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Pétrole: La bulle se dégonfle

Publié le 03 septembre 2008 à 12h47 par Gaël VAILLANT

En six mois, le baril de pétrole a battu tous les records, atteignant les 147,50 dollars le 11 juillet dernier. Depuis début août, la tendance s'inverse, avec un possible passage sous la barre des cent dollars d'ici mi-septembre. La bonne santé du dollar n'explique pas seulement cette baisse: certains analystes avancent un changement majeur dans les habitudes de consommation.

Le Nymex, le marché pétrolier de New York, souffle un peu avec la baisse du pétrole. - Reuters
Le Nymex, le marché pétrolier de New York, souffle un peu avec la baisse du pétrole. (Reuters)


En décembre dernier, la conjoncture économique poussait les analystes à se demander si la valeur du pétrole pouvait passer au-dessus des cent dollars le baril? S'ils redoutaient une hausse des hydrocarbures, ils étaient loin d'imaginer que les cours du pétrole allaient battre tous les records. Aujourd'hui, les économistes ont renversé la question: les cours pourront-ils repasser en-dessous des cent dollars? Sur le court terme, tout dépend de la valeur du billet vert: en effet, les investisseurs préfèrent placer leur argent sur le marché pétrolier en cas d'inflation de leur monnaie. Ainsi, l'or noir a grimpé aux Etats-Unis en mars dernier, en partie à cause d'un dollar faible, victime des conséquences de la "crise des subprimes". Comme le dollar remonte depuis fin août grâce aux mauvaises perspectives économiques de la zone euro –confirmées mercredi par un rapport de l'OCDE–, le pétrole perd de son attrait pour les Américains, les principaux investisseurs sur le marché pétrolier. Mais estimer les cours des hydrocarbures ne se limite pas à des analyses économiques. En effet, si les marchés ont participé à l'augmentation des valeurs des énergies, c'est bien le contexte politique qui détermine les hausses ou baisses immédiates des hydrocarbures.

La morosité économique de l'année 2007-2008 n'a pas favorisé une stabilisation de ces valeurs. Mais chaque forte hausse des cours pétroliers correspond à un événement politique. Les "émeutes de la faim" en avril et mai derniers, les tensions au Moyen-Orient –les conflits afghan et irakien notamment–, les dissensions diplomatiques entre les dirigeants de l'Organisation des pays exportateurs de pétrole (Opep) et les Occidentaux, ou encore les actes terroristes des rebelles du delta du Niger au Nigeria (premier producteur africain d'or noir) ont participé à la hausse spectaculaire des hydrocarbures au premier semestre 2008. Mais depuis le pic historique du 11 juillet dernier –le baril de pétrole avait atteint 147 dollars– les cours baissent.

Le critère psychologique

Le retour en force de la Russie –qui possède après l'Arabie saoudite les plus grandes réserves d'hydrocarbures– aurait dû influer sur les valeurs de l'énergie. Le Caucase est une région-clé traversée par des oléoducs et gazoducs importants. Et à cause du conflit géorgien, certains analystes prédisaient en août une remontée des cours. Au contraire, le pétrole a plongé mardi à 104,50 dollars le baril, à l'Intercontinental Exchange de Londres (principale place du marché pétrolier avec le "Nymex" à New York). L'essoufflement de l'ouragan Gustav peut être une des raisons de cette tendance. En effet, les plates-formes pétrolières et gazières du Golfe du Mexique et les raffineries de La Nouvelle-Orléans ne semblent pas avoir été endommagées. Mais les analystes avancent une autre raison à cette baisse continue du baril: la forte diminution de la consommation d'hydrocarbures.

Le niveau record de 147,50 dollars atteint le 11 juillet semble avoir agi comme une limite psychologique chez les consommateurs et porté un sérieux coup à la demande. Aux Etats-Unis et en Europe, les particuliers ont privilégié le train et l'avion comme moyens de transport pour leurs vacances (les compagnies aériennes françaises ou la SNCF ont enregistré des records d'affluence par exemple). Les habitudes de consommation ont également changé. Par exemple, les ventes de berlines et de 4x4, gros consommateurs d'essence, sont en chute libre, forçant les constructeurs automobiles à revoir leurs stratégies. Autre signe d'un changement, le ministère de l'Environnement a estimé que les sociétés françaises ont investi deux fois plus au premier semestre 2008 dans les énergies propres. Certes, ces quelques changements sociologiques ne déterminent pas les cours du pétrole, mais ils peuvent en partie expliquer la baisse des prix des hydrocarbures sur le long terme.


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