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Natixis renflouée par ses actionnaires

Publié le 04 septembre 2008 à 12h08 par Anthony BONDAIN

Un beau fiasco boursier qui laissera longtemps aux petits actionnaires un goût amer. Certes, on est loin d'Eurotunnel, mais on ne défrichait pas non plus de nouveaux territoires comme lorsque la Grande-Bretagne décida de ne plus vraiment être une île. Ce fiasco, c'est celui de Natixis, la banque d'affaires créée fin 2006 par les Banques Populaires et les Caisses d'Epargne.

Natixis touchée de plein fouet par la crise financière. - Maxppp
Natixis touchée de plein fouet par la crise financière. (Maxppp)


Lors de son introduction en bourse, Natixis avait placé près de 216 millions d'actions auprès de 2,8 millions d'investisseurs particuliers en France, ainsi qu'auprès d'investisseurs institutionnels français et étrangers, à un cours de 19,55 euros. Aujourd'hui, le titre est très volatil et évolue autour des 6 euros. La direction a comme prévu annoncé le lancement d'une augmentation de capital destinée à restaurer la solidité financière de la banque, mise à mal par la crise financière. L'opération sera réalisée sur la base d'un cours de 2,25 euros, soit 8,5 fois moins que la valeur de l'entreprise il y a deux ans et demi.

Car malheureusement pour la banque, ses deux puissants actionnaires et la multitude d'autres porteurs, le calendrier des opérations pouvait difficilement se révéler plus défavorable. Lors de sa constitution, Natixis évoluait dans un marché euphorique sortant de près de quatre années de performances boursières solides. Cela justifiait une valorisation relativement conséquente, comme l'a d'ailleurs démontré le succès de l'opération (3 fois plus de demande que d'offre de titres). Mais début 2007, le vernis a commencé à se craqueler sur les marchés, à mesure que se multipliaient les signes avant-coureurs d'une crise profonde. A l'été 2007, la débâcle commence. En cette fin d'été 2008, elle n'est pas encore terminée. Dans ce contexte, Natixis a accumulé les déboires. Déjà renfloué par ses deux principaux actionnaires, la banque leur a cédé sa filiale américaine de garantie de crédit CIFG, pour ne plus avoir à supporter la charge de ses risques. Mais la poursuite de la dégradation des conditions sur les marchés financiers a empêché le redressement de la structure, qui a bouclé le premier semestre 2008 sur une perte de 948 millions d'euros, alors qu'elle avait engrangé 1,56 milliard d'euros de profits sur la même période en 2007. La Banque de Financement et d'Investissement est à elle seule source d'une perte de 1,44 milliard d'euros, alors que les autres branches, quoique globalement en baisse, restent bénéficiaires.

Face à cette dégradation des comptes, la banque a besoin d'argent frais, car la réglementation bancaire est très stricte sur les réserves et les ratios de solvabilité des établissements financiers. C'est ainsi que se justifie l'importante augmentation de capital confirmée ce jour, dont le montant atteint 3,7 milliards d'euros, environ la moitié du poids boursier actuel de Natixis. La Banque Fédérale des Banques Populaires et la Caisse Nationale des Caisses d'Epargne, détenant ensemble 69,8% de leur filiale, se sont engagées à souscrire à l'opération à hauteur de leurs positions, et ont fait garantir le solde par un syndicat bancaire. La banque aurait cherché à faire entrer d'autres investisseurs de poids, mais les prétendants ne se sont pas bousculés. La Caisse des Dépôts et Consignation, sollicitée pour participer à l'effort, aurait décliné, selon Le Monde.

Il faut dire que la levée de fonds est avant tout défensive et ne servira guère la croissance, du moins dans un premier temps. Sur le produit total, 2,5 milliards d'euros seront utilisés à rembourser l'avance consentie par les Caisses d'Epargne et les Banques Populaires au premier semestre. Certains fonds présents au capital de Natixis, comme le très actif Greenlight, ont tenté de s'opposer à l'augmentation de capital, du moins dans sa configuration initiale. Ils ont échoué à convaincre la direction et ses principaux actionnaires, puisque l'assemblée générale réunie le 29 août dernier a entériné le projet. Le cabinet de défense des actionnaires Deminor s'est pour sa part emparé du dossier, en écrivant en juillet à l'Autorité des Marchés Financiers, le régulateur boursier, pour attirer son attention sur les événements qui ont conduit à la débâcle boursière de Natixis. Le spécialiste se faisait ainsi l'écho de nombreux actionnaires qui "s'interrogent notamment sur les conditions de l'ouverture du capital fin 2006, les récents mouvements sur le titre précédent l'annonce d'une prochaine augmentation de capital et plus généralement sur l'information financière qui leur a été communiquée". L'AMF n'a pas encore réagi mais travaille sans doute déjà à la question.

Pour l'heure, le processus d'augmentation de capital est lancé. La période de souscription des actions nouvelles commencera demain 5 septembre 2008 et se terminera le 18 septembre 2008 inclus. Les actionnaires actuels qui ne participeraient pas à l'opération verraient leur part au capital réduite de plus de moitié.


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