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OMC: Doha en échec à Genève

Publié le 29 juillet 2008 à 19h28 par

Les négociations de Genève, qui devaient permettre de trouver un accord permettant de sortir le cycle de Doha de l'impasse, se sont soldées mardi par un nouvel échec. Les participants n'ont pas réussi à s'entendre sur le volet agricole. Chine, Etats-Unis et Européens se sont montrés inflexibles sur de nombreux intérêts propres, et se rejettent mutuellement la responsabilité du fiasco.

A Genève, le cycle de Doha a raté son tour. Aucun compromis n'a été trouvé entre pays émergents et développés. - Reuters
A Genève, le cycle de Doha a raté son tour. Aucun compromis n'a été trouvé entre pays émergents et développés. (Reuters)


Le seul accord signé à Genève aura été celui signifiant l'arrêt de mort du cycle de Doha. "On a été si proches d'un accord", s'est lamenté la représentante américaine au Commerce devant les journalistes au siège de l'Organisation mondiale du commerce (OMC), à Genève. Susan Schwab ne semblait toutefois pas se résoudre à enterrer tout espoir d'une sortie positive. "Les Etats-Unis restent engagés par le cycle de Doha. Ce n'est pas le moment de parler de l'échec du cycle", a-t-elle déclaré, affligée. "Les engagements des Etats-Unis restent sur la table et attendent des réponses."

Le ministre néo-zélandais du Commerce, Phil Goff, veut croire que les discussions de Genève ouvrent la porte ouverte à un accord. "J'espère (...) que ce à quoi nous sommes parvenus cette semaine pourra servir de fondation à l'avenir", a-t-il dit. Difficile pourtant de se montrer optimiste... Peter Mandelson s'est chargé de plomber définitivement l'atmosphère. Le commissaire européen au Commerce avait prévenu dans les dernières heures de la discussion qu'"aucun autre accord ne viendra sur la table. (...) Si les gens ne veulent pas de cet accord, on pourra considérer, en cas d'échec, qu'ils auront perdu" a-t-il lâché.

La France en position délicate

Sur le volet agricole, Washington s'est opposé à trois grands pays émergents, l'Inde, la Chine et l'Indonésie, qui voulaient, dans le cadre d'un "mécanisme spécial de sauvegarde", des mesures pour protéger leurs agriculteurs en cas de brusque arrivée massive sur leurs marchés de produits agricoles importés à bas prix, par exemple du riz. "En voulant trop protéger leurs propres intérêts, les Etats-Unis demandent un prix aussi élevé que le ciel", a accusé le ministre chinois du Commerce Chen Deming. Cette mesure a opposé également les Etats importateurs à certains pays en développement exportateurs de produits agricoles comme le Costa Rica, le Paraguay ou l'Uruguay.

La France, à la tête d'un groupe de pays européens réunissant notamment l'Italie et l'Irlande, s'est opposée au projet d'accord pourtant défendu par le négociateur de l'Union européenne, Peter Mandelson. Une position délicate pour Michel Barnier, alors que la France occupe la présidence tournante. Le ministre français de l'Agriculture s'est défendu d'être sorti de ce rôle. "Nous nous attachons à présider de façon impartiale et rigoureuse, mais sur une affaire aussi grave il n'est pas pensable que la France ne donne pas son avis", a-t-il déclaré en réponse aux critiques sur les dernières interventions françaises dans les négociations. Paris avait reçu le soutien de huit autres pays de l'UE - soit un tiers environ des Etats membres - à Genève.

Une crise de gouvernance

Après sept ans de négociations, et autant d'échecs que de réunions, le cycle de Doha, engagé en 2001, est entré dans sa crise la plus grave. Les experts estiment qu'il faudra désormais certainement plusieurs années pour qu'un accord commercial mondial soit conclu. Bien au-delà de l'élection présidentielle américaine, qui aura lieu en novembre, l'ouverture de nouvelles discussions devrait être précédée d'une période d'autant plus longue que les désaccords exprimés à Genève ont donné la preuve de l'incapacité des puissances, avérées ou émergentes, à lâcher du lest sur leurs revendications principales. Maniant simultanément protectionnisme forcené et volonté d'ouverture, tous les acteurs ont défendu leurs secteurs les plus fragiles tout en cherchant à ouvrir des marchés à leurs fleurons nationaux, agricoles ou industriels.

Un manque de volonté manifeste qui pourrait conduire à la remise en cause du modèle même de la gouvernance économique mondiale telle qu'elle s'organise depuis l'après-guerre. Après sept ans de blocage, l'échec de l'OMC - qui avait remplacé en 1994 le GATT institué après-guerre-, marque l'incapacité des Etats à trouver leur place dans un système économique de plus en plus ouvert. Arc-boutés sur leurs prérogatives douanières et l'interventionnisme direct (subventions notamment), ils peinent à s'inscrire dans le jeu d'une économie mondialisée dont les mécanismes, financiers notamment, leur échappent pourtant de plus en plus.

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