"Parvenir à l'équilibre entre économie et écologie"
Publié le 15 septembre 2008 à 13h39 par Propos recueillis par Gaël VAILLANT
Stéphane Kerckhove, délégué général d'Agir pour l'environnement, dénonce l'hostilité du ministère du Budget qui pourrait remettre en question l'intégrité de la fiscalité environnementale, annoncée par Jean-Louis Borloo. Révélée par leJDD, cette taxe "pique-nique" est une extension du bonus-malus écologique à dix-neuf secteurs industriels, producteurs de déchets.

Eric Woerth veut limiter l'effet du bonus-malus écologique sur le budget de l'Etat. (Maxppp)
La fiscalité environnementale est-elle le meilleur moyen de réduire la production de déchets?
Ce n'est pas le seul moyen. Il est essentiel de l'allier aux réglementations – à l'échelle nationale comme européenne – et à des campagnes d'informations destinées au grand public. La fiscalité est bien sûr particulièrement efficace, car elle force d'une certaine manière le producteur comme le consommateur à prendre conscience des problématiques environnementales. Néanmoins, l'incitation fiscale ne fait pas tout: il ne faut pas que le consommateur ait l'impression qu'on lui rajoute une nouvelle taxe, sans s'y retrouver. Aujourd'hui, le système du bonus-malus écologique sur les voitures fonctionne pour une seule raison: industriels et acheteurs s'y retrouvent. Il faut sensibiliser et responsabiliser, sans trop toucher au pouvoir d'achat ou à la santé des entreprises. Un équilibre qui peut être parfois difficile à atteindre.
En Belgique, où la "taxe pique-nique" est appliquée depuis un an, plusieurs voix ont dénoncé le fait de taxer davantage le producteur de produits polluants plutôt que le consommateur-pollueur. Comment concilier les inquiétudes des patrons et une protection optimale de l'environnement?
Certains industriels s'inquiètent des répercussions économiques d'une telle taxe, mais elles seront encore plus importantes si, au contraire, on ne fait rien. Le monde de l'entreprise doit être assez lucide pour comprendre que les produits non-écologiques sont plus chers en fonctionnements. La consommation des produits énergivores [électroménagers et appareils haute-technologie] aura une incidence sur le coût général de l'électricité et des hydrocarbures. Une augmentation que payeront au final les industries. Par ailleurs, ceux qui appliquent les réglementations écologiques jouissent d'une meilleure image auprès des clients: les consommateurs sont de plus en plus sensibles à l'argument écologique d'un produit.
Jean-Louis Borloo a imaginé étendre le bonus-malus écologique à tous les produits jetables...
C'est une bonne chose qu'un ministre prenne une position aussi forte. Encore faut-il qu'il obtienne gain de cause face à son collègue du Budget. Si ce dernier bloque, le problème ne deviendra plus économique mais politique. Il ne faut pas entrer dans le dogme de l'équilibre budgétaire, usant de ce prétexte pour faire des économies à tout prix. Contrairement à ce qu'avançait Bercy l'an dernier, les effets du bonus-malus écologique peuvent se ressentir sur le court terme. Aujourd'hui, le gouvernement envisage une refonte de son application sur les véhicules non polluants [en vigueur depuis le 1er janvier 2008]. Une erreur, car c'est avant tout une mesure dissuasive – et il en sera de même si une éventuelle taxe "pique nique" est décidée. Et l'incidence sur le budget de l'Etat pourrait être tout à fait rentabilisée en jouant sur le seuil d'émission autorisé et en augmentant le malus.
Peut-on envisager une "taxe pique-nique" à l'échelle européenne?
Malgré une bonne volonté générale, l'outil fiscal est très lourd et difficile à mettre en oeuvre à une échelle européenne. La Belgique, qui a lancé le mouvement, n'a été suivie que par quelques pays [la France, l'Allemagne]. Préoccupons-nous déjà de faire fonctionner le processus à une échelle nationale.
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