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OMC: Doha en question

Publié le 20 juillet 2008 à 17h15 par

Sept ans après l'ouverture du cycle de Doha, le directeur de l'Organisation mondiale du commerce (OMC), Pascal Lamy, tente de donner un nouveau souffle aux négociations sur le commerce mondial. Pour ce faire, il a convoqué lundi à Genève quarante ministres du Commerce. Mais les discussions pourraient bien échouer, en raison des divergences de vues grandissantes entre le Nord et le Sud.

Pascal Lamy espère conclure le cycle des négociations commerciales entamé en 2001 à Doha, au Qatar. - Reuters
Pascal Lamy espère conclure le cycle des négociations commerciales entamé en 2001 à Doha, au Qatar. (Reuters)


Un ministre brésilien comparant la stratégie des pays riches en matière de commerce mondial à la propagande de Goebbels sous le IIIe Reich en guise de préambule à la réunion de l'OMC. Le ton est donné. Dans le volet commercial de la mondialisation, les divergences de vues entre pays du Sud et pays du Nord tournent à l'affrontement quasi direct. Pour tenter de débloquer la situation, et relancer les négociations du cycle de Doha débutées en 2001, le directeur de l'Organisation mondiale du commerce (OMC), Pascal Lamy, a convié quarante des 152 pays membres de l'OMC à Genève lundi. Et le Français entend bien aboutir à un compromis historique entre le Nord et le Sud sur l'agriculture et les produits industriels. L'enjeu est de taille: en cas d'échec, ce sont sept années de négociations qui seraient réduites à néant.

Celles-ci, censées aboutir en 2004, visent à trouver un accord sur la réduction des subventions accordées par les pays riches à leurs agricultures. En contrepartie, les pays développés demandent aux pays du Sud, parmi lesquels la Chine, l'Inde et le Brésil, d'ouvrir davantage leurs frontières à leurs biens manufacturés. Mais ces deux points font toujours débat, le Nord estimant en avoir fait assez en matière de baisse des subventions, le Sud en réclamant toujours davantage avant toute concession sur l'ouverture de ses marchés.

Le Brésil dénonce le "mythe" des pays riches

Certains ont d'ores et déjà fait de Genève la réunion de la dernière chance. Les projets d'accords sur l'agriculture et les produits industriels déposés en juillet 2007 par les médiateurs de l'OMC et modifiés trois fois depuis, seront soumis à l'étude des ministres du Commerce. En jeu: les modalités des négociations, autrement dit les pourcentages précis de baisse des droits de douane sur les produits agricoles et industriels et de diminution des subventions agricoles.

Mais les chances de succès semblent minces. Récemment, les Etats-Unis ont envoyé un signal négatif aux pays du Sud en votant une loi accordant une enveloppe de 290 milliards de dollars aux agriculteurs. En Amérique latine, les pays du Mercosur ont d'ores et déjà qualifié les derniers textes de l'OMC "d'insuffisants et d'imprécis". On comprend mieux pourquoi la provocation du jour est venue du Brésil. Son ministre des Affaires étrangères, Celso Amorim, auteur des propos controversés sur Goebbels, a dénoncé le "mythe" selon lequel les pays riches auraient déjà fait assez de concessions en terme de diminution des subventions et que ceux-ci n'attendraient plus que le bon vouloir des pays du sud sur l'ouverture de leurs marchés aux produits industriels occidentaux pour trouver un terrain d'entente. Et de se dire prêt à attendre trois ou quatre années supplémentaires afin d'obtenir un meilleur accord que celui qui est actuellement sur la table des négociations.

Les Européens, eux, entendent profiter de la réunion de lundi pour "obtenir le rééquilibrage des concessions déjà faites". Vendredi, la secrétaire d'Etat française chargée du Commerce extérieur, Anne-Marie Idrac, a annoncé que les pays de l'Union européenne excluaient d'ailleurs toute nouvelle concession sur la question des importations ou des subventions agricoles lors des négociations de Genève. Mais même au sein des Vingt-sept, les divergences prévalent. Celles-ci se sont récemment concentrées autour du bras de fer qui oppose Nicolas Sarkozy à Peter Mandelson. Le président français reproche au commissaire européen au Commerce de vouloir sacrifier la production agricole européenne sur "l'autel du libéralisme mondial". "Le compte n'y est pas", a-t-il encore déclaré la semaine dernière, faisant allusion aux nombreuses concessions faites selon lui par l'UE en comparaison à celles obtenues des autres pays. Dans un tel contexte, le spectre de Cancun plane sur Genève. En 2003, la conférence ministérielle de l'OMC, qui rassemblait alors les 152 membres de l'organisation, avait tourné à l'affrontement stérile nord-sud.

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