mauvais moment, puisque le fameux pouvoir d'achat, pilier de l'élection du candidat Sarkozy, trouve là deux de ses pires ennemis. "<i>L'accélération de l'inflation au quatrième trimestre 2007 a mécaniquement pesé sur l'évolution du pouvoir d'achat et si l'on considère le salaire brut moyen, un recul est même assuré car sur le trimestre il n'a pas certainement pas pu suivre le rythme des prix</i>", précise Mathieu Kaiser qui juge par conséquent "<i>justifiées</i>" les craintes des ménages français cristallisées dans la chute de l'indice de confiance au quatrième trimestre. Le "paquet fiscal" aura des effets positifs, mais évidemment moins importants que si le contexte économique était plus stable. La conséquence économique première de cette pression sur le pouvoir d'achat est à chercher du côté de la consommation sur le quatrième trimestre 2007. Pour l'économiste de BNP Paribas, cela "<I>contribuera grandement à une décélération de la croissance du PIB</i>" sur la période, tandis que les perspectives de consommation "<i>ne sont pas bonnes</i>" pour le 1er trimestre 2008. Premier état des lieux le 14 février prochain avec l'estimation initiale de la croissance française en 2007. Le Premier Ministre François Fillon a confirmé à la mi-journée, lors de ses voeux à la presse, que la croissance française sera "<I>très proche des 2%</i>" pour l'année écoulée, ce dont doutent de nombreux économistes...
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