OMC: Doha, le cycle infernal
Publié le 26 juillet 2008 à 12h15 par
Le directeur général de l'OMC, Pascal Lamy, se donne jusqu'à mercredi pour arriver à un compromis entre puissances développées et pays émergents dans le cadre du cycle de négociations initié à Doha en 2001. Si les concessions américaines et l'assouplissement du Brésil laissent espérer une sortie de crise, les hésitations de l'Inde et les divisions européennes pourraient enterrer tout accord.

Les négociations de Genève permettront-elles enfin de sortir l'OMC de l'impasse? Pascal Lamy veut le croire. (Reuters)
Une histoire sans fin. Alors que doit s'achever ce week-end la réunion de l'OMC visant à trouver un accord sur l'agriculture et les produits industriels, les représentants des principaux acteurs économiques mondiaux (Australie, Brésil, Chine, Etats-Unis, Inde, Japon et Union européenne) seraient en passe de s'entendre. En tout cas, c'est ce que veut croire Pascal Lamy. Au terme de cinq journées de discussions, la proposition faite par le directeur général de l'OMC a reçu l'assentiment de tous les participants... à l'exception de l'Inde. Une véritable avancée si l'on considère que le tandem Brésil-Inde constitue depuis plusieurs années le front offensif d'un "axe" des pays émergents bien déterminés à ne pas céder d'un pouce sur les revendications protectionnistes de leurs jeunes agricultures et marchés face aux puissances du Nord.
Le Brésil a en effet été le premier à accepter la série de propositions chiffrées présentée par Pascal Lamy. Le négociateur brésilien, Celso Amorim, a reconnu que le consensus marque une véritable avancée dans les discussions. La plus importante en tout cas depuis plusieurs mois sur le front de la question agricole. La proposition par l'Union européenne à Brasilia de pouvoir exporter davantage de bioéthanol vers les 27 pays européens a certainement pesé dans le revirement du géant américain. L'Argentine a immédiatement tempéré l'enthousiasme suscité par le fléchissement brésilien. L'accord n'est pas "pas acceptable en l'état", a ainsi signifié le représentant argentin à ses homologues dès vendredi soir. Un scepticisme partagé par l'Inde. Kamal Nath, le négociateur indien, préfère ainsi parler de "points de consensus" tout en exprimant sa préoccupation sur plusieurs "sujets d'inquiétude" qui selon lui subsistent.
"Difficile à avaler pour certains"
Après le ralliement du Brésil aux propositions de Lamy, l'Inde risque fort d'endosser le costume du mouton noir. Car l'intransigeance prudente de New Delhi énerve passablement Susan Schwab. La représentante américaine a ainsi accusé "une poignée de grands pays émergents" de "menacer vraiment (le) cycle de négociations"... Ambiance. La nervosité et l'agacement de la négociatrice américaine sont d'autant plus forts que les Etats-Unis ont l'impression d'avoir fait leur part du chemin dans la négociation. Washington a en effet assoupli sa position en acceptant de plafonner ses subventions agricoles à 14,5 milliards de dollars.
Le commissaire européen au Commerce, Peter Mandelson, s'est dit lui très optimiste quand à la conclusion d'un accord. "Je pense que nous pouvons avoir très bon espoir maintenant", a-t-il ainsi déclaré à l'issue de la réunion vendredi soir. Une belle assurance qu'il tempère aussitôt, précisant : "Un accord émerge, mais rien n'est conclu". "Je sais que ce sera difficile à avaler pour certains", concède-t-il. Une prudence de mise alors que des voix discordantes s'élèvent au sein de l'UE pour contester l'accord en discussion. Nicolas Sarkozy avait ainsi prévenu jeudi que la France ne signerait pas le texte en l'état, et en Irlande, le syndicat des agriculteurs a invité Dublin à faire échec à tout projet d'accord. Une cambrure de principe bien peu compatible avec la nécessité de plus en plus pressante de voir le cycle infernal de Doha sortir de l'impasse dans laquelle il se maintient depuis des années.
"Ce n'est pas magnifique..."
La signature d'un accord, fut-il de principe et a minima sur les questions industrielles et agricoles, est devenue une priorité absolue pour Pascal Lamy. "Ce qui est sur la table n'est pas parfait, ce n'est pas magnifique" reconnait pour sa part Peter Mandelson. "Mais dans l'ensemble, cela va donner un coup de fouet à l'économie mondiale et ce sera particulièrement bon pour les économies des pays en développement." Pas sûr qu'un tel enthousiasme soit suffisant pour convaincre les 153 membres de l'OMC à qui le projet sera présenté aujourd'hui. Or, à défaut d'unanimité, un énième report des négociations, en plus d'enterrer définitivement enterrer le cycle de Doha, décrédibiliserait encore un peu plus une OMC déjà taxée par de nombreux observateurs d'incurie. Pascal Lamy a donc décidé samedi de se donner du temps. Comme on accorde un ultime sursis, le directeur général a ainsi annoncé la prolongation des discussions jusqu'à mercredi. Passé ce délai...
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