McCain, du candidat au sénateur
Publié le 24 septembre 2008 à 22h02 par Marianne ENAULT
John McCain veut-il apparaître comme le candidat à la Maison blanche pour qui la santé économique de son pays importe plus que son propre destin politique? Ou est-il simplement un sénateur consciencieux? Mercredi, il a appelé son rival démocrate à décréter une pause dans la campagne présidentielle, le temps de rentrer à Washington pour étudier le plan de sauvetage du secteur bancaire.

Le candidat républicain, John McCain, annonce qu'il suspend sa campagne pour se concentrer sur la crise économique. (Reuters)
John McCain le sait bien, la prédominance des questions économiques dans la campagne américaine ne joue pas en sa faveur. Et s'il en doutait encore, le sondage du jour est venu lui confirmer cette impression: selon une étude ABC News-Washington Post, son rival démocrate est crédité de neuf points d'avance (52). Et une majorité d'électeurs - démocrates, républicains ou indépendants s'accordent à dire qu'ils font plus confiance à Obama qu'à McCain pour gérer la crise financière. Il faut dire qu'en la matière, le républicain a fait preuve du moins d'hésitations, sinon d'incompétence, reconnaissant durant les primaires ses lacunes en économie et déclarant, en pleine crise financière, que les fondements de l'économie américaine étaient "solides".
Depuis quelques jours, il tente de redresser la barre. Il parle désormais de "crise" économique, accuse ceux qui ont fait de Wall Street "un casino", dénonce les "lobbyistes, politiciens et les bureaucrates" à l'origine de la crise. Bref, il multiplie les discours sur ce sujet pour mieux reprendre la main. Mercredi, il a franchi une nouvelle étape: il a tout simplement annoncé la suspension temporaire de sa campagne, le temps de rentrer à Washington faire son travail de sénateur.
McCain demande un report du débat
Persuadé que le plan du secrétaire d'Etat au Trésor, Henry Paulson - destiné à enrayer la crise en rachetant les actifs "toxiques" des banques ne sera pas voté par le Congrès, le sénateur de l'Arizona demande à George W. Bush d'organiser une réunion avec les élus des deux partis afin, dit-il, de trouver "un compromis". Le plan Paulson est en effet vertement critiqué en raison de son coût: plus de 700 milliards de dollars!
"Je suis confiant. Avant que les marchés n'ouvrent lundi, nous trouverons un consensus qui aura pour effet de stabiliser les marchés financiers, de protéger les propriétaires et de regagner la confiance des Américains", a déclaré John McCain depuis New York, un rien prophétique.
John McCain a ensuite joué sa carte préférée, celle du candidat apolitique qui lui permet, espère-t-il, d'échapper à l'héritage encombrant d'un George W. Bush impopulaire. Le républicain a en effet invité son rival démocrate à suivre son exemple. "J'ai parlé avec le sénateur Obama, je l'ai informé de ma décision et je lui ai demandé de faire la même chose", a-t-il tout simplement expliqué. Et de lancer: "Il est temps que les deux partis s'unissent pour régler ce problème." Voilà qui devrait séduire les indépendants, ces Américains de plus en plus nombreux au sein de l'électorat, qui préfère puiser ici et là ce qui les intéressent dans les programmes des candidats. John McCain demande donc le report du premier débat entre les deux présidentiables, initialement prévu vendredi dans l'Etat du Mississippi. "Nous devons mettre temporairement la politique de côté, et je suis prêt à le faire", a-t-il encore insisté.
Il ne manquait plus que la fibre patriotique. John McCain a comparé la crise financière au 11-Septembre, estimant que les leaders nationaux devaient travailler ensemble pour trouver une solution. Et il ne s'en cache pas: "Nous devons faire preuve de patriotisme", a-t-il déclaré. "C'est une décision extraordinaire, qui vise à le faire apparaître comme présidentiable, et en même temps au-dessus de la bataille partisane. C'est un grand pari", analyse le journaliste Jonathan Martin sur son blog hébergé sur Politico. Un pari dont on ne connaît pas l'issue, mais une chose est sûre, quoi que fasse Obama, il a perdu l'avantage.
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