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McCain, le NYT et l'amour vache

Publié le 24 septembre 2008 à 18h33 par Marianne ENAULT

Nouveau coup dur pour John McCain. Empêtré dans des déclarations contradictoires sur la crise économique, il doit désormais gérer un début de scandale. Selon le New York Times, son directeur de campagne a travaillé avec Freddie Mac, racheté par l'Etat début septembre et désormais soupçonné de fraude. Des révélations à analyser à l'aune des relations tumultueuses entre le journal et le candidat.

Après les révélations sur Sarah Palin, ce sont désormais celles sur son directeur de campagne que John McCain doit gérer. - Reuters
Après les révélations sur Sarah Palin, ce sont désormais celles sur son directeur de campagne que John McCain doit gérer. (Reuters)


Les candidats à une élection, quelle qu'elle soit, le savent bien: pas de campagne électorale sans révélations et autres scoops, dont la gestion révèle souvent la stature desdits candidats. En la matière, la campagne pour la présidentielle américaine n'est pas une exception. Après les révélations sur Sarah Palin – au choix: sa fille de 17 ans enceinte et non mariée ou son éventuelle mise en cause pour délit d'influence -, John McCain doit désormais gérer le passé de son directeur de campagne, Rick Davis.

Et pas sur le sujet le plus facile: l'économie, alors même que l'Amérique traverse une grave crise financière et que le républicain s'est déjà plusieurs fois emmêlé les pinceaux. Selon le New York Times, Rick Davis aurait perçu jusqu'à la fin de l'année 2005 environ 15 000 dollars mensuels (10 000 euros) du géant du refinancement hypothécaire Freddie Mac, depuis sauvé de la faillite par l'Etat et au coeur de l'enquête du FBI sur les éventuelles fraudes commises à Wall Street. Rick Davis aurait mis fin à ses activités de lobbyiste pour cet établissement peu avant le début de la crise financière. Une collaboration un brin embarrassante alors même que John McCain critique "ceux qui pensent que Wall Street est un casino" et accuse "les lobbyistes, les politiciens et les bureaucrates" d'être à l'origine de la crise.

"Une couverture sans concession"

Dans le camp républicain, on dément tout lien actuel avec Freddie Mac. Mais deux autres organes de presse – Associated Press et Newsweek – corroborent les informations du quotidien new-yorkais. L'équipe de campagne de John McCain tente désormais de faire diversion, en faisant du New York Times le "think tank d'Obama". "Quoi qu'ait été le New York Times dans le passé, il ne correspond plus aujourd'hui aux critères d'une entreprise journalistique", a même déclaré Steve Schmidt, l'un des principaux conseillers de John McCain. Et d'ajouter: "C'est une organisation qui est totalement, à 150%, dévouée au candidat démocrate. C'est une organisation qui a pris la décision de mettre de côté son intégrité journalistique pour préconiser la défaite de John McCain."

La réponse du journal n'a pas tardé. Le New York Times "est engagé dans la couverture complète, juste et sans concessions de la campagne", rappelle son directeur éditorial, Bill Keller, qui précise: "C'est notre métier de poser des questions difficiles, de vérifier les contenus des campagnes publicitaires et des discours, d'analyser les programmes, les positions, les biographies et les points de vue des conseillers. Les candidats et les membres de leurs états-majors de campagne ne sont pas toujours à l'aise face à un examen si minutieux, mais c'est ce que nos lecteurs attendent et méritent."

Une joute verbale qui illustre les relations tumultueuses entre John McCain et le NYT, "une relation amour-haine", titre même le quotidien en ligne Politico. Tout commence en février dernier quand le journal publie un article sur les liens entre McCain et une lobbyiste, laissant entendre que leur relation aurait dépassé le cadre professionnel. Depuis, le sénateur ne décolère pas. Au début de l'été, son équipe de campagne diffuse un clip subtilement intitulé "Les médias sont amoureux de Barack", dans lequel est évoquée la prétendue "dévotion" de certains médias et journalistes à l'endroit du sénateur de l'Illinois. En juillet dernier, un nouvel épisode est venu renforcer ce sentiment chez les républicains. Le NYT a refusé de publier une tribune de John McCain sur la situation en Irak, quand quelques jours avant il avait publié celle de Barack Obama.

Du côté du journal, on explique que le texte n'était pas publiable en l'état, car le candidat au lieu d'expliquer sa stratégie sur ce sujet, s'acharnait à critiquer celle de son rival. Et on rappelait que le journal avait publié "au moins sept tribunes du sénateur John McCain depuis 1996". "Nous prenons ses idées très au sérieux", avait même déclaré Catherine Mathis, porte-parole du New York Times. Mais la tension n'est pas retombée. Dans un éditorial publié sur son site internet le 5 août dernier, le journal accuse le candidat républicain de mélanger politique et couleur en affirmant que Barack Obama "joue la carte de la race". Un texte que les républicains avaient qualifié de "réaction hystérique". Mais à terme, cette petite guerre entre John McCain et le New York Times pourrait se révéler bénéfique pour le prétendant à la Maison Blanche. Quoi de mieux en effet que de critiquer les médias jugés progressistes pour gagner du crédit auprès de la frange la plus conservatrice de l'électorat républicain? Celle-là même qui n'a pas oublié que le quotidien avait soutenu John McCain dans la course à l'investiture républicaine, jugeant qu'il était "le seul républicain qui promet de mettre fin au style de George Bush, qui gouverne par et pour une petite frange agressive" des conservateurs. Reste à savoir si cela suffira à le faire élire le 4 novembre.


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