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La vérité d'Hillary

Publié le 05 février 2008 à 22h30 par

Pendant neuf ans, Carl Bernstein, le journaliste qui révéla au monde, avec Bob Woodward, le scandale du Watergate en 1973, a passé au crible la vie d'Hillary Clinton. Le résultat: Une femme en marche, sorti dans les librairies le 24 janvier dernier. Un portrait sans complaisance, qui dépeint une femme sûre d'elle, parfois froide et agressive. Une femme dont la foi et la famille sont l'unique refuge.

Après Bill, Hillary sera-t-elle la nouvelle pensionnaire de la Maison blanche? - Reuters
Après Bill, Hillary sera-t-elle la nouvelle pensionnaire de la Maison blanche? (Reuters)


"Hillary a passé sa vie à cacher des vérités". Neuf ans d'enquête. Neuf années d'interviews, de petites phrases, d'anecdotes rassemblées par Carl Bernstein. Le journaliste, qui s'est fait connaître en 1973 pour avoir, avec Bob Woodward, mis au jour l'affaire du Watergate, vient de publier Une femme en marche, une biographie non autorisée de la candidate à l'investiture démocrate.

Tout au long des 661 pages, le journaliste dépeint une Hillary souvent sûre d'elle, parfois froide et agressive. Mais qui sait aussi être à l'écoute des autres. "Elle possédait l'art (...) de percevoir les préoccupations personnelles des autres, de se souvenir des détails essentiels les concernant", écrit ainsi Carl Bernstein.

Mais pour le journaliste, elle est avant tout cette femme aux nombreuses "vérités cachées". Des vérités qu'elle met du temps à accepter. La première, qui reste à jamais la plus honteuse, est son échec à l'examen d'entrée du barreau de Washington en 1973. A l'époque, la jeune étudiante de Yale possède pourtant toutes les qualités pour briller. Un échec qu'elle ne reconnaîtra que trente ans plus tard, dans son autobiographie, Mon histoire.

Un échec qui a aussi changé le cours de sa vie. "Quand j'ai appris que j'étais reçue dans l'Arkansas et recalée à Washington, j'ai pensé que mes notes d'examen cherchaient à me dire quelque chose", expliquera-t-elle. Ce "quelque chose", c'est la décision d'abandonner ses projets d'avocate brillante pour suivre Bill Clinton dans l'Arkansas, où il brigue le poste de gouverneur. Longtemps, la jeune ambitieuse hésite à suivre cet homme qui, selon elle, a l'air d'un "viking", avec ses 110 kilos et ses cheveux longs. Son échec au barreau précipite sa décision : elle choisit de l'épouser et de le suivre dans l'Arkansas.

La "boulimie sexuelle" de Bill, un "handicap politique"

Dès le début, Hillary Clinton s'aperçoit de la "boulimie sexuelle" de Bill. Une autre de ses vérités cachées. Selon Carl Bernstein, elle "a toujours pris sur elle pour la cacher". Parce qu'elle sait que c'est à ce prix là que leur couple, amoureux et politique, est possible. "Elle se maria par amour et pour leur rêve commun d'un grand avenir politique à Washington", note le journaliste. Mais elle sait très vite que l'attitude de Bill avec les femmes sera à jamais "un handicap politique".

Très vite, le couple Bill-Hillary va au-delà de l'amour. Leur première "association" remonte à l'année 1972. Les deux tourtereaux représentent l'accusation lors d'un procès factice organisé à Yale. Tous leurs camarades sont à l'époque impressionnés par leur complémentarité. Selon Carl Bernstein, Hillary possède "le seul trait de caractère indispensable" qui manque à Bill : "une espèce de dureté. "Sans cela, il ne serait peut être jamais devenu président", ajoute-t-il.

Voilà la thèse défendue par Carl Bernstein. Hillary et Bill n'existent en politique que parce qu'ils sont un couple. Le journaliste va même jusqu'à parler de "coprésidence" pour les années Clinton, entre 1992 et 2000. Bernstein estime que chacun est "le partenaire idéal" de l'autre. A lui les idées, à elle l'ambition. A lui le charme, à elle la ténacité. Et d'estimer qu'ils ne seraient pas allés aussi haut l'un sans l'autre. De nombreux exemples et autres anecdotes viennent appuyer cette thèse. Carl Bernstein raconte notamment comment, à plusieurs reprises, le président Clinton s'est retrouvé "coincé" entre ses conseillers et Hillary.

Et le journaliste va plus loin. Selon lui, l'ex First Lady est responsable de bien des déboires de la présidence Clinton. "Les erreurs les plus graves, stratégiques et tactiques, de cette présidence sont imputables à Hillary - non seulement sa mauvaise gestion du projet d'assurance-maladie ou encore les soupçons de malhonnêteté qui faisaient planer un nuage sur le gouvernement - mais aussi les multiples faux pas ayant déclenché en 1994 l'arrivée massive de l'opposition dans un Congrès (...) ce qui mit fin à la période ambitieuse de leur présidence, ainsi qu'à une majorité démocrate presque continue, à quelques exceptions près, depuis Franklin D. Roosevelt", écrit-il ainsi.

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Hillary Clinton méprise les médias

Le couple s'est aussi souvent attiré les foudres médiatiques. Jamais une première dame n'aura autant été médiatisée outre-Atlantique. Pour Carl Bernstein, cela est encore une fois lié au problème d'Hillary avec la vérité. Les journalistes, qu'elle méprise ouvertement, ont toujours eu l'impression qu'elle cherchait à dissimuler la vérité. Ou du moins, à l'améliorer. Ils ont donc voulu fouiller. Une attitude qui a conduit à de nombreux "outrages indignes", souligne le journaliste.

Dès 1982 et la campagne de Bill Clinton pour l'élection au poste de gouverneur de l'Arkansas, le sujet "Hillary" remplit les colonnes des journaux locaux. On l'accuse d'avoir par exemple voulu garder son nom de jeune fille, Rodham, alors même qu'elle a épousé l'enfant de la région. Autre accusation, qui la poursuivra longtemps, celle d'être une "féministe enragée" et une "ennemie de la famille". Pourtant, selon Bernstein, il n'en est rien. Il décrit une Hillary Clinton qui a certes profité du mouvement de libération de la femme, mais qui n'en a jamais été une pionnière ni une ardente combattante. Mais ce sont ses écrits et son travail d'avocate sur les enfants défavorisés qui lui valent de tels jugements définitifs. Indélébiles. "Elle pense que les enfants de douze ans doivent pouvoir poursuivre leurs parents en justice (...) et compare à l'esclavage le mariage en tant qu'institution", note ainsi Patrick Buchanan lors de la convention républicaine en 1992.

Ses relations avec les médias se tendent au fur et à mesure que Bill gravit les échelons de la politique américaine. Principale raison: les nombreuses aventures de son mari, synonyme de succès de vente pour les journaux. A chaque fois, Hillary prend sur elle et monte au créneau pour défendre Bill Clinton. L'exemple principal est bien sûr l'affaire Monica Levinsky en 1998, très vite connue sous le nom de Monicagate. Alors que cette ancienne stagiaire de la Maison blanche révèle avoir eu des relations sexuelles avec le président, Hillary Clinton donne une interview à la télévision pour défendre son mari. Elle dénonce une sorte de complot, mis au point par le procureur Kenneth Starr, qui depuis plusieurs années cherche des histoires au couple Clinton. Et à elle-même, dans l'affaire de Whitewater.

Sauver "leur" place dans l'histoire des Etats-Unis

Elle le défend avec d'autant plus de hargne que Bill Clinton lui a menti, en lui assurant n'avoir jamais eu de relations sexuelles avec la jeune stagiaire. "Pour Hillary, admettre les explications de Bill revenait à sauver l'investissement d'une vie entière. Tout était en jeu: aussi bien la présidence que leur mariage. Et elle le comprit aussitôt", écrit Carl Bernstein. Et même quand elle se rend compte de la supercherie, elle le soutient, déterminée à sauver "leur" place dans l'histoire des Etats-Unis.

Et comme à chaque fois qu'elle sent son couple vaciller, elle réagit d'une manière surprenante: elle s'implique au niveau politique. En 1989, alors que Bill envisage de divorcer car il a rencontré une autre femme dans l'Arkansas, Hillary étudie la possibilité de briguer le poste de gouverneur de cet Etat du sud. Et c'est en pleine "affaire Levinsky" qu'elle prépare sa candidature au Sénat. Comme si la politique restait son but ultime. Ou comme si le couple politique qu'ils forment était en mesure de sauver le couple tout court.

Hillary Clinton, passée du club des républicains de l'université de Wellesley au parti démocrate, "conservatrice dans la tête avec un coeur progressiste", comme elle aime se décrire, peut être tout et son contraire. Certains la diront chaleureuse, d'autres froide et glaciale. Pour Carl Bernstein, "il y a souvent un hiatus entre ses convictions et ses mots, d'une part, et ses actions, d'autre part". Et de conclure: "C'est en cela qu'elle déçoit."

Hillary Clinton, Une femme en marche. Traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Martine Leroy-Battistelli et Cécile Arnaud, éd. Baker Street, 730 p., 25 €.


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