Menace au rayon poisson
Publié le 18 mai 2008 à 18h00 par
La coque bleue et rouge de l'Eureka fend les eaux agitées au large de l'Ecosse. Parti jeudi du port de Lorient, le chalutier arrive aujourd'hui sur sa zone de pêche. A la barre, David Burel, un solide Breton de 38 ans. Les yeux rivés sur le "sondeur", un écran qui repère les bancs de poissons, Burel donne l'ordre de lancer le filet pour ramener une tonne de julienne, ou de lotte.

Le prix du poisson sur les étals des supermarchés devraient encore augmenter. (Reuters)
La bonne humeur des huit marins de l'équipage n'est qu'apparente. Aux quotas qui assèchent leur activité s'ajoute depuis novembre la flambée des prix des hydrocarbures. Résultat: leur navire, qui consomme 1 litre de carburant par kilo de poisson pêché, est devenu un gouffre financier. Pour la Scapêche (Intermarché), propriétaire du navire et premier armateur français, la facture est trop lourde. Si elle n'arrive pas à moderniser le chalutier, la coque sera vendue et les droits de pêche conservés. Un sort partagé par 75 autres bateaux de pêche français (sur un total de 5000), en lice pour un plan de sortie de flotte cette année.
En janvier dernier, Michel Barnier, ministre de l'Agriculture et de la Pêche, a lancé un plan d'aide à la profession de 310 millions d'euros, en partie financés par une écocontribution prélevée sur les ventes au consommateur. Avec pour conséquence une nouvelle valse des étiquettes. Déguster du poisson est devenu un luxe. Selon l'UFC-Que Choisir, son prix a bondi de 23 des stocks de poissons sont surexploités
A l'avenir, l'équipage de David Burel embarquera peut-être sur un 46 mètres et pêchera des espèces "hors quotas". Selon Greenpeace, 70% des stocks de poissons sont surexploités. Mêmes échos à Bruxelles. Chaque année, les quotas européens condamnent de plus en plus de bateaux à rester à quai. Ainsi, fin mars, les pêcheurs français ont épuisé l'intégralité de leur quota de cabillaud pour l'année.
Pour sauver son marché, la filière cherche à créer de nouvelles espèces avec l'aide de la pisciculture. "C'est le cas du tilapia et du pangasius, élevés en Asie et en Amérique latine. Ils ont l'avantage d'être végétariens, donc moins polluants", observe Stephan Beaucher, responsable de la campagne "Océan" de Greenpeace. Les enseignes, elles, multiplient les éco-labels. Intermarché est "Pêche responsable", avec un cahier des charges respectueux des quotas. Carrefour signe certains produits "Engagement qualité Carrefour". "Ces pseudo-labels entretiennent la confusion dans l'esprit du consommateur", critique Stephan Beaucher. Greenpeace leur préfère la garantie anglaise Marine Stewartship Council (MSC). Jugée indépendante des armateurs, elle vient de faire une entrée discrète chez Carrefour et Casino. Intermarché s'intéresse davantage au label français homologué par l'Office national interprofessionnel des produits de la mer (Ofimer). Inspiré de la certification AB (agriculture biologique), il pourrait débarquer dans les rayons l'an prochain.
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