Les dessous d'Hillary
Publié le 13 août 2008 à 18h45 par Marianne ENAULT
La revue américaine Atlantic Monthly s'est procurée près de 200 courriels et autres mémos échangés par les membres de l'équipe de campagne d'Hillary Clinton. On y apprend que la candidate à l'investiture démocrate a mis du temps avant de considérer Barack Obama comme un concurrent sérieux. Ou encore que les rivalités internes sont en grande partie à l'origine de sa défaite.

Hillary Clinton aurait-elle été la victime des affrontements au sein de son équipe? (Reuters)
"La meilleure façon de continuer le combat (...) est d'aider le mieux possible Barack Obama". Le 7 juin dernier, devant ses partisans rassemblés à Washington, Hillary Clinton reconnaissait sa défaite dans la course à l'investiture démocrate. Depuis, toutes les explications ont été donnés à cet échec. "Elle était la mauvaise candidate, au mauvais moment, avec un mauvais message", résumait pour le JDD Kenneth Baer, consultant de la Fondation Clinton.
Des documents internes au camp Clinton, publiés par la revue Atlantic Monthly, permettent de donner un nouvel éclairage à cette défaite. Le journaliste Josh Green s'est en fait procuré près de 200 courriels, mémorandums et autres transcriptions de conversations téléphoniques. Sa revue en publie de larges extraits. "Les coups de couteaux dans le dos et les divergences de vue sur la stratégie à adopter" sont à l'origine de la défaite de la sénatrice de New York, estime le journaliste. Pour Josh Green, Hillary Clinton est moins la victime de l'ambition de Barack Obama que celle des luttes intestines de sa propre équipe. "La campagne d'Hillary Clinton a été minée par des désaccords plus toxiques que tout ce qu'on peut imaginer", écrit-il.
Obama, "pas fondamentalement Américain"
Le stratège en chef de la candidate, Mark Penn - qui a démissionné le 6 avril 2008 après la défaite de Clinton dans 28 scrutins -, figure en bonne place dans ces documents. D'abord, il tarde à voir qui sera le principal rival d'Hillary Clinton. Début 2007, il concentre ses attaques sur Al Gore, l'ancien vice-président de Bill Clinton, qu'il pense candidat à l'investiture. Quand Barack Obama commence à faire parler de lui, il ne le considère pas comme un rival sérieux. "Tout le monde sait que personne ne va voter Obama, sauf si en face, il y a quelqu'un comme Attila, le roi des Huns", guerrier sanguinaire, écrit-il dans un mémorandum daté du 19 mars 2007. Mark Penn pense de toute façon que l'affaire est gagnée. "Nous sommes la candidature des gens qui sont dans le besoin. Nous avons gagné les femmes, les classes populaires et les démocrates", écrit-il. Pourquoi en faire plus, a-t-on envie d'ajouter.
Dans ce même mémorandum, il esquisse son plan pour contrecarrer Barack Obama, en ciblant les attaques sur son manque supposé de patriotisme. "Tous ces articles de presse sur son enfance en Indonésie et sa vie à Hawaï sont destinés à montrer qu'il possède un bagage multiculturel. (...) Mais c'est aussi la grande faiblesse de sa candidature. Ses liens avec les valeurs et la culture américaines de base sont au mieux limités. Je ne peux pas imaginer que les Américains, en ces temps de guerre, votent pour quelqu'un qui n'est pas fondamentalement américain", écrit-il. Une stratégie qui ne tarde pas à provoquer des dissensions au sein de l'équipe de campagne, certains recommandant à la candidate de choisir une stratégie plus "positive". Hillary Clinton, elle, refuse de s'aventurer sur ce terrain glissant, préférant le laisser aux militants républicains.
Gestion financière "désastreuse"
Mais au sein du camp Clinton, les divergences de vues font toujours rage. En pleine campagne, après la victoire décisive de Barack Obama lors des caucus de l'Iowa, le 3 janvier, les communications internes entre Clinton et ses assistants démontrent une lutte fratricide pour prendre le pouvoir, écrit le journaliste. Hillary Clinton, elle, ne cache pas sa colère. En témoigne cette conférence téléphonique au lendemain de sa défaite dans l'Iowa, rapportée par écrit. Elle reproche à ses assistants d'avoir été décrite dans les médias comme la candidate de l'appareil démocrate. Personne ne répond. "Quelle conversation peu instructive! Je suis en train de parler seule avec moi-même !", s'exclame-t-elle avant de raccrocher, sans attendre la réponse de ses assistants.
Ces documents révèlent à quel point les comptes de campagne ont été mal gérés. On le savait déjà : Hillary Clinton est à la tête d'une jolie dette de 20 millions de dollars, dont 12 millions dollars en son nom propre. Josh Green évoque des dépenses "inutiles" et une gestion "désastreuse". De grosses sommes sont dépensées en vue des caucus de l'Iowa, perdus par la candidate. Alors que le premier scrutin n'a pas encore eu lieu, le camp Clinton a déjà dépensé 106 millions de dollars! "Avant même cette première défaite, la campagne était insolvable", écrit le journaliste. Et quand arrive le Super Tuesday – jour où se prononcent le plus grand nombre d'Etats -, l'argent manque.
Enfin, ces documents permettent de mieux cerner le personnage Hillary Clinton. A travers ces échanges, on découvre une ex-Première dame qui a du mal à prendre des décisions, voire même à s'imposer au sein de son équipe, se faisant régulièrement doubler par son Bill Clinton de mari. Une attitude qui va à l'encontre de l'image qu'elle veut donner, celle d'une femme moderne, hyper compétente et prête à être présidente du jour au lendemain. Réaction du camp Clinton: "C'est de l'histoire ancienne!". Peut-être, mais ça lui a en partie coûté l'ambition de sa vie.
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