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SG: Kerviel accuse, l'AMF enquête

Publié le 29 janvier 2008 à 19h59 par

Au lendemain de sa mise en examen, Jérôme Kerviel accuse. Selon des extraits du procès verbal de son audition, publiés par Mediapart.fr, le trader accusé d'avoir fait perdre 4,9 milliards d'euros à la Société Générale assure que sa hiérarchie était au courant de ses activités prétendues frauduleuses. De son côté, l'Autorité des marchés financiers enquête sur le délit d'initié présumé.

Les rumeurs de rachat de la Société Générale ont poussé l'action mardi. - Reuters
Les rumeurs de rachat de la Société Générale ont poussé l'action mardi. (Reuters)
<b class="chapo">Au lendemain de sa mise en examen, Jérôme Kerviel accuse. Selon des extraits du procès verbal de son audition, publiés par Mediapart.fr, le trader accusé d'avoir fait perdre 4,9 milliards d'euros à la Société Générale assure que sa hiérarchie était au courant de ses activités prétendues frauduleuses. De son côté, l'Autorité des marchés financiers enquête sur le délit d'initié présumé.</b>

Désormais connu comme "l'homme qui a fait perdre près de 5 milliards d'euros à la Société Générale", Jérôme Kerviel n'entend pas plonger seul. C'est ce qui ressort des extraits du procès verbal de son interrogatoire publiés mardi par le site internet Mediapart.fr. Interrogé lundi au pôle financier du Palais de justice de Paris, le jeune trader aurait mis en cause sa direction. "<i>Je ne peux pas croire que ma hiérarchie n'avait pas conscience des montants que j'engageais, il est impossible de générer de tels profits avec de petites positions</i>, a-t-il affirmé selon ces extraits. <i>Ce qui m'amène à dire que lorsque je suis en positif, ma hiérarchie ferme les yeux sur les modalités et les volumes engagés.</i>" Les propos de Jérôme Kerviel viennent appuyer les déclarations du procureur, selon qui le trader avait expliqué que nombre de ses collègues faisaient de même. "<i>Tant que nous gagnons et que cela ne se voit pas trop, que ça arrange, on ne dit rien. Pas vu, pas pris. Pris, pendu !</i>"

Dans ces extraits, le trader, dont la remise en liberté sera examinée en appel d'ici 15 jours, décrit une pratique baptisée comme celle du "<i>matelas</i>", et qui consistait à masquer les prises de positions exceptionnelles. Lundi, le procureur avait expliqué que Jérôme Kerviel avait reconnu des "<i>dissimulations</i>". "<i>Je reconnais avoir pris de grosses positions, qui pourraient être qualifiées hors limite de mon mandat, que j'ai masquées par une opération fictive</i>", dit-il selon le procès verbal, niant cependant d'avoir mis au point un système ingénieux: "<i>Les techniques que j'ai utilisées ne sont pas sophistiquées du tout, comme peut le prétendre la presse spécialisée, et à mon sens tout contrôle correctement effectué est à même de déceler ses opérations.</i>" Jérôme Kerviel est notamment mis en examen pour "faux usage de faux, introduction dans un système de traitement automatisé de données". Or ces faux se révéleraient n'être, bien souvent, que de simples mails.

<b>Bouton, bientôt parti?</b>

Mais ce qui, sans doute, alerte davantage sur l'ignorance prétendue de la direction de la Société Générale et battue en brèche par le trader, ce sont ces "<i>mails interrogatifs en provenance du back office (*) envoyés à plusieurs de [s]es assistants collaborateurs afin d'obtenir des explications sur les opérations enregistrées dans [s]on book</i>". Ici, Jérôme Kerviel explique tout simplement que la banque l'a surveillé. Ce sera maintenant à elle de dire comment elle a pu ne pas déceler sa "<i>fraude</i>". Pour le reste, le jeune trader admet, comme l'avait fait savoir le parquet, n'avoir pas agi dans la perspective d'un enrichissement personnel – même si ses activités pouvaient lui valoir une prime équivalant à trois ans de salaire fixe – mais pour être reconnu.

En marge de l'enquête désormais ouverte sur les activités présumées frauduleuses du trader, la Société Générale est prise dans un tourbillon d'enjeux et de procédures. D'abord parce que la position de son P-DG, Daniel Bouton, est fragilisée, au point que la présidence de la République a suggéré qu'il passe la main (lire <u>Sarkozy met la pression sur Bouton</u>). La ministre de l'Economie, Christine Lagarde, a cependant estimé mardi soir que le moment n'était pas propice à un changement de tête. "Je ne suis pas convaincue que lorsqu'on est en train de régater et que le bateau gîte un peu, on a intérêt à changer le capitaine", a-t-elle dit. Pour de nombreux analystes, Philippe Citerne apparaît déjà comme le favori en cas de succession.

<b>Le gouvernement ne tolèrera pas "<i>les raids hostiles</i>"</b>

Ensuite parce que la banque est secouée par les accusations de délit d'initié portées à l'encontre de l'un de ses administrateurs, Robert Day. Celui-ci a en effet cédé plus de 130 millions de titres dans les jours ayant précédé l'annonce des pertes colossales de la Société Générale – les 4,9 milliards imputés à Jérôme Kerviel et les 2 milliards dus à la crise du crédit immobilier américain. L'Autorité des marchés financiers, qui veille sur l'action depuis plusieurs jours, a ouvert mardi une enquête sur ces cessions de titres. Et les petits actionnaires réclament l'ouverture d'une information judiciaire.

Enfin parce que l'affaire prend les allures d'une affaire d'Etat. Qui savait ? Quand ? Et comment faire en sorte que l'intégrité de la banque soit préservée ? Ce sont autant de questions qui se posent au pouvoir. La ministre de l'Economie, qui doit rendre un rapport sur la situation le 4 février, s'est défendue d'avoir été mise au courant dès le 20 janvier des pertes de la Société Générale, comme l'assurait Europe 1. Selon le <i>Canard Enchaîné</i> à paraître mercredi, Nicolas Sarkozy aurait été au courant le 22 au soir. Or, l'affaire n'a publiquement éclaté que le 23. Quel qu'ait été le timing, tous plaident maintenant pour une protection de la première banque française. François Fillon a déclaré mardi que le gouvernement serait "<i>très attentif à tous les risques de déstabilisation. Le gouvernement ne laissera pas la Société Générale être l'objet de raids hostiles de la part d'autres établissements bancaires</i>". Les noms de la BNP Paribas, qui avait déjà échoué dans une OPA en 1999, pour la banque de détail, et du Crédit Agricole, pour la partie investissement, circulent déjà. Et ces bruits n'ont pas fait que du mal au groupe. Dopé par les rumeurs, le titre à repris plus de 10% mardi à la Bourse de Paris.


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