Société générale: Trader fraudeur
Publié le 24 janvier 2008 à 19h36 par
Un nouveau nom est apparu dans le monde de la finance, celui de Jérôme Kerviel. Ce trader de 31 ans est à l'origine d'une perte colossale de 4,9 milliards d'euros pour la Société Générale. La banque parle d'une fraude exceptionnelle, commise par un homme isolé ayant déjoué les dispositifs de contrôle. Les professionnels mettent cependant cette hypothèse en doute.

Jérôme Kerviel est soupçonné d'être à l'origine d'une fraude massive à la Société Générale. (DR)
Il est certainement l'homme le plus traqué du monde boursier. A 31 ans, Jérôme Kerviel a mis à genou, mais pas à terre, la Société Générale. Pendant plusieurs mois, le courtier s'est joué de la vigilance de son employeur pour parier sur des valeurs. Une fois le pot-aux-roses découvert, la banque française a vendu les contrats engagés... en plein lundi noir. Dans cette histoire de fraude, la Société Générale (Socgen) a perdu 4,9 milliards d'euros, une somme record.
L'entreprise, qui souhaite porter plainte, n'a pas donné l'identité du trader soupçonné, mais des sources proches ont confirmé le nom qui circulait. Recruté à la fin de ses études en 2000 à la Société Générale, il est chargé à partir de 2005 d'activités d'arbitrage de base sur des indices boursiers, et ne pouvait à ce titre ne prendre que des positions limitées sur le marché. Il a créé des positions fictives pour couvrir les achats ou ventes supplémentaires, explique la Société Générale. Connaissant les procédures de contrôle, il a pu s'y adapter. Le trader anticipait les hausses des indices boursiers en 2007 mais n'a pas vu venir la forte baisse qui a touché les marchés dans les premières jours de 2008. La fraude a été découverte en fin de semaine dernière, amenant à l'interrogatoire du responsable dans le week-end. Laissé libre, il est désormais introuvable.
Les motivations du courtier restent floues. L'hypothèse de l'enrichissement personnel est écartée. Le salaire de Jérôme Kerviel n'excédait pas 100 000 euros par an, ce qui correspond à la fourchette basse dans ce métier. "<i>Ses motivations sont complètement incompréhensibles. Il ne semble pas qu'il ait profité de cette gigantesque fraude. Directement, on en est sûr. Mais il faudra des investigations plus poussées pour vérifier qu'il n'en a pas profité à titre indirect</i>", a expliqué Daniel Bouton, le PDG de la Société Générale.
<b>La Société Générale bénéficiaire</b>
Depuis jeudi matin, la banque se veut rassurante. Ses responsables martèlent que la fraude est "<i>exceptionnelle</i>" et l'oeuvre d'un seul homme. "<i>Il était obligé de suivre quasiment en temps réel l'ensemble de ses positions, de rentrer de fausses positions et de les modifier de façon extrêmement rapide pour échapper à tous les contrôles. A ce stade, je suis convaincu, mais j'ai peut-être tort, qu'il a agi seul</i>", a estimé Pierre Mustier, patron de la banque de financement et d'investissement.
Pourtant, les professionnels de la bourse s'interrogent. Comment un homme isolé peut-il déjouer les contrôles et créer un tel séisme? "<i>Les responsables de Société Générale ont l'air de vouloir faire une opération transparente mais pour moi qui travaille sur le même marché, je ne vois pas comment on a pu arriver à cacher aussi longtemps de telles pertes (...) C'est très, très surprenant sur des marchés organisés où il y a normalement un appel de marges tous les jours. C'est possible de cacher des opérations pendant quelques jours avec des complaisances, mais pas pendant des mois</i>", a souligné à Reuters le trader d'une banque londonienne.
La banque française a donc tremblé cette semaine. Si Jérôme Kerviel a effectivement agit seul, la fraude aurait toutefois jeté le discrédit sur les systèmes de contrôle de la Socgen. Christine Lagarde, la ministre de l'Economie et des Finances, a demandé à la Commission bancaire de mettre en place des "<i>contrôles additionnels</i>" pour éviter qu'une fraude de ce type ne se reproduise. Christian Noyer, gouverneur de la Banque de France, a soutenu que la Société générale "<i>a les reins solides, une situation financière très solide, qu'elle a été capable de surmonter cette épreuve</i>".
La Socgen a en effet vite réagi et vendu les positions prises frauduleusement dès que l'opération a été découverte, c'est-à-dire lundi, alors que les bourses mondiales s'effondraient. Aux 4,9 milliards de pertes, s'ajoutent 2,05 milliards d'euros de pertes, liées en grande partie à la crise américaine des crédits, et passées presque inaperçues à côté de l'incroyable fraude. La banque, qui reste bénéficiaire de 600 à 800 millions en 2007, a annoncé une augmentation de capital de 5,5 milliards d'euros. Les responsables des supervisions sont écartés. Daniel Bouton a présenté sa démission, aussitôt rejeté. Mais l'homme qui a ébranlé la Socgen est toujours en cavale.
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