McCain: Viva Zapatero!
Publié le 19 septembre 2008 à 18h40 par Marianne ENAULT
José qui? C'est un peu la question que se pose John McCain quand on lui parle de José Luis Rodriguez Zapatero, le président du gouvernement espagnol. Après les chiites et les sunnites, le candidat républicain semble légèrement confondre l'Amérique latine et l'Espagne. Dans le camp démocrate, on se réjouit déjà de cette nouvelle "gaffe" et on pense bien sûr au vote latino.

John McCain semble placer l'Espagne en Amérique latine, à moins que ce ne soit l'inverse... (Reuters)
Espagne, Amérique latine... John McCain en perd sa géographie. Interrogé mercredi par une radio hispanophone basée à Miami, le sénateur de l'Arizona s'est montré plutôt confus. "Souhaitez-vous rencontrer le chef de notre gouvernement, M. Zapatero?", lui a demandé une journaliste espagnole. Une question plutôt simple. La réponse l'est moins. "Je rencontrerai les chefs d'Etat qui sont nos amis et qui veulent coopérer avec nous." L'Espagne ne le serait-elle pas? Précision: "D'ailleurs, le président du Mexique [Felipe] Calderon mène un combat très très difficile contre les cartels de drogue." Quel rapport avec Zapatero? Bonne question. La blogosphère n'a pas tardé à buzzer. Les commentaires sont unanimes: le candidat à la Maison blanche confond l'Espagne avec l'Amérique latine. Voire Zapatero avec Zapata, révolutionnaire mexicain du début du 20e siècle.
La journaliste, bien aimable, sent la gaffe poindre, et tente d'aider le républicain. "D'accord, mais je parle de l'Europe, le président du gouvernement espagnol, vous voulez le rencontrer?" Réponse: "Je ne rencontrerais que les chefs d'Etat qui ont les mêmes principes et la même philosophie que nous: droits de l'Homme, démocratie et liberté. Et j'affronterai ceux qui ne l'ont pas." Et alors qu'elle insiste, demandant à nouveau s'il souhaite inviter, s'il est élu, Zapatero à Washington, il répond: "Franchement, je dois examiner nos relations, les situations et les priorités mais je peux vous assurer que j'établirai des relations plus étroites avec nos amis et que je me dresserai contre ceux qui veulent faire du mal aux Etats-Unis. Je sais comment faire ces deux choses." Et de courir à sa propre perte, en ajoutant: "Je peux vous dire que j'ai un bilan satisfaisant concernant le travail avec les dirigeants d'Amérique du Sud qui sont nos amis et avec qui nous nous dressons contre ceux qui ne le sont pas."
Retrait espagnol d'Irak
Les commentaires dans la presse américaine n'ont pas tardé. "Que McCain ait inclus Zapatero dans le même groupe que les mauvais enfants de l'Amérique latine, comme le dirigeant vénézuélien, Hugo Chavez, est une surprise. Zapatero et Juan Carlos, le roi d'Espagne, ont été les protagonistes d'un épisode anti-Chavez des plus commentés dans le monde hispanophone", écrivent les journalistes du Washington Post, Glenn Kessler et Ed O'Keefe, sur leur blog, The Trail. Une référence à la volée de bois vert de Juan Carlos au leader vénézuélien: "Pourquoi tu ne te tais pas?"
De son côté, Madrid est perplexe. Diplomate, José Luis Rodriguez Zapatero a simplement jugé "logique" que le candidat républicain "respecte une certaine prudence". "Il y a un processus électoral en cours", a-t-il ajouté. Le dirigeant a également rappelé qu'il n'avait jamais été reçu par le président George W. Bush à la Maison blanche, avant de souligner qu'il souhaitait coopérer avec le prochain gouvernement américain "quelle que soit sa couleur politique" avec "une volonté constructive et loyale comme cela est de rigueur entre deux pays alliés" Dans les milieux diplomatiques, on explique l'attitude du candidat par une certaine confusion, étant donné que l'entretien portait sur les relations avec l'Amérique latine. Dans le camp McCain, on cherche la parade. L'un de ses conseillers a ainsi affirmé que le républicain n'avait intentionnellement pas répondu à la question de la journaliste. "Le sénateur McCain a refusé de s'engager pour une rencontre à la Maison blanche avec le président Zapatero dans cet entretien", a-t-il précisé dans un communiqué.
Pourtant, n'est-ce pas le même John McCain qui, en avril dernier, confiait à El Pais que "le moment était venu de laisser derrière nous les divergences avec l'Espagne". "J'aimerais que le président Zapatero visitent les Etats-Unis", ajoutait-il même à l'époque, alors que personne ne lui avait rien demandé. Ça n'a pas échappé aux journalistes américains, qui ont posé la question au conseiller du républicain. "John McCain préfère maintenir toutes les options ouvertes, pas comme le sénateur Obama qui s'est déjà compromis en s'engageant à se réunir avec quelques-uns des pires dictateurs du monde", a-t-il déclarant. Plus facile de taper sur le camp d'en face.
Vraie gaffe ou incertitude sur les relations entre l'Espagne et les Etats-Unis? La question mérite d'être posée. Les républicains gardent un goût amer de la décision de Zapatero de retirer le contingent espagnol d'Irak, après les attentats du 11 mars 2004 à Madrid. "Bush ne l'a jamais pardonné", écrivent les deux journalistes du Washington Post. José Luis Rodriguez Zapatero n'a effectivement jamais été reçu à la Maison blanche, quand son prédécesseur, José Maria Aznar, l'est souvent. Si John McCain est élu à la présidence des Etats-Unis, les deux hommes se rencontreront forcément en... 2010, lors du sommet Union européenne-Etats-Unis qui se tiendra en Espagne. Un peu de temps pour réviser, en somme.
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